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Corelli - Analyse de La Follia

blopblop, le 12/05/2014

L’analyse de La Follia d’Arcangelo Corelli, peut-être un peu tard pour des bacheliers en détresse, mais mieux vaut tard que jamais, et ne prétendez pas quand même que vous avez commencé vos révisions au début de l’année ! Petite précision, il n’y aura pas besoin de dire tout ce qui va suivre, sachant que vous aurez à comparer cette œuvre avec une autre. À vous de trier et de prendre ce que bon vous semble !

I. Origines de la Follia

Originellement, la Follia (aussi orthographiée Folia) est une danse populaire ibérique, probablement apparue au XVème siècle. Contrairement à ce qui peut être pensé, ce n’est pas la mélodie qui constitue l’élément thématique qui a servi à des compositeurs de toutes les époques pour écrire des variations – on en connaît 202 ! –, mais la basse. Ce thème était modal (mode dorien, plus précisément).


Un clic sur l’image pour l’agrandir.
Accords de la Follia.
En modal, il faut retirer les do#. En tonal, on note un emprunt en Fa Majeur des mesures 4 à 6.

II. Particularités et structure de la Follia

Corelli a vécu à l’époque Baroque, l’âge d’or du chant, des castrats, de la voix dans tous ses états. Tout bon compositeur de cette époque a écrit au moins une œuvre vocale majeure, mais Corelli, lui, a composé exclusivement pour les instruments, en particulier pour le violon, lui-même étant l’équivalent à cette époque de « premier violon » à Bologne. Mais ça ne veut pas dire pour autant que Corelli ne s’est pas inspiré de la technique vocale (ni que c’était un mauvais compositeur, d’ailleurs). La Follia est une sonate « da camera » (= de chambre, ma qué il étè ouno italiano) écrite en ré mineur sous forme de thème et variations, la douzième et dernière sonate de l’opus 12, qui comporte 6 sonates da chiesa (= d’église) et 6 da camera. Sonate à cette époque désigne une pièce instrumentale quelconque et n’indique pas encore un enchaînement de mouvements particulier. Cette sonate est écrite à deux voix : une mélodie et une basse continue obstinée. Elle est cependant rarement jouée en duo violon-clavecin en raison de nombreuses difficultés techniques dans certaines variations à la voix de basse. Il faut en tout cas au moins un instrument qui fasse la voix supérieure et un instrument polyphonique pour exécuter la basse chiffrée.

Il y a 23 variations (ou 22 si on compte la première comme un thème ou une variation 0, ce qui va être le cas dans la suite de la présentation) regroupées en trois grandes parties : une de la variation 0 à la septième variation, une seconde, caractérisée par ses grands contrastes, des variations 8 à 15, et une dernière des variations 16 à 22. Certaines variations sont regroupées ou au contraire divisées en demi-variations.

Les variations respectent un même schéma harmonique en deux fois huit mesures (oui, exactement, 16, mais il faut quand même dire que 16 c’est deux fois huit pour ce qui va suivre), ou deux phrases de huit mesures chacune. La première phrase, suspensive, est appelée « antécédent », et la seconde est son « conséquent », parce qu’elle est conclusive. Les deux commencent de la même manière, mais leur cadence finale est différente, d’où leur nom « antécédent-conséquent ». Par rapport à la Follia d’origine, Corelli a rajouté quelques accords (qui permettent de rendre la musique tonale, mais ça on l’a déjà dit), des retards, des notes de passage, enfin bref un mélange subtil de couleurs pour une pâte sonore unique.

Dans la première partie, les variations 1 à 7 s’enchainent par diminution ou augmentation rythmique, c’est-à-dire que pour passer d’une variation à une autre, on diminue/augmente la valeur rythmique de référence de la variation n à la variation n+1. Donc par exemple, la variation 1 est écrite en noires, la suivante en croches, la troisième en doubles au début (diminution), puis la deuxième partie de la troisième en triolets, la quatrième et la cinquième en croches (les deux variations sont couplées, les rôles des instruments sont juste échangés), la sixième et la septième (elles aussi couplées, pour les mêmes raisons) en doubles. Comme la variation 0, écrite en rythme de sarabande, ne rentre pas dans cette logique, on peut dire que c’est une variation particulière. Mais attention au mot « thème », ces 16 mesures ne constituent pas un thème mélodique !!

La deuxième partie est la partie des grands contrastes. Rien qu’entre la 8ème et la 9ème variation, on passe d’un univers émotif, plaintif, joué à la corde, à un univers fougueux et virulent. La 10ème est haletante et change de mesure, qui change encore à la 11ème calme, la 12ème plus rapide et sautillante tout comme la 13ème, la 14ème et la 15ème sont surtout harmoniques et se présentent comme des exercices techniques d’écriture (on a encore changé de mesure).

La troisième et dernière partie est celle où Corelli a mis tout ce qu’il n’a pas encore mis précédemment. La 16ème est une variation rythmique à la mélodie très disjointe, on retrouve le thème du début à la basse, la 17ème est écrite en syncopes très disjointes encore, la 18ème est moins harmonique mais plus virtuose, d’abord en arpèges descendants, puis à la demi-variation en arpèges montants. La 19ème est la seule qui soit contrapuntique (ca veut dire qu’il y a plusieurs voix qui se superposent, pour simplifier) et harmonique (beaucoup d’emprunts en d’autres tonalités), la 20ème est la seule danse (elle est aussi divisée en deux). Et enfin, grand moment virtuose pour les variations 21 et 22, doubles cordes au violons en doubles très rapides dans la 21, puis on échange les rôles dans la 22 (oui, bon, il a pas été si vache que ça, la basse ne fait pas de doubles cordes). A la fin de la 22ème, à la toute fin de la Follia, la conclusion est reprise, pour bien insister sur ces derniers instants de la Follia.

III. D’autres Follias et comparaisons brèves

Antonio Vivaldi, Variations sur La Follia. La première variation est quasiment identique à celle de Corelli, pour deux violons plus basse par contre. Certains diront que Vivaldi c’est du « ketchup périmé », mais si vous ne savez pas pourquoi, mieux vaut ne pas en parler.

Georg Friedrich Haendel, Sarabande. Une Follia, ça ?! Oui alors non, ça y ressemble franchement, mais la structure harmonique n’est pas la même. Le thème ressemble comme deux gouttes d’eau à la variation 0 ceci dit.

Sergueï Rachmaninov, Variations sur un thème de Corelli. Ah Serguei…ces variations pour piano sont vraiment des variations sur la variation 0. Rachmaninov prend pour thème la variation 0, dont il prend la mélodie jouée à l’octave par les deux mains. Par la suite il change les harmonies, la structure…

Marin Marais, La Folia. Elle aussi écrite en duo, Marais reprend exactement la mélodie de la variation 0.

Avant Corelli, promis, on retrouve des Follias écrites sans utiliser la mélodie que Corelli a utilisée. Corelli a juste lancé cette mode.

Vangelis, Conquest of Paradise. Avouez le, c’est très surprenant comme découverte. On respecte le cadre historique (rappel : c’est la musique du film 1492 : Christophe Colomb, sorti en 1992). 1492, péninsule ibérique. Instruments plus modernes (piano, cuivres…) synthé, boite à rythmes…et voix !

En conclusion, Corelli renouvelle les tempi, les mesures, les harmonies, les modes de jeu, les caractères et les écritures tout en conservant un style très classique, rationnel, carré, régulier et mesuré. C’est tant de paradoxes qui rendent la musique de Corelli intéressante à analyser en détails. La Follia va continuer à se diffuser dans le temps et dans l’espace jusqu’en Angleterre à cette époque.

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