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Erik Satie : biographie

« Farfelu ou précurseur ? »

Introduction musicale : Première Gymnopédie (1888)

  • Nom Satie Prénom Erik Nation France
  • Naissance 17/05/1866, à Honfleur (France) Mort 01/07/1925, à Paris (France) Époque musicale Moderne

Formation

Né à Honfleur le 17 mai 1866, Erik (né Éric) Satie sera élevé par ses grands-parents après le décès de sa mère quand il avait 7 ans. Il apprend l’orgue avec un oncle. Puis, il rejoindra Paris chez son père dont la nouvelle épouse, professeur de piano lui enseigne les bases de l’instrument. Il entrera au Conservatoire en 1879 mais, pour cause d’absentéisme, il sera renvoyé trois ans plus tard. Réadmis, fin 1885, il n’y obtiendra aucun diplôme.

En 1887, il quitte le domicile familial et s’installe à Montmartre. Après un court séjour à l’armée (il se fait réformer en s’exposant au froid au point d’en attraper une congestion pulmonaire), il gagne sa vie comme pianiste au cabaret du Chat noir où se côtoient de nombreuses figures de la Belle Époque (Mallarmé, Verlaine, Alphonse Allais, etc.).

Heureuse rencontre !

Jean Cocteau raconte : « C’était en 1891 à l’auberge du Clou... Un soir, Achille Claude Debussy et Satie se trouvent à la même table. Ils se plaisent. Satie demande à Debussy ce qu’il prépare. Debussy composait, comme tout le monde, une wagnérie avec Catulle Mendès. Satie fit la grimace. ″Croyez-moi, murmura-t-il, assez de Wagner ! C’est beau, mais ce n’est pas de chez nous ! Il faudrait...

Ici, déclare Cocteau, je vais citer une phrase de Satie qui m’a été dite par Debussy et qui décida l’esthétique de Pelléas (écouter le début) : ″Il faudrait que l’orchestre ne grimace pas quand un personnage entre en scène. Est-ce que les arbres du décor grimacent ? Il faudrait faire un décor musical, créer un climat musical où les personnages bougent et causent. Pas de couplets, pas de leitmotive, se servir d’une certaine atmosphère de Puvis de Chavannes !

Et vous, Satie, que préparez-vous ?″ demanda Debussy. ″Moi, dit Satie, je songe à la princesse Maleine, mais je ne sais pas comment obtenir l’autorisation de Maeterlinck.

Quelques jours après, Debussy se faisait autoriser par Maeterlinck à mettre en musique Pelléas et Mélisande. ″Il a volé son idée à Satie !″ s’écria-t-on. Ne nous échauffons pas… il ne suffit pas d’emprunter un livret à Maeterlinck. Il faut écrire la musique de Pelléas. »

Parallèlement à sa vie de patachon, il s’engage dans l’ordre mystique de la « Rose-Croix » pour lequel il compose plusieurs œuvres (écouter la 1ère des 3 Sonneries de la Rose-Croix, écrites sans barres de mesure et qu’il appelle de la « musique à genoux »). Mais, n’y trouvant sans doute pas son idéal, il fonde sa propre église (l’« Église métropolitaine d’art de Jésus-Conducteur »). Il en est à la fois le trésorier, le grand-prêtre, mais surtout l’unique membre (gare à celui qui fait le rapprochement avec Symphozik)… Il finit par abandonner.

À 40 ans, jugeant sa formation musicale trop limitée, il décide de reprendre ses études musicales. Il s’inscrit donc à la Schola Cantorum de Vincent d’Indy pour y étudier avec Albert Roussel. Élève studieux, il décrochera un diplôme de contrepoint (le seul qu’il aura jamais obtenu !).

Étonnant Monsieur SATIE !

« Je ne me reconnais pas le droit d’abuser des instants de mes contemporains. » Cette réflexion malicieuse de Satie en dit long sur son œuvre : des pièces brèves aux titres incongrus (Véritables préludes flasques pour un chien, Embryons desséchés, Valses du précieux dégoûté, etc.) et parsemées d’annotations cocasses et souvent ironiques (« vivache », « ne pas trop manger », « énigmatique », « fatigué », « munissez-vous de clairvoyance », « postulez en vous-même », « très luisant », « portez cela plus loin », etc.). Certaines suites de pièces sont de véritables petites histoires farfelues (Menus propos enfantins, Enfantillages pittoresques, Peccadilles importunes). Au texte, il ajoute bientôt une « partie dessin… figurée par des traits… des traits d’esprit », de manière à former « un album à feuilleter d’un doigt aimable et souriant. » (préface de Sports et divertissements, 1914). Ainsi, calligraphiée, sa musique se donne à voir autant qu’à écouter.

Considéré par beaucoup comme un « fumiste » et un « excentrique », les véritables musiciens ne s’y trompent pas : Debussy orchestre deux de ses Trois Gymnopédies (écouter l’orchestration de la 1ère) ; Maurice Ravel et Igor Stravinski reconnaissent son influence et les Six (Auric, Durey, Honegger, Milhaud, Francis Poulenc et Tailleferre) en font leur « bon maître ».

Étonnant personnage que Satie, qui n’en est pas à une contradiction près. Ce solitaire misanthrope qui n’accueillit jamais personne dans sa chambre d’Arcueil aimait la compagnie et passait pour un brillant causeur. Cet indépendant fut l’ami de Debussy, Ravel, Picasso, Brancusi, Alphonse Allais (qui le surnomme Ésotérik), Picabia, Tristan Tzara (qui l’appelle Satirik), etc. Cet homme poli se brouilla avec Debussy, se battit avec Willy et fut condamné pour diffamation envers un critique qu’il avait insulté...

Sous son masque de sarcasme et de dérision, se dissimulait probablement un homme timide et vulnérable qui souffrait d’un gros complexe d’infériorité.

Farfelu ou précurseur ?

En 1893, il compose Vexations (à la suite d’une cuisante rupture amoureuse). Il indique en tête de la partition qu’il faut « répéter 840 fois » les 2 variations d’une courte mélodie ! (écouter) Séduit par l’idée, John Cage exhume l’œuvre en 1963 : dix pianistes se relayent pour la jouer pendant plus de 18 heures à New York. Satie devient une référence pour les minimalistes, notamment pour Steve Reich : écouter The Desert Music (1984 : écouter le début).

En 1917, il compose le ballet Parade, en collaboration avec Cocteau et Picasso pour les Ballets russes (écouter le début et voir une reconstitution sur youtube). Ce premier spectacle « cubiste » provoque un scandale qui rend le musicien populaire auprès de jeunes passionnés. Ainsi naît « l’école d’Arcueil » (Cliquet-Pleyel, Désormière, Maxime Jacob et Henri Sauguet).

En 1917 encore, il crée le terme « musique d’ameublement » pour définir certaines de ses œuvres pouvant fort bien convenir comme fond sonore (écouter Tenture de Cabinet préfectoral : « une musique qui fait partie des bruits ambiants, qui en tient compte. Une musique pour meubler les silences pesants parfois entre convives. Qui épargne les banalités courantes. » … « La musique d’ameublement crée de la vibration, elle n’a pas d’autre but ; elle remplit le même rôle que la lumière, la chaleur, le confort sous toutes ses formes. » Une fois encore l’idée inspirera John Cage pour son 4’33" et elle annonce la musique répétitive. Exemple, Michael Nyman (né en 1944 : écouter un extrait de Drowning by Numbers).

Dépouillement ou indigence : Socrate ?

En 1918, Satie est très touché par la mort de son ami Debussy. En outre, il subit un procès pour avoir envoyé une carte postale injurieuse à un critique qui n’avait pas apprécié Parade (il le traite de « cul sans musique ») : il est injustement condamné à huit jours de prison ferme et à 800 francs d’amende ! Il n’y échappera que grâce à l’intervention de la Princesse de Polignac qui lui a commandé une musique pour accompagner la lecture de textes des philosophes de la Grèce antique. Il s’identifie alors au Socrate des dialogues de Platon (lui aussi injustement condamné) et, pour rejoindre l’idéal de pureté du « plus sage et du plus juste des hommes », il compose un « drame symphonique » dénué de tout effet... dramatique.

Après la fantaisie débridée de Parade, il prend ainsi tout le monde à contre-pied. Avec Socrate (1918 : écouter le début de la Mort de Socrate), il propose une musique « blanche », d’un grand dépouillement : les solistes doivent se transformer en récitants et, comme l’écrit Cocteau, chanter le texte « comme on lirait le Code civil ». Chef d’œuvre pour les uns, sujet de consternation pour les autres, on mesure cependant combien cet audacieux projet colle au triste climat de cette fin de guerre et annonce le mouvement de retour à un ordre néoclassique qui suivra peu après ! Notons qu’au même moment, Stravinsky écrit lui-aussi avec des moyens réduits son Histoire du soldat.

En 1919, nouveau volte-face : il est en contact avec Tristan Tzara qui lui fait connaître d’autres dadaïstes. Il compose Relâche, musique pour un ballet surréaliste dont Picabia crée les décors (écouter le début).

Ainsi, en cette période d’après-guerre, Satie est pris comme figure de proue de l’Avant-garde et il n’est pas étonnant que de jeunes musiciens (le Groupe des Six et l’École-d’Arcueil) le choisissent comme porte-drapeau... bien qu’il se défende d’appartenir à toute chapelle ou de vouloir en créer une : « Marchez seul ! Faites le contraire de moi ! N’écoutez personne ! » ... « Le satisme n’existe pas. S’il devait être créé, je lui serais hostile moi-même.»

Persiflages

Surréaliste avant l’heure, son style est un mélange d’ironie narquoise et de faux conformisme, le tout saupoudré d’un humour souvent caustique :

- « Plus je connais les hommes, plus j’admire les chiens. » (Les raisonnements d’un têtu)

- « Tu auras de la peine à me reconnaître, écrit-il Florent Schmitt, j’ai laissé pousser mes paupières. » (31 janvier 1907).

- « Je suis venu au monde très jeune... dans un temps très vieux. » (in L’esprit musical, conférence, mars 1924)

- « La poutre qui est dans l’œil de chaque critique lui sert de longue-vue pour apercevoir la faille qui est dans l’œuvre de chaque auteur. »

- « Les pianos, c’est comme les chèques : ça ne fait plaisir qu’à ceux qui les touchent. »

- « L’homme est un pauvre être mis sur cette terre pour embêter les autres hommes. »

- « Quelle chance d’être vieux ! Quand j’étais jeune, on me harcelait : « Vous verrez un jour ! Attendez ! Vous verrez ! » Et bien, j’y suis, et je n’ai rien vu. »

- « Si vous voulez vivre longtemps, vivez vieux. » (Extrait des Cahiers d’un mammifère)

- « Si la musique ne plaît pas aux sourds, même s’ils sont muets, ce n’est pas une raison pour la méconnaître. »

- « Pourquoi est-il plus facile d’ennuyer les gens que de les amuser ? »

- « Sachez que le travail... c’est la liberté… la liberté des autres... Pendant que vous travaillez... vous n’ennuyez personne... »

- « L’homme qui a raison est – généralement – assez mal vu… même avec des lunettes... »

- « Commandements du Catéchisme du Conservatoire… remis à 9 :

1. Dieubussy seul adoreras… et copieras parfaitement.

2. Mélodieux point ne seras… de fait ni de consentement.

3. De plan toujours tu t’abstiendras… pour composer plus aisément.

4. Avec grand soin tu violeras… les règles du vieux rudiment.

5. Quintes de suite tu feras… et octaves pareillement.

6. Au grand jamais ne résoudras… de dissonance aucunement

7. Aucun morceau ne finira… jamais par accord consonant.

8. Les neuvièmes accumuleras… et sans aucun discernement.

9. L’accord parfait ne désireras… qu’en mariage seulement.

Ad gloriam tuam, Amen, Erit Satis. »

- Comme son ami Debussy lui reprochait un jour le manque de structure formelle de ses pièces, il répond en composant les Trois Morceaux en forme de poire (1903 : elles comportent en fait 7 parties, écouter la 1ère et la 2ème).

Pour plus d’écrits, voir : http://melusine.univ-paris3.fr/Satie_Numerik.htm

Dernier pied de nez

Satie meurt à Paris le premier juillet 1925 en ayant jusqu’à la fin conservé une attitude complètement anti-académique et anticonformiste. Après l’avoir porté en terre, ses amis pénétrèrent enfin dans le studio qu’il occupait à Arcueil, et dont il interdisait l’accès à quiconque. Voici ce qu’ils trouvèrent :

- un piano complètement désaccordé, rempli de correspondances non ouvertes (auxquelles il avait toutefois en partie répondu),

- dans un placard, une collection de parapluies et de faux-cols,

- dans l’armoire, des costumes de velours gris identiques au sempiternel costume qu’il portait toujours : il les avait fait faire d’avance et en prenait un nouveau lorsque le précédent commençait à être trop usé...

L’état du studio révélait la pauvreté dans laquelle il subsistait ; ne pouvant vivre de ses talents de musicien, il ne se plaignait toutefois pas ou très peu. Quant à demander une aide financière à ses proches, c’était pour lui impossible. Il n’avait pratiquement jamais sollicité ses amis, lui qui était pourtant très entouré.

Quelques rares proches se doutaient de sa situation, mais ce n’est qu’à sa mort, en découvrant l’appartement, qu’ils prirent conscience de la misère dans laquelle il vivait, misère qu’il surnommait « la petite fille aux grands yeux verts »...

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