Il aura fallu un décès pour nous motiver à conclure 2011 sur une mise à jour digne de ce nom, après quelques mois de latence : remercions donc Kim Jong-il pour son aura positive sur Symphozik. Et last but not least, nous avons achevé la nouvelle biographie de Gustav Mahler, qui n’a rien à envier en longueur à une symphonie du maître.
| * 1883 | • 1800 | • 1850 | • 1894 | • 1900 | • 1913 | • 1914 | • 1917 | • 1922 | • 1923 | • 1929 | • 1933 | • 1939 | • 1941 | • 1950 | † 1965 |
| Naissance 22/12/1883 | Mort 06/11/1965 | Nation France | Époque musicale Moderne |
Biographie standard Biographie courte |
Premières années et études
Né le 22 décembre 1883 à Paris, Edgar(d) Varèse est le fils d’un ingénieur, ancien polytechnicien, Henri Varèse, et de sa femme Blanche-Marie. Il passe une partie de sa jeunesse à Villars, dans le sud de la Bourgogne, où il est élevé par son grand-père maternel, Claude Cortot. En 1892, Edgar doit suivre ses parents à Turin. Après le décès de sa mère, et alors que les conflits avec son père atteignent leur paroxysme, notre protagoniste quitte Turin pour sa ville natale en 1903.
Dès l’année suivante, il est reçu à la Schola Cantorum où il suit notamment les cours de Vincent d’Indy (composition, analyse musicale et direction d’orchestre) ou d’Albert Roussel (contrepoint et fugue). Si les relations avec le premier ne tardent pas à se dégrader, une longue amitié le liera au second. Profitant des ressources de la bibliothèque de la Schola où il travaille désormais (recommandé, pour l’anecdote, par son cousin, le pianiste Alfred Cortot), le musicien développe en parallèle un intérêt particulier pour l’histoire de la musique ainsi que pour l’œuvre des "maîtres du passés" comme Guillaume de Machaut, Claudio Monteverdi, Henrich Schütz ou encore Marc-Antoine Charpentier, qui influenceront notamment sa carrière de chef d’orchestre, débutée à Turin où il avait remplacé au pied levé un chef d’orchestre pour une représentation de Rigoletto.
Lorsqu’il est reçu au Conservatoire le 8 janvier 1906, Varèse y voit l’occasion de s’éloigner de d’Indy et il quitte la Schola. C’est en effet Charles-Marie Widor qui va désormais lui enseigner la composition, avec succès : le jeune homme se montre particulièrement à l’aise avec la technique du contrepoint. Il compose déjà (son premier opéra, Martin Pas, date de 1895), mais sans qu’on connaisse aucune de ses créations : ainsi, la première œuvre qu’il ne détruira pas (ou qui ne sera pas perdue) sera Amériques, bien des années plus tard.
Paris-Berlin-Paris
Bien qu’il ait reçu une bourse de la ville de Paris en 1907 et que cette ville lui permette de fréquenter d’autres grands artistes tels que Picasso, Apollinaire, l’actrice Suzanne Bing (dont il partagera la vie jusqu’en 1913) ou, bien sûr, des homologues compositeurs, Varèse juge cette ville inadaptée à ses aspirations musiciennes. Ainsi, à partir 1908, il voyagera entre Paris et Berlin, rencontrant et sympathisant pendant cette période nombre d’autres contemporains tels que Claude Debussy, Richard Strauss, Ferruccio Busoni ou encore Romain Rolland, et assistant à Paris à la première du Sacre du Printemps d’Igor Stravinski (on retrouvera l’influence du Russe dans Amériques ou au sein de la plus tardive Arcana). Mais, lorsque la première guerre mondiale éclate et qu’il se voit réformé pour raisons de santé, Edgar Varèse décide de rejoindre les États-Unis où il débarque le 29 décembre 1915.
Les États-Unis
Là, Varèse, qui porte par ailleurs un grand intérêt à ce que les avancées techniques lui offrent comme possibilités ("le compositeur et l’ingénieur doivent travailler ensemble"), tente de promouvoir sa vision de la musique, que ce soit en dirigeant des œuvres d’Érik Satie ou de Debussy, ou en créant son New Symphony Orchestra, destiné à ne donner que des œuvres modernes (mais l’échec des deux premières représentations entraîna la démission de son fondateur) ou encore l’International Composer’s Guild, destinée à faire exécuter les dernières créations (parmi lesquelles Pierrot lunaire d’Arnold Schönberg ou le Concerto pour violoncelle et orchestre de chambre de Paul Hindemith, mais aussi certaines de ses propres œuvres comme Offrandes ou Hyperprism).
Parallèlement, il poursuit bien sûr sa carrière de compositeur puisque, dès 1918, il s’attèle à l’écriture de sa première composition américaine...Amériques, qu’il achèvera en 1921, mais dont la création, par le Philadelphia Orchestra de Leopold Stokowski, n’aura lieu que le 8 avril 1926. Il faut dire que l’œuvre nécessitait, avant sa révision en 1928, un orchestre de près de 150 instruments, parmi lesquels "une sirène analogue à celle du fire department" (d’où l’expression "art pompier") !
Les années 1920, plutôt fastes, voient par ailleurs la création de ses Offrandes (1921 ; mélodies pour soprano et orchestre de chambre), Hyperprism (1922-1923 ; œuvre courte pour neuf percussions et neuf instruments à vent), Octandre (1923 ; pour octuor à vent et cordes) et Intégrales (1924-1925 ; petit orchestre et percussions), ainsi que son alchimique Arcana (1926-1927 ; pour un orchestre aux dimensions "américaines").
Presque un an jour pour jour après avoir obtenu la nationalité américaine, Varèse retourne à Paris le 10 octobre 1928 dans le but d’inclure les ondes Martenot (pour dire les choses simplement, c’est un "instrument monodique à oscillateur électronique", présenté par Maurice Martenot en 1928) à ses Amériques. Le compositeur va aussi découvrir le thérémine de Lev Sergeïevitch Termen, mais ce sont finalement les ondes Martenot qui auront ses faveurs pour la version définitive d’Ecuatorial (1932-1934), peut-être en raison du "rappel forcé" de Termen en URSS et de la pénurie de thérémines aux États-Unis (mais que fait le gouvernement ?!).
En novembre 1931, à Paris, Varèse achève Ionisation, qui sera créée le 6 mars 1933 par Nicolas Slonimsky, par ailleurs dédicataire de l’œuvre. Cette œuvre, destinée à un ensemble original de 13 percussionnistes et d’une quarantaine d’instruments, même si elle n’est pas le premier exemple d’une partition pour percussions seules, restera l’une des œuvres les plus célèbres de Varèse.
Après 1936, année de création de Densité 21,5 (pour flûte seule), va successivement devoir renoncer à deux projets d’importance : le premier, "L’Astronome", aux successifs livrets duquel contribua un nombre, disons astronomique, d’hommes de lettres (Alejo Carpentier, Georges Ribemont-Dessaignes, Robert Desnos, et finalement Antonin Artaud), fut abandonné notamment en raison du retard que prit Artaud, malade, pour livrer son livret. Quant au second projet, une symphonie avec chœurs nommée Espace, il s’agissait ni plus ni moins de constituer une sorte de réseau de radios synchronisées à travers le monde, qui auraient diffusé en quelque sorte une œuvre à l’échelle mondiale.
Finalement, seule une Étude pour Espace vit le jour, en 1947. Varèse traversait alors, depuis 1936, une phase de dépression, se traduisant par une traversée du désert de 16 ans, que divers événements pouvaient expliquer : ces échecs, tout d’abord, mais également, rappelons-le, le kidnapping de Termen par le NKVD ; à cela s’ajoutait le fait qu’aucun laboratoire ne semblait prêt à s’investir à ses côtés. Par ailleurs, plus encore pour lui qui avait vu la Grande Guerre faire s’entretuer ses amis, Français et Allemands, l’éclatement de la Seconde Guerre Mondiale n’arrangea pas son état esprit.
La reconnaissance (ou pas)
Varèse dirige toujours : en 1945 ou en 1947, il va notamment et semble-t-il brillamment mettre à l’honneur ses "maîtres du passés". Vers cette époque, l’œuvre du musicien commence enfin a être diffusée de manière plus efficace, avec notamment l’enregistrement par Frederick Waldman d’Octandre, des Intégrales et de Ionisation, et par l’interprétation par René Le Roy de Densité 21,5.
C’est également aux débuts des années 1950 que le compositeur, après s’être sans grand succès essayé à la musique de film, s’attèle à l’écriture d’une nouvelle œuvre : Déserts, qui associe orchestre (quatorze instruments à vent, cinq percussions, un piano) et enregistrements de bruits urbains ou d’usines. Cette œuvre, qui marque en quelque sorte la renaissance de son auteur, est créée au Théâtre des Champs-Élysées le 2 décembre 1954...mais en dépit des efforts diplomatiques d’un certain Pierre Boulez, le public puis la critique descendent la pièce en flèche.
Edgar Varèse a l’occasion de collaborer avec le compositeur Iannis Xenakis et avec l’architecte Le Corbusier qui, chargé de concevoir le pavillon Philipps de l’Exposition Universelle de 1958, souhaite y faire entendre d’une part Concret PH de Xenakis, et d’autre part ce qui deviendra le Poème électronique de Varèse, destiné à accompagner un diaporama photographique.
Ses dernières années le voient enfin reconnaître comme un précurseur majeur (bien que Varèse y a toujours préféré le terme de créateur) : il est élu membre de l’Académie royale de musique de Suède (1962), reçoit la médaille de la Brandeis Univesity Creative Arts Awards ou encore le premier prix Koussevitzky International Recording.
Au matin du 6 novembre 1965, affaibli par la maladie, Edgar Varèse meurt à New York, âgé de 82 ans.