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Carl Nielsen : biographie

« En dehors des courants de son temps »


  • Nom Nielsen Prénom Carl Nation Danemark
  • Naissance 09/06/1865, à Sortelung (Danemark) Mort 03/10/1931, à Copenhague (Danemark) Époque musicale Romantique

L’enfance fionienne

Carl Nielsen est né le 9 juin 1865 à Sortelung, petit village sur l’île danoise de Fionie, dans une modeste famille paysanne de 12 enfants. Il semble que la première approche acoustico-expérimentale du jeune Nielsen remonte à ses premières années, lorsqu’il tentait de reproduire des notes en frappant des bûches avec du papier journal. Mais il serait injuste de ne pas tenir compte également de l’influence des mélodies que lui chantait sa mère, Maren Kirstine Jørgensen (née Johansen), ainsi que des nombreuses fêtes à l’occasion desquelles son père Niels Jørgensen, ouvrier-peintre de son état, jouait violon et cornet à piston.

Son père donne à Carl, alors âgé de 6 ans, ses premières leçons de violon. Emil Petersen, un de ses maîtres d’école, lui apprend peu après à déchiffrer une partition au violon. Pas en retard, Carl accompagne dès lors régulièrement son père et compose quelques pièces (dont une polka, retranscrite bien des années plus tard dans son autobiographie). Il peut également participer à l’orchestre amateur local Braga et découvrir des mouvements symphoniques de Joseph Haydn ou de Wolfgang Mozart.

La parenthèse militaire

Bien qu’ils ne l’orientent pas dès le départ vers une carrière musicale, ses parents saisissent l’opportunité de présenter Carl pour un poste de musicien au 16e bataillon d’Odense. Il travaille d’arrache-pied la trompette et passe l’audition avec succès. Il débute sa carrière militaire le 1er novembre 1879, sans toutefois définitivement abandonner son premier instrument : en 1881, le sacristain de la cathédrale d’Odense, Carl Larsen, lui dispense quelques leçons de violon.

Carl Nielsen continue à composer et s’en voit récompensé puisque Klaus Berntsen, le directeur d’une école privée dans un village voisin (et futur Premier ministre), remarque le musicien et le recommande au directeur du Conservatoire de musique de Copenhague, Niels Wilhelm Gade. Lors de sa première visite à Copenhague, en mai 1883, il rencontre ce dernier (qu’il impressionne avec son Quatuor en ré mineur) mais également le fameux violoniste Valdemar Tofte. Il quitte l’armée et dès janvier 1884, il s’installe définitivement à Copenhague.

Les années d’étude

Au Conservatoire de Copenhague, Nielsen étudie le violon (avec Tofte) et suit les cours communs de piano (Matthison-Hansen), d’histoire de la musique (Gade) et de théorie musicale (Johan Peter Emilius Hartmann et Orla Rosenhoff). Rosenhoff, et dans une moindre mesure Hartmann, tous deux ouverts aux nouveaux courants musicaux (comme celui de Richard Wagner), le marqueront particulièrement à ses débuts.

Âgé de 21 ans, Carl Nielsen achève ses études musicales de manière honorable (pour l’anecdote, il obtient la même note dans toutes les matières). Membre de l’orchestre de la salle de concerts de Tivoli, il donne des cours et continue à fréquenter Rosenhoff, auquel il soumet ses nouvelles compositions dont le Quatuor en sol mineur et le Quintette en sol majeur. Ce dernier sera exécuté en public le 28 avril 1889, Carl Nielsen lui-même occupant le second violon.

Cela ne suffit pas à lui assurer une situation financière stable mais il a la chance d’être aidé par Jens Georg et Marie Nielsen, un couple de commerçants qui le prendra sous son aile.

Un jeune prometteur

C’est désormais la composition et non plus le violon qui occupe le plus clair du temps de Nielsen. Le 17 septembre 1887 est officiellement créée pour la première fois une de ses œuvres à la salle de concerts de Tivoli : son Andante tranquillo e Scherzo pour orchestre à cordes (il fait lui-même partie de l’orchestre en tant que violoniste). La Privat Kammermusik Forening, dont le public est restreint à une certaine élite, exécute quant à elle le Quatuor à cordes en fa Majeur de Nielsen (25 janvier 1888)

Le 8 septembre 1888, Balduin Dahl dirige la Petite suite pour orchestre à cordes à la salle de concerts de Tivoli : c’est un succès. Le second mouvement est bissé, le public ovationne Nielsen que le chef a extirpé du rang des violonistes, et le jeune compositeur s’accorde même une sortie entre amis pour fêter l’événement. Carl Nielsen fera ses débuts en tant que chef d’orchestre le 16 octobre suivant : il conduira cette même Suite au concert d’ouverture de la saison de la Société musicale d’Odense, puis à la salle du Tivoli elle-même.

Toutefois, Nielsen ne peut pas encore vivre uniquement de la composition et, lorsque l’orchestre royal de Copenhague, dirigé par Johan Svendsen, propose des postes à pourvoir en août 1889, il passe l’audition avec succès et occupe une place de second violon à partir du 1er septembre. Svendsen est un talentueux chef d’orchestre qui permet de plus à Nielsen, entre autres, d’élargir son répertoire, avec des œuvres de Wagner, de Giuseppe Verdi ou encore de Georges Bizet. Conscient de la nécessité d’acquérir de nouvelles connaissances et financé par la fondation Ancker, Carl Nielsen est libéré par Svendsen pour la saison 1890-1891 et entame un circuit européen.

L’Allemagne, d’abord : il assouvit sa passion pour Wagner avec une représentation de L’Anneau du Nibelung à Dresde, et après un passage à Leipzig, on le trouve dès octobre à Berlin, où il rencontre notamment Johan Sibelius, Christian Sinding ou encore Joseph Joachim, et où il assiste à une représentation du Carnaval à Paris de Svendsen, qu’il décrira comme « la pièce la plus audacieuse » que ce dernier a écrit. Le 21 décembre 1890, N. W. Gade décède, ce qui attriste fortement son ancien élève.

Vient ensuite la France : Carl Nielsen arrive à Paris le 26 février 1891 et s’y lie avec son compatriote Fritz Bendix (violoncelliste). Ses Cinq pièces pour piano rencontrent un succès dans la capitale. Mais c’est surtout à Paris, dans les cercles scandinaves, qu’il rencontre Anne Marie Brodersen (née en 1863), sculpteur(trice) de son état.

Amour et mariage

Comme le titre de cette section vous l’a laissé deviner, Anne-Marie et Carl ne sont pas indifférents l’un à l’autre et ils se « marient » le 10 avril 1891, sans même attendre que les documents nécessaires n’arrivent du Danemark. Un mois plus tard, à Florence, le jeune couple procède officiellement à son mariage. De retour au pays, les deux tourtereaux rendent visite à leurs parents. Ils s’installent ensuite à Copenhague, où Madame met au monde deux filles, Irmelin Johanne Carl-Nielsen (9 décembre 1891) et Anne Marie Frederikke « Søs » Carl-Nielsen (4 mars 1893), puis un Hans Børge Carl-Nielsen (5 septembre 1895).

Symphonies et opéras

Carl Nielsen avait ébauché une Symphonie en fa dès 1888 mais il n’était guère allé plus loin que le premier mouvement, qui sera par ailleurs joué comme Rhapsodie symphonique en février 1893 sous la direction de Victor Bendix, frère de Fritz. En 1892, en revanche, il achève sa Première symphonie en sol mineur (opus 7), dont il avait débuté la composition à Berlin en automne 1890.

Pour une première symphonie, le défi est de taille pour Nielsen : dédiée à son épouse, elle est créée le 14 mars 1894 par l’Orchestre royal de Svendsen, et on compte parmi son public le roi Christian IX, la reine Louise et la famille royale. La renommée de Nielsen, quoique grandissante, ne s’est pas soudainement révélée aux yeux royaux. L’intention de ces nobles personnages était de marquer le coup, puisqu’il s’agissait du premier concert symphonique donné dans la Chapelle Royale après une période d’interruption forcée de 10 ans.

À l’automne 1894, Nielsen se libère à nouveau de son poste de second violon pour cette fois promouvoir et faire connaître son œuvre. Il se rend ainsi à Berlin, accompagné de son éditeur Alfred Wilhelm Hansen (Anne Marie ne le rejoindra qu’un mois et demi plus tard). Il rencontre d’autres musiciens dont Ferrucio Busoni, Richard Strauss (qu’il considère comme un antipathique arriviste). À Dresde, Nielsen peut diriger sa Première symphonie et remporte un franc succès le 18 mars 1896 : sa renommée s’accroît et ses finances s’améliorent. De passage dans la capitale autrichienne, il rend également visite à Johannes Brahms.

Lors de leur séjour en Italie, Carl et Anne Marie avaient été impressionnés par une toile de Titien, « Le miracle du Mari jaloux » (qui tue sa femme par jalousie, mais à la fin elle ressuscite). Carl prend alors la résolution de dépeindre l’amour en musique, et c’est ainsi qu’en 1896, il achève sa cantate Hymnus Amoris (dédiée à Rosenhoff), pour solistes, chœur et orchestre. Le texte est écrit conjointement par Axel Olrik et le compositeur lui-même, puis traduit en latin par Johan Ludvig Heiberg. Il dirige lui-même sa cantate qui remporte un grand succès le 27 avril 1897.

Sur sa lancée, Nielsen se penche maintenant sur l’opéra et il s’intéresse au thème biblique de Saül et David. Début 1899, Einar Christiansen a achevé le livret et Nielsen s’attaque à l’ouvrage malgré un emploi du temps chargé (voyage en Italie en décembre de cette année), et il s’attaque même à une Deuxième symphonie Op. 16 (achevée en décembre 1901 : écouter le final). En 1901, Nielsen bénéficie d’une modeste pension d’état qui complète son salaire de violoniste. L’Orchestre royal accepte de donner le premier opéra de Nielsen et accorde à ce dernier le privilège de diriger lui-même les trois premières représentations. Finalement, il les dirige toutes, de la première (28 novembre 1902) à la neuvième, le chef titulaire étant tombé malade.

Grâce à sa pension, Nielsen peut se permettre de délaisser un tant soit peu son occupation de violoniste à la chapelle royale et il rejoint Anne Marie en Grèce. Il y compose notamment son ouverture Helios (créée le 8 octobre 1903 par Johan Svendsen et l’Orchestre royal). Le couple est de retour à Copenhague et Carl Nielsen remplace quelques mois son ami Svendsen, malade, à la tête de l’Orchestre royal. Mais il n’apprécie pas de se voir de nouveau réduit au rôle de violoniste et il démissionne (il dirige ainsi son opéra à succès Mascarade en tant qu’invité le 11 novembre 1906). Toutefois, du fait de son talent de chef d’orchestre et de la démission de Svendsen, il accepte le 1er août 1908 le poste tant désiré de chef d’orchestre titulaire de l’Orchestre royal, secondant ainsi Frederik Rung, mais les deux hommes sont souvent en désaccord.

La 3e symphonie, Sinfonia Espansiva (op. 27 : écouter le début) est achevée le 30 avril 1911 et Nielsen la donne le 28 février 1912, puis à Amsterdam le 28 avril, puis à Stuttgart avec le fameux orchestre Tonhalle de Max von Schillings (23 janvier 1913). Le 22 janvier 1914, Frederik Rung décède et il est remplacé par Georg Høeberg, dont le parcours est assez similaire à celui de Nielsen (il fut notamment second violon dans le même orchestre). Alors que la direction de Tristan et Iseult de Wagner est confiée au nouvel arrivant et que celui-ci reçoit de l’orchestre le traditionnel « hourrah » musical scandinave, Nielsen démissionne : sa dernière représentation à la tête de l’Orchestre royal a lieu le 30 mai.

Point positif, Carl Nielsen succède en 1915 à Franz Neruda à la tête de la Société musicale de Copenhague, fondée en 1836 et qui avait eu une influence extrêmement importante sur la vie musicale danoise, notamment sous l’égide de N. W. Gade qui la dirigea jusqu’en 1890. C’est avec cette Société musicale que Nielsen crée sa 4e symphonie, ″Inextinguible″, dont il a débuté la composition au début de la première guerre mondiale, le 1er février 1916. C’est également à cette époque qu’il accepte un poste d’enseignant à l’Académie royale de musique du Danemark (qui remplace le Conservatoire de Copenhague).

Crise conjugale

Mais le couple Nielsen connaît des aléas. Le biographe de Nielsen, Torben Schousboe, explique ainsi qu’Anne Marie se rend compte que « Carl peut difficilement résister aux approches d’autres femmes, et spécialement lorsque son épouse s’absente pendant un long moment ». Carl perd la confiance de sa femme (il aurait eu plusieurs aventures dont une avec la gouvernante de ses enfants quelques temps auparavant) et la crise atteint son sommet lorsque le 26 septembre 1919, après un éloignement progressif des deux époux, ils sont autorisés à divorcer par consentement mutuel. Toutefois, ils n’iront pas au bout de la procédure.

Les dernières années

En 1922, Carl Nielsen est très affaibli par une attaque cardiaque et doit se reposer. Cependant, l’inquiétude qu’a ressenti Anne Marie (qui lui rend visite à Damgaard rapidement après son attaque) permet au couple de se ressouder. En janvier 1923, ils partent une semaine à Berlin pour marquer leur réconciliation. En août 1924 commence la composition de la 6e symphonie ou "Sinfonia Simplice" qui ne sera pas aussi bien accueillie que les précédentes lors de sa création par son auteur le 11 décembre 1925. Peut-être choque-t-elle par son orchestration parfois minimaliste faisant la part belle aux percussions et aux vents, ses accents atonaux ou ses rythmes complexes : écouter ici l’énigmatique 2nd mvt ou écouter tout sur youtube.

Un (presque) joyeux anniversaire

En 1925, à l’occasion de son 60e anniversaire, Nielsen est fêté en grandes pompes :  un ministre fait même le déplacement pour lui remettre une décoration. Mais il se voit fermer la porte au nez par la gouvernante des Nielsen… ce n’est qu’en croisant par hasard Anne Marie qu’il peut décorer le compositeur !

Son anniversaire est aussi l’occasion pour lui de diriger sa Cinquième symphonie (commencée en octobre 1920 et créée par Nielsen le 24 janvier 1922) au Tivoli. Toutefois, la profusion d’honneurs qu’il reçoit ne comble pas Nielsen qui déplore l’ingratitude de sa condition de musicien, notamment dans le quotidien Politiken du 9 novembre 1925. Il se brouille alors avec son éditeur Wilhelm Hansen (il sera désormais publié par les éditions musicales Borup ou par la Société pour la publication de la musique danoise).

Malgré ses problèmes de santé, Nielsen ne peut ralentir son rythme (il démissionne toutefois de la Société musicale en 1927) : début 1928, il écrit ainsi son Preludio e Presto pour violon seul, son Concerto pour clarinette (1928 : écouter un extrait sur youtube) et ses trois pièces pour piano. Le 12 juillet 1930, il connait encore le succès avec son œuvre L’amour et le poète.

À partir de l’été 1931, sa famille insiste pour qu’il fasse une cure de santé mais il souhaite avant tout rentrer à Copenhague pour remplir ses fonctions de directeur de l’Académie royale (poste qu’il occupe depuis janvier 1931). Mais sa santé se détériore et il est admis à l’hôpital national, d’où il peut suivre un concert dont il est à l’affiche, donné par l’orchestre de la Danmarks Radio.

Il reçoit la visite de son gendre, le violoniste Emil Telmányi, et dans ses dernières heures toute sa famille, à l’exception de son fils handicapé, se tient à son chevet. Il parvient à leur murmurer : « Vous vous tenez tous ici comme si vous attendiez quelque chose… ». Carl Nielsen meurt le 3 octobre 1931 à Copenhague, peu après minuit.

Place de l’œuvre en son temps

Contrairement à son contemporain Sibelius, la musique de Nielsen n’est pas influencée par le folklore de son pays ni par les impressions inspirées par la nature. Il se considérait comme un classique et un héritier de Johannes Brahms, dont il appréciait la rigueur dans la construction, et l’absence de sentimentalisme. Ses trois dernières symphonies reflètent cependant ses inquiétudes devant les déchirements de son temps. Quant au deuxième mouvement de la Sixième symphonie (voir plus haut), il traduit sa relative indifférence envers les nouveaux courants musicaux de son époque (Debussy, Schönberg, folklorisme, etc.).

Un très chaleureux merci au président de la Société Carl Nielsen (http://carlnielsen.dk/), Knud Ketting, pour son soutien.

Ressources liées pour Carl Nielsen

Commentaires des internautes

Anonyme, le 22/11/2010 à 12h35
J’ai lu cet article avec intérêt; il est bien fait mais il y a une petite faute au deuxième paragraphe: Musicien dans l’armée..., la seconde partie: "Carl Nielsen continue à composer et s’en voit récompenser" (il s’agit de "récompensé", c’est lui qui est récompensé) et non récompenser! Bien à vous. Florence Bellière

Symphozik, le 22/11/2010 à 15h21
Exact, merci de nous en avoir fait part !
Cordialement,
Jean-Baptiste

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