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Alexander von Zemlinsky : biographie

« Un postromantique attardé »


  • Nom Zemlinsky Prénom Alexander von Nation Autriche
  • Naissance 14/10/1871, à Vienne (Autriche) Mort 15/03/1942, à New-York (États-Unis) Époque musicale Moderne

Origines

Son grand-père, Anton Semlinsky, est issu d’une famille catholique de la ville hongroise de Žilina (en actuelle Slovaquie). C’est dans la première moitié du XIXe siècle qu’il s’installe à Vienne. Son fils Adolf, né à Vienne le 23 avril 1845, écrivain ambitieux, hongroisise l’orthographe de son nom de famille, nom auquel il ajoute d’ailleurs la particule "von". Il épouse en 1871 Clara Semo, issue d’une famille judéo-musulmane, après avoir intégré cette nouvelle communauté au détriment de l’Église catholique (il fait partie de la communauté séfarade de Vienne).

C’est au domicile de ses parents (3 Odeongasse, Leopoldstadt, Vienne) que naît le 14 octobre 1871 Alexander von Zemlinsky. Bianca naît le 26 mars 1874 mais décède quelques semaines plus tard. Le 7 septembre 1877, Mathilde vient au monde. En 1882, nouveau déménagement pour le 3 Pillersdorfgasse.

Enfance viennoise

Le premier contact entre Alexandre et la musique se fait vers 1875 : un ami de son père, auquel ce dernier loue une chambre, est pianiste et possède son propre instrument. Alexandre est autorisé à prendre part aux leçons de piano que procure l’ami en question à son fils. Cependant, au vu de ses rapides progrès, Alexandre a bientôt son propre professeur. Dès l’âge de 10 ans, il intègre le tout récent chœur du temple de la communauté séfarade. À sa mue, trois ans plus tard, il reste au service de cette communauté en tant qu’organiste, ce qui lui vaut sa première rémunération en tant que musicien. Toutefois, la musique séfarade ne l’influencera que faiblement : enfant, il s’était familiarisé avec Wolfgang Mozart, et il avait rapidement découvert Johannes Brahms et Richard Wagner.

Un élève studieux

Il est tout d’abord inscrit à l’école séfarade Midrasch Eliahu, où il se familiarise avec la Torah et le Siddour ainsi qu’avec les rituels séfarades. Puis à l’école et au lycée publiques, il se montre très bon élève. Vers 13 ans, il passe avec succès l’examen d’entrée au conservatoire de la société des amis de la musique de Vienne auquel son père l’avait inscrit.

Études musicales et premiers succès

Il suit à partir d’octobre 1884 les cours de piano de Wilhelm Rauch et on lui enseigne la théorie musicale. Après trois ans, l’excellent travail de Zemlinsky paie et il commence à gagner sa vie grâce à la musique : il obtient une bourse de la part d’Anton Rubinstein, participe à des concours et donne des cours particuliers. Il suit maintenant les cours d’Anton Door pour le piano ainsi que ceux de Franz Krenn et de Robert Fuchs pour la théorie. Ces derniers mettent l’accent sur la musique classique et ne font guère place à la nouvelle école allemande de Franz Liszt ou de Richard Wagner, ce que viendra toutefois compenser la riche vie musicale viennoise. Dès la fin des années 1880, Alexander von Zemlinsky commence à gagner ses galons de soliste. En 1889, il tient la partie de soliste lors de la représentation d’un Concerto pour piano de Fuchs). L’année suivante, son interprétation des Variations de Brahms sur un thème de Haendel lors du concours de piano annuel du conservatoire lui vaut la médaille d’or ainsi qu’un piano offert par le fameux fabricant Bösendorfer. Toutefois, il n’aspire pas à une carrière de soliste et ne compose pas de concerto pour son instrument : il est très recherché dans les salons de la haute société viennoise et ne s’en prive pas.

Même s’il a obtenu son diplôme de pianiste l’année de sa médaille d’or, Zemlinksy ne quitte pas le Conservatoire pour autant : pendant deux ans, Johann Nepomuk Fuchs (frère du Robert sus-cité) lui enseignera l’art de la composition. Ainsi naît son premier opus, des Danses campagnardes qui paraissent chez Breitkopf & Härtel (Ländlichen Tänzen, 1891). Le compositeur se méfie toutefois d’éventuelles conséquences négatives des éditeurs sur son œuvre de compositeur (ce n’est que cinq années plus tard qu’il fera de nouveau appel à l’un deux). Sa Symphonie en ré mineur, qui révèle particulièrement la touche typique du compositeur dans sa mélodie, sera créée au Conservatoire en 1892 et sera positivement reçue par la critique. Il se présente aux concours de composition du Conservatoire de 1890-1891 et de 1891-1892 pour remporter respectivement la première place (pour ses Plaintes de la jeune fille, Des Mädchen Klage) et la seconde (L’étoile du matin, Der Morgenstern).

Au cœur de la vie musicale viennoise

Zemlinsky se lie d’amitié avec des personnalités de l’époques comme le chef Artur Bodnzky, le musicologue Hugo Botstiber, le violoncelliste Friedrich Buxbaum ou encore le critique Richard Heuberger. Son ancien professeur Anton Door l’accueille dans son Association des musiciens de Vienne (fondée en 1884) en 1893. De 1895 à mars 1896, Zemlinsky est également membre de l’association musicale Polyhymnia (oui, comme la muse). C’est probablement là qu’il rencontre Arnold Schönberg à qui il peut donner quelques leçons tout en lui ouvrant quelques portes à Vienne. Professeur apprécié, il a notamment comme élèves Alban Berg, Anton Webern et plus tard Erich Wolfgang Korngold.

Son opéra Sarema, composé entre 1893 et 1895, lui vaut le prix Luitpold (de Luitpold von Wittelsbach ?) en 1896, et remporte un grand succès à l’opéra de Munich l’année suivante. Il faut toutefois attendre 1899 pour qu’il soit donné de nouveau en intégralité à Leipzig, après quoi la partition dormira pendant près d’un siècle, attendant qu’un beau prince...

Parmi ses autres œuvres d’importance de cette époque, citons encore les Quatre ballades pour piano, une Suite pour orchestre et la Symphonie en si Majeur (qui remporte le prix Beethoven de l’association des musiciens de Vienne). En mémoire de Brahms, Zemlinsky compose sa cantate Frühlingsbegräbnis. Gustav Mahler lui-même dirige la première de l’opéra de Zemlinsky Il était une fois... (Es war einmal) le 22 janvier 1900 à Vienne : c’est un triomphe.

Efforts pour échapper à l’antisémitisme

Zemlinsky n’est pas engagé politiquement et il se consacre plus à la musique qu’à sa religion. Mais le climat antisémite, porté par Karl Lueger et qui se traduit notamment en France avec l’affaire Dreyfus, conduit certains à s’éloigner de la communauté juive. Ainsi, en 1901, Mathilde von Zemlinsky épouse Schoenberg, tandis que son frère Alexandre a rejoint les francs-maçons. Vers 1906, il se convertira d’ailleurs au protestantisme. De plus, le compositeur reprend le nom de son grand-père, Zemlinsky, et n’y adjoint la particule que lorsqu’il se produit en tant que maestro. Enfin, il modifie sa date de naissance officielle : il n’est plus né le 14 octobre 1871 mais le 4 octobre 1872. Mais comme on le verra plus loin, tous ces efforts seront vains.

Les débuts comme chef d’orchestre et directeur musical

Le 26 juin 1900, son père meurt et il compose en sa mémoire un Psaume pour 4 solistes, chœur et orchestre (créé bien après, en 1987). Alexander doit dès lors se procurer davantage de revenus. Il décide donc d’accepter un poste de chef d’orchestre au Carltheater pour toucher un salaire régulier, même s’il redoute d’avoir à s’éloigner de son métier de compositeur. Comme chef d’orchestre, il participe à la diffusion de la musique d’avant-garde, mais comme compositeur il refuse le sérialisme et ses œuvres resteront dans la ligne de Gustav Mahler et de Richard Strauss. En 1901, il adapte "Le Triomphe du temps" de Hugo von Hofmannsthal. Cependant, le résultat ne réjouit pas Mahler : il n’en retiendra que les Trois pièces de ballets (Drei Ballettstücke, 1903), extraites des deuxième et troisième actes.

De 1902 à 1903, Zemlinsky se penche sur sa fantaisie pour orchestre La petite sirène (die Seejungfrau), d’après le fameux conte de Hans Christian Andersen. Après son départ du Carltheater, il obtient en septembre 1904 la direction de l’opéra du Volkstheater de Rainer Simons, opéra dont il réhaussera bien vite le niveau. C’est vers cette époque qu’il entame l’écriture de son opéra en deux actes Der Traumgörge (livret de Leo Feld), dont la première n’aura lieu qu’en 1980, à Nuremberg. Alors que Zemlinsky cherche les faveurs de l’opéra de Dresde, il accepte plutôt un poste à Vienne que lui propose Mahler en 1907. Mais celui-ci, malade, est rapidement remplacé par Felix Weingartner et la première de son opéra Der Traumgörge est annulée. En désaccord avec Weingartner, Zemlinsky profite de la fin de son contrat en février 1908  pour retourner chez son précédent employeur Rainer Simons, mais cette fois en tant que premier maître de chapelle. Le 29 avril 1910, il fait ses adieux au Volksthater de Vienne avec une représentation de Tannhäuser.

Après un bref passage à Munich, où il collabore notamment avec le metteur en scène Max Reinhardt, Zemlinsky rejoint Prague et le Nouveau théâtre Allemand (aujourd’hui "Opéra d’État de Prague", ou Státní Opera Praha pour les intimes) en tant que directeur musical.

Succès et déboires à Prague

Le public du Neue Deutsche Theater (NDLR : N.D.T.) accueille avec enthousiasme les représentations de Fidelio (Beethoven), de Tannhäuser (Wagner) ou encore de Der Freischütz (Carl Maria von Weber), mais il loue également le talentueux chef qu’est Zemlinsky. Ce dernier élargit donc son répertoire et programme même son propre opéra Es war einmal, qui marque l’entame de la saison musicale 1912-1913 (la première de l’opéra Der Traumgörge, à qui son auteur réservait la même destinée pour la saison suivante, fut malheureusement annulée en raison du déclenchement de la première guerre mondiale). Rapidement et malgré les succès enregistrés, le nouveau chef et le directeur de l’opéra du N.D.T. Heinrich Teweles se montrent plus exigeants quant à la qualité des représentations et licencient nombre d’artistes et de techniciens.

Composer malgré tout

À partir de 1913, Zemlinsky trouve de nouveau du temps pour composer et il entame la composition d’un Deuxième quatuor pour cordes (dédié à son beau-frère et achevé en 1915). Une musique de scène sur la pièce Cymbeline de William Shakespeare voit le jour, après quoi Zemlinksy s’adonne à l’écriture de son opéra en un acte Une tragédie florentine (d’après l’œuvre d’Oscar Wilde traduite par Max Meyerfeld).

La guerre survient et plonge le N.D.T. dans un certain chaos. Nombreux sont ceux qui partent au front ou que l’on doit licencier pour des raisons budgétaires (Zemlinksy tentera même de décrocher un poste ailleurs, à Mannheim ou à Francfort-sur-le-Main, mais ils ne pouvaient subvenir à ses prétentions salariales). Après la guerre, c’est désormais l’état tchécoslovaque qui finance le N.D.T. Zemlinsky ne reste à Prague que faute de ne pas trouver de poste convenable à Vienne. De plus, en 1920, il est nommé recteur de l’Académie allemande de musique et d’art dramatique, nouvellement fondée par la minorité allemande à Prague. Il y enseigne la composition et la direction et achève un autre opéra en un acte, Der Zwerg (le nain), d’après L’anniversaire de l’infante d’Oscar Wilde (encore lui). Cet opéra sera créé à Cologne le 28 mai 1922 et sous la direction d’Otto Klemperer, mais son succès n’est que mitigé. À l’occasion du passage à Prague de Rabindranath Tagore (prix nobel de littérature 1913), c’est sur l’un de ses poèmes qu’il compose son œuvre la plus connue aujourd’hui : la Symphonie lyrique (1922 : écouter le 5ème mouvement).

Le décès de sa sœur Mathilde, en 1923, inspire à Zemlinsky son Troisième quatuor pour cordes (achevé l’année suivante). Il sera donné à Prague, puis au festival de l’International Society for Contemporary Music de Sienne (1928), qui confère à Zemlinsky une renommée internationale en tant que compositeur. Son coup de baguette est également reconnu à l’étranger depuis quelques années : en 1924, après quelques concerts viennois, Zemlinsky est invité pour deux concerts à Rome, puis il dirige l’Orquestra Pau Casals de Barcelone. À l’inverse, la renommée du N.D.T. décroît (le nouveau directeur Leopold Kramer subit des contraintes budgétaires qui se répercutent sur la qualité globale des programmes) et les critiques pleuvent, poussant Kramer et Zemlinsky à démissionner en décembre 1926.

Le Troisième quatuor pour cordes (de 1924) marque le début d’une période où l’inspiration quitte Zemlinsky, qui renonce en 1927 à achever un opéra (Der heilige Vitalis) entamé un an plus tôt, tout comme il renonce la même année à achever un quatuor.

Berlin

Au cours de l’année 1927, Zemlinsky change d’air et arrive à l’opéra Kroll de Berlin en tant que premier Kappellmeister. Il est placé sous l’autorité d’Otto Klemperer (qui était, à cette époque, plus jeune que lui). L’accueil que lui réserve Berlin est empreint de respect, sans comparaison toutefois avec la vénération qu’on lui vouait à Prague. Mais Zemlinky touche ici un salaire bien plus confortable que dans la capitale tchèque et il a plus de temps libre (il n’a que trois Premières à diriger par saison). Il peut donc en profiter pour traverser l’Europe : il dirige à Barcelone, à Brno, à Paris, à Rome, à Varsovie ou encore à Leningrad, et collabore régulièrement avec l’Orchestre philharmonique tchèque. La mort de sa femme Ida (épousée le 21 juin 1907, et dont il eut une fille) en 1929 lui inspire ses Chants symphoniques (op. 20) et un mariage avec Louise Sachsel l’année suivante. Mais la crise économique qui sévit oblige l’opéra Kroll à fermer ses portes en 1931. Zemlinsky en profite alors pour s’adonner à la composition de son nouvel opéra et à quelques apparitions à Leningrad ou à Prague.

De retour à Berlin, Zemlinsky entame les répétitions de l’opéra de Kurt Weill Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny (Aufstieg und Fall der Stadt Mahagonny). Assez controversé par certains politiques, il n’en est pas moins un succès commercial. Mais déjà le régime nazi se met en place et Zemlinsky s’exile à Vienne début 1933.

Retour à Vienne

L’orchestre de Vienne recherche un directeur musical, poste vacant que ne tarde pas à occuper Zemlinsky. Il supervise la création à Zurich de son opéra en trois actes Der Kreidekreis, qui eut lieu en octobre 1933, sans obtenir le succès escompté, mais tout de même bien accueilli par la critique. En 1934, ce même opéra, donné 21 fois à Berlin (!), fait un triomphe tel que n’en avait pas connu Zemlinsky depuis des années. À la mort de son ami Alban Berg, il compose à sa mémoire son Quatuor à cordes n° 4 dans lequel son style postromantique se surcharge d’accents expressionnistes (1936 : écouter le troisième mouvement).

Exil et États-Unis

Après l’annexation de l’Autriche par l’Allemagne en mars 1938, Zemlinsky et son épouse doivent penser à quitter le pays mais cette idée brise le compositeur, qui doit toutefois se résigner (il ne peut prouver ses "bonnes origines" qu’avec des papiers qui avaient été conservés par la communauté juive puis saisis par la Gestapo). Ce n’est que le 15 septembre que le couple quitte le pays, pour n’obtenir qu’en novembre des visas américains. Le 23 décembre 1938, il parvient à New York. Zemlinsky est épuisé par son périple et sa santé se fragilise, l’empêchant tant de diriger que d’enseigner. Il est donc contraint à vivre de la composition et entame donc un nouvel opéra, Circé. En avril 1939, il s’affaiblit davantage, ce qui n’arrange pas la situation de la famille. Pour endiguer la situation, le compositeur écrit quelques pièces légères dont des chansons populaires (sous le pseudonyme très américain d’Al Roberts).

Mais, alors qu’il souffre déjà d’hypertension et d’artériosclérose, Zemlinsky subit deux accidents vasculaires cérébraux qui lui paralysent son côté gauche. Rapidement, sa santé ne lui laisse plus d’espoir et, frappé par une pneumonie hypostatique, le musicien décède le 15 mars 1942 à New York, méconnu dans son pays d’exil. 

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