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Herbert von Karajan

Antonin, le 26/10/2008

Impossible que vous l’ayez raté, à moins que vous ne viviez en ermite dans la forêt amazonienne, 2008 est l’année du centenaire de Herbert von Karajan. Plutôt qu’une œuvre, le mondialement célèbre SG-1 (Symphozik’s Guide) vous propose de découvrir ce chef hors norme...

I. Vie et carrière

Karajan naît à Salzbourg, ville de musique, le 5 avril 1908. Sa famille est d’origine grecque (Karajanopoulos). Très jeune, il écoute les leçons de piano de son frère, caché sous le piano. Jaloux de son frère, il insiste pour en prendre également. Mais bien que doué, il rencontre un jour un professeur qui, de l’avis de Karajan lui-même, lui rend le plus grand service en lui conseillant de se diriger plutôt vers la direction d’orchestre. C’est donc ce que fait le jeune Herbert. Il occupe des postes dans des villes de provinces, où il commence à se faire remarquer. En 1935, il adhère au parti nazi pour pouvoir accéder à un poste de "kapellmeister" (littéralement "maître de chapelle", mais en réalité une sorte de directeur musical) à Aix-la-Chapelle. Dès les années 1938-1939, il commence à être connu dans le monde musical allemand. Applaudi par la critique, sa rivalité avec le grand Furtwängler, qui règne à Berlin, commence.

Pour approfondir sur la période 1933-1945, consultez notre autre dossier : Karajan et le régime nazi.

Pendant la guerre, il dirige pour le régime nazi (parfois en uniforme), notamment Richard Wagner pour Hitler, et emmène le Philharmonique de Berlin en tournée en France, d’abord au Palais Chaillot, puis dans toute la France, tournée interrompue lorsqu’une bombe lacrymogène explose dans la salle du concert, à Marseille. Ces activités lui vaudront après la guerre d’être interdit par la commission de dénazification alliée, tout comme son collègue Furtwängler. Sans vouloir rentrer dans la polémique qui a fait couler beaucoup d’encre, il faut préciser que Karajan s’est toujours défendu d’avoir eu des activités nazies, et que son adhésion (double adhésion même, c’est dire s’il ne prenait pas la chose au sérieux) au parti nazi n’avait pour but que de lui ouvrir les portes du succès. Il précisera plus tard "Furtwängler ne m’aimait pas, et Hitler me haïssait"...

Son interdiction est finalement levée par les Alliés, et il rencontre le producteur britannique Walter Legge (un des plus grands producteurs de disques du XXe siècle), qui lui fait signer chez EMI et lui propose de diriger l’orchestre qu’il vient de créer, le désormais célèbre Philharmonia Orchestra. Commence alors la période dite "du Philharmonia" (hé oui, c’est logique) au cours de laquelle Karajan signe ses premiers grands enregistrements, notamment une intégrale des symphonies de Ludwig van Beethoven (la première d’une longue série) ainsi que certains opéras avec de grands noms comme Elizabeth Schwarzkopf (Karajan fera même office d’agence matrimoniale, puisqu’il présenta cette dernière à Walter Legge, qui épousera la cantatrice).

En 1955, alors qu’il est sous contrat à la Scala de Milan, Karajan voit la chance de sa vie apparaître. On lui propose de remplacer au pied levé Furtwängler à la tête du Philharmonique de Berlin pour une tournée aux États-Unis. Il demande la permission de son directeur, qui l’autorise à rejoindre Berlin en dépit de son contrat, chose dont Karajan lui sera redevable toute sa vie. Toutefois le chef a les idées bien en place, et ne se prend pas pour n’importe qui. Il expose clairement ses conditions : Herbert von Karajan ne fait pas les remplaçants. Il demande ni plus ni moins à etre nommé directeur à vie du prestigieux orchestre. Alors qu’on lui refuse, il fait mine de partir, et est finalement nommé chef à vie, sans même l’accord des musiciens (qui, d’habitude, dans le cas du Philharmonique de Berlin, élisent leur chef).

Le voici donc, à 48 ans, chef à vie de l’Orchestre Philharmonique de Berlin, chose qui ne s’était jamais vue. Commence alors une période de gloire qui s’étendra jusqu’à ce qu’il quitte l’orchestre en 1989 (nous y reviendrons). Il signe par la même occasion avec la grande maison Deutsche Grammophon, association qui deviendra mythique à travers des centaines d’enregistrements réalisés pour cet éditeur. En 1958, il rencontre à Saint-Tropez (où il avait ses habitudes) une jeune mannequin française, Éliette Mouret, qui deviendra le 18 octobre de la même année Éliette von Karajan.

Au faîte de sa gloire, Karajan accumule de nombreuses fonctions, en plus de la direction de sa phalange berlinoise : de 1956 à 1964, il dirige l’Opéra de Vienne ; de 1969 à 1971, il est conseiller musical de l’Orchestre de Paris ; à partir de 1967, il dirige le prestigieux Festival de Salzbourg... Il dirige également régulièrement l’Orchestre Philharmonique de Vienne, notamment au cours de célèbres enregistrements par DECCA. Dans les années 80, les relations de Karajan avec "son" orchestre de Berlin se font plus tendues. Les musiciens supportent de plus en plus mal l’hégémonie du chef qui dure depuis plus d’un quart de siècle. Suite à un violent désaccord avec l’orchestre (concernant l’introduction dans l’effectif d’une femme soutenue par Karajan, la clarinettiste Sabine Meyer, rejetée par un orchestre pour le moins misogyne), Karajan claque la porte du Berliner Philharmoniker. Il meurt peu après, malade et affaibli depuis quelques temps déjà. Il confiera à sa complice la cantatrice Christa Ludwig : "quand je mourrai, on pourra dire que cela aura été après une longue et douloureuse maladie".

II. Le mythe Karajan

Il suffit de se rendre aujourd’hui chez un disquaire pour voir que l’influence de Karajan n’a pas diminué. Ses enregistrements sont partout présents, et, plus encore en cette année de centenaire, les coffrets hommages et les rééditions fleurissent.

Pourquoi un tel engouement ? Certes, Karajan fut une sorte de produit médiatique, son image de chef "playboy" étant exploitée à fond par Deutsche Grammophon (nous y reviendrons plus tard). Mais au-delà de cela, Karajan fut un travailleur infatigable, passionné de nouvelles technologies, touche-à-tout. Il favorisa énormément la diffusion des nouveaux supports, comme le disque et plus tard le CD. Il réalisa en tout près de 1000 enregistrements : ce chiffre seul en fait déjà un chef à part. Mais il faut voir plus loin que cette image médiatique. Karajan a beaucoup été critiqué : certes, tous ses enregistrements n’étaient pas des chefs-d’œuvres, mais c’était avant tout un formidable chef symphonique et lyrique. Nombre de ses enregistrements dans certains domaines font référence. Karajan privilégiait souvent les sonorités d’ensemble, dirigeant les yeux fermés avec des gestes très expressifs des bras (pour un aperçu de l’art de direction de Karajan, voir les films réalisés sur lui par le grand cinéaste français Henri Georges Clouzot).

Le mythe Karajan est évidement indissociable de la longue complicité qui l’unit au Philharmonique de Berlin. La sonorité de l’orchestre, façonnée par le chef, est immédiatement identifiable (avec un certain entraînement, évidemment ;) ). Les cordes notamment sont renommées pour leur pureté. Karajan a été chef principal et directeur musical de l’orchestre pendant 34 ans, une exception dont seul Michel Plasson à Toulouse (30 ans) se rapproche (citons également le "règne" d’Evgueni Mravinski à Leningrad, pendant près de 50 ans). Cette complicité devint une quasi-exclusivité : alors que les chefs d’orchestre voyagent normalement d’orchestres (prestigieux) en orchestres (prestigieux), ou sont invités à diriger par d’autres orchestres (prestigieux), Karajan pour sa part ne fera que peu d’infidélités au Philharmonique de Berlin (quelques fois à Vienne, de plus en plus dans les années 80 alors que ses rapports avec les Berlinois deviennent plus tendus), emmenant "son" orchestre aux quatre coins du monde.

Évidement, Herbert von Karajan ne plaît pas à tout le monde. On peut critiquer avec raison son côté "star de rock" et tout le marketisme qui va avec. En tant que chef, il était également très maniaque, au point parfois de se fâcher avec ses interprètes. Christa Ludwig se souvient d’un Karajan voulant lui expliquer "comment chanter". À une autre occasion, Ludwig se plaint du tempo trop lent de Karajan qui réplique : "si vous n’arrivez pas à suivre, je changerai de chanteuse" (Gundula Janowitz était également présente). Mais Christa Ludwig lui tint tête : "vous n’en trouverez pas de meilleure !". Karajan dit alors à contre-cœur : "bon, je vais essayer d’aller plus vite". Le coté mégalomane du chef était bien connu de son entourage. Ainsi la cantatrice Léontine Price lui offrit un jour un T-shirt proclamant fièrement "the King". Quoi qu’il en soit, Karajan appartenait certainement à cette génération de chefs d’orchestres adulés, tous tout à la fois un peu tyrans et mégalomanes...mais géniaux et disposant d’une aura considérable (avec Furtwängler, Mravinski, Toscanini...).

III. Complicités et enregistrements

Comme tous les grands chefs, Karajan avait des interprètes privilégiés. Grand chef lyrique, il s’investit beaucoup dans l’opéra. À l’époque du Philharmonia, il enregistra beaucoup avec Elisabeth Schwarzkopf ou Maria Callas dans le répertoire lyrique, parfois aussi avec l’orchestre de la Scala de Milan. Ces enregistrements sont édités par EMI. Plus tard à Berlin, Christa Ludwig, Gundula Janowitz, Dietrich Fischer-Dieskau et d’autres encore chantèrent avec lui. Karajan fut à l’origine d’importantes avancées dans le domaine lyrique. Ce fut ainsi lui qui exigea que les opéras soient chantés dans leur langue originale, à une époque où les traductions étaient monnaie courante.

Se donnant à fond dans tous ses projets, le maestro avait pour coutume de vouloir tout régir, ce qui provoquait parfois des mésententes : direction, enregistrement, mise en scène, ses enregistrements d’opéra témoignent d’une certaine obsession maniaque. Mais le résultat est au rendez vous : ses Wagner sont particulièrement renommés, notamment son Ring que les critiques qualifient de "chambristes", car Karajan y évita les approches pompeuses de la musique de Wagner pour en dégager toute la subtilité. Sa Walkyrie est légendaire, avec Régine Crespin que Karajan imposa dans le rôle de Brünhild. Karajan dut néanmoins renoncer à un projet de tétralogie filmée (d’une esthétique très vieillie, il est vrai), dont il reste quelques extraits. On peut encore citer ses enregistrements de Giuseppe Verdi à la Scala, avec Maria Callas en rôle titre. Karajan enregistra également un formidable "Boris Godounov" à Vienne, avec Nicolai Ghiorov. Enfin, on ne peut évidement faire l’impasse sur son "Pelléas et Mélisande" d’Achille Claude Debussy, œuvre que le chef autrichien considérait comme sa préférée.

Pour la musique instrumentale, Karajan collabora également avec les plus grands interprètes. Pour enregistrer le "Triple concerto" de Ludwig van Beethoven, il choisit une distribution de légende, réunissant les trois "monstres" de l’école russe : Mstislav Rostropovitch, David Oïstrakh et Sviatoslav Richter. Cet enregistrement est resté une référence. Il serait évidement fastidieux de citer tout les prestigieux interprètes avec lesquels enregistra Karajan. Citons la violoniste Anne Sophie Mutter, que Karajan a découvert et qui deviendra sa complice privilégiée (certaines mauvaises langues diront plus encore) dans nombre d’enregistrements.

Anne Sophie Mutter avoua qu’à ses débuts, elle s’était énormément entraînée pour jouer devant Karajan. Celui-ci l’écouta jouer sans l’interrompre, puis dit simplement "revenez l’année prochaine" et sortit. On imagine aisément la frustration de la jeune fille devant cette réaction, qui en aurait découragée plus d’une. Mais elle revint l’année suivante, et Karajan, satisfait, s’investit personnellement pour la lancer sur la scène internationale, faisant d’elle la vedette que l’on connaît aujourd’hui. Le maestro soutint également Sabine Meyer, comme on l’a dit plus haut, pour son entrée dans le Philharmonique de Berlin. Il est intéressant de constater que cette clarinettiste fait aujourd’hui une carrière de soliste internationale, et est unanimement reconnue. Ces deux exemples peuvent illustrer la force de l’instinct musical de Karajan.

Si Karajan fut parfois critiqué dans ses enregistrements de concertos, considéré comme un accompagnateur moyen (il avait tendance à prendre toute la place, fidèle à lui-même), il est l’auteur de nombre de prestigieux enregistrements de musique orchestrale. Il faut naturellement évoquer Beethoven, dont Karajan se fit une spécialité. Il enregistra quatre cycles complets, et indépendamment, certaines symphonies près d’une dizaine de fois ! Cet acharnement est sans doute la marque d’une certaine recherche de la perfection, mais Karajan (contrairement à une idée reçue) savait rester modeste. Ainsi, il affirma à Jacques Chancel qui lui demandait s’il était irréprochable : "Ah mon Dieu non ! Pourquoi vous pensez que j’ai fait trois fois les symphonies de Beethoven ? Plus vous faites, plus vous trouverez c’est tellement profond, vous n’avez jamais fini... et peut-être je fais encore ! Je pense c’est vraiment la caractéristique du grand chef-d’œuvre. Il n’est jamais usé" (note : retranscription exacte par votre serviteur d’une interview donnée par Karajan en français, ce qui explique la langue un peu hésitante. Rappelons que sa femme Éliette était française).

Comme on l’a dit plus haut, Karajan était également un interprète privilégié de Johan Julius Christian Sibelius (voir notre dossier sur ce dernier), dont il a enregistré avec brio les symphonies et les poèmes symphoniques. Tout comme d’ailleurs son collègue et "concurrent" (en termes de célébrité) Leonard Bernstein. Sibelius (qui est mort en 1957) aurait dit après avoir entendu certaines de ses œuvres interprétées par Karajan : "voilà enfin un homme qui a compris ma musique".

Ses interprétations de musique baroque sont aujourd’hui critiquées (à l’heure de l’instrument d’époque) pour leur "romantisation" par Karajan, et ne sont plus d’actualité. À l’opposée, Karajan ne fut jamais impliqué dans la musique contemporaine. Il semble également avoir des difficultés à pénétrer l’univers de son compatriote Gustav Mahler, dont il n’enregistra que trois des neuf symphonies, les 5e, 6e et 9e, enregistrements qui en ont déconcertés plus d’un, mais qui restent respectables. Par contre, le maestro excella dans la musique de Richard Strauss, dans des œuvres comme "Also sprach Zarathustra" (Ainsi parlait Zarathoustra) ou "Eine Alpensinfonie" (Une symphonie alpestre) : la pureté et la puissance du "son Karajan" est ici à son apogée.

La liste de ses réussites pourrait encore s’allonger longtemps, aussi la rédaction vous propose-t-elle ci-dessous ses coups de cœur parmi la discographie de Karajan (comme l’a fait récemment un grand magazine musical, mais nos choix n’étant pas les mêmes que ceux de ces illustres critiques, on ne pourra pas nous accuser de plagiat :P ).

IV. Sélection discographique

Difficile de s’y retrouver dans la discographie de Karajan ! Près de 1000 enregistrements audio, une centaine d’enregistrements vidéo. Certaines œuvres on été enregistrées plusieurs fois, avec des bonheurs inégaux, ou parfois deux enregistrements d’une même œuvre sont intéressants chacun pour ses particularités. Nous ne vous proposerons donc qu’une sélection, les disques que chaque membre de la rédaction a appréciés, selon ses goûts. À chacun de trouver sa voie ! (Note : sauf mentions contraires, il s’agit toujours d’enregistrements de Herbert von Karajan à la direction de l’Orchestre Philharmonique de Berlin, qui est de loin l’orchestre avec lequel il a le plus enregistré ; et édités par Deutsche Grammophon Gesellschaft – DG pour les intimes ^^).

Les coups de cœurs d’Antonin :

- Beethoven : symphonies 5 et 6 (1982)
- Beethoven : triple concerto (+ Rostropovich, Oïstrakh, Richter; EMI)

- Sibelius : Finlandia, Tapiola, le Cygne de Tuonela, etc.
- Sibelius: symphonies 1,2,4,5,6 et 7 (EMI et DG)

- Johannes Brahms : symphonie n°3 (OP Vienne; DECCA)

- Dimitri Chostakovitch : symphonie n°10

- Wagner: Tétralogie - Strauss : “ Also spracht Zarathustra “, Don Juan, etc.

- Modest Moussorgski : Boris Godounov (OP Vienne; DECCA)

Ressources liées

Commentaires des internautes

Anonyme, le 06/12/2010 à 19h15
je suis totalement fan de Monsieur Herbert von
Karayan. Fabuleux et merveilleux chef d’orchestre.

Anonyme, le 19/06/2012 à 23h42
Que d’approximations et d’erreurs !!!
Ainsi Karajan a enregistré, ne vous déplaise, 4 symphonies de Mahler...
La 9 °, vous connaissez ?
Le Chant de la Terre, les Ruckert Lieder et les Kindertotenlieder...

Anonyme, le 21/08/2012 à 21h17
Certes, c’est bien mieux que rien, mais c’est superficiel, biaisé et émaillé de fautes d’orthographe grossières. Peut mieux faire.
J. Lebacq

François Sarindar , le 02/11/2012 à 11h00
Pour ce qui concerne les enregistrements de symphonies de Mahler par Karajan -conversion tardive d’un homme qui préféra longtemps Richard Strauss à Mahler, et c’est vrai qu’on lui doit, outre une belle interprétation de la Symphonie alpestre, et une autre non moins exceptionnelle des Quatre derniers lieder avec Gundula Janowitz souvent couplée avec Mort et transfiguration -, eh bien, oui, pour Mahler il faut noter que Mahler s’est surpassé dans l’un des mouvements de la 6eme dite tragique, celui qui nous fait planer au-dessus des alpages et dans lequel résonnent les cloches et clarines des troupeaux de vaches, et il s’est imposé bien plus encore dans l’adagio de la 9ème symphonie.
Oui, même le puriste mahlerien que je suis lui concède cela.
Son Chant de la Terre (Das Lied von der Erde), est moins convaincant : on n’a pas dépassé l’enregistrement de Bruno Walter avec Kathleen Ferrier (de même pour les Kindertotenlieder).
Sa Cinquième de Mahler est intéressante mais toutefois assez plate, de même que sa Quatrième qui ne me convaincra jamais.
Mais Karajan a reconnu que les oeuvres sublimes et raffinées de Mahler ne donnent pas grand-chose quand elles sont mal interprétées. Ce qui lui est arrivé, preuve qu’il n’était pas fait pour Mahler, même si l’âge et la maladie aidant, il comprit parfaitement, à sa façon,l’esprit de la Neuvième symphonie.
François Sarindar

Anonyme, le 03/11/2012 à 11h28
Excusez-moi, il faut lire, bien sûr : "que Karajan s’est surpassé dans l’un des mouvements de la 6eme symphonie ...".
De manière générale, une critique peut être adressée à Karajan, c’est qu’il nous offre une vision orchestrale très monocolore de toutes les œuvres qu’il inscrit à son répertoire, on reconnaît sa direction un peu uniforme partout, d’un compositeur à l’autre, comme si c’était la même œuvre continuée.
Mais il a su populariser tant d’oeuvres et faire entrer dans tous les foyers, à quelque classe sociale que l’on appartienne, tant de grandes pages musicales, qu’on peut bien lui pardonner quelques-unes de ses erreurs.

François Sarindar , le 04/11/2012 à 8h35
L’anonyme ci-dessus, c’est François Sarindar, j’ai oublié de signer mon intervention.
Karajan nous a parfois étonnés : le Chevalier à la rose, de Richard Strauss, avec Elisabeth Schwartzkopf est sans doute un beau morceau du meilleur de sa production, et l’on a l’habitude de citer aussi Lucia di Lamermoor avec Maria Callas.
Chacun pourrait y ajouter une ou deux œuvres marquantes en termes d’interprétation. Pour mon compte, mon choix est plus sentimental : je pense à la Sérénade pour cordes de Tchaikovsky et au Concerto pour violoncelle et orchestre de Dvorak (avec Rostropovitch, dans le dernier cas, et les deux hommes produiront ensemble aussi le Don Quichotte de Richard Strauss). Et puis, pour nous rattacher aux rêves d’enfant, Karajan donna aussi une assez bonne version de Hansel et Gretel de Engelbert Humperdinck.
Je ne sais pourquoi lui-même disait que le meilleur de tout et la finalité de son travail avec le Philharmonique de Berlin était de laisser un enregistrement de Pelleas et Melisande de Debussy (était-ce pour se donner un genre ? Pour plaire à sa femme, Eliette, pour flatter l’origine française de celle-ci ? Après tout, il avait déjà prouvé beaucoup de choses en jouant Ravel et en prenant la tête de l’Orchestre de Paris pendant quelques années. Mais ce Pelleas, je ne sais pas s’il est vraiment bon. Franchement, Karajan a surtout mis en valeur les symphonies de Beethoven, de Brahms et de Bruckner et les poèmes symphoniques de Richard Strauss).
François Sarindar

François Sarindar , le 05/11/2012 à 13h54
Évidemment, en me relisant je vois que j’écorche le nom d’Elisabeth Schwarzkopf en lui ajoutant une lettre, et qu’il manque un m à Lucia di Lammermoor de G. Donizetti (Callas y excella et cela fut l’une des grandes réussites de Karajan, incontestablement).
J’en profite pour glisser un élément discographique de choix, dont je ne sais pas s’il reçut l’approbation de la critique à l’époque, c’est la version que donna le maestro de la Messa da Requiem de G. Verdi, avec Price et Pavarotti devant la caméra d’Henri-Georges Clouzot. Il eut aussi la bonne idée de faire appel une autre fois à Mirella Freni.
Cela reste gravé dans ma mémoire avec les symphonies de Beethoven et de Brahms, et aussi avec plusieurs œuvres de Richard Strauss et de Tchaikovsky.
Pour Mahler, je préfère d’autres chefs, tout en reconnaissant que Karajan ne fut pas médiocre.
François Sarindar

Anonyme, le 07/12/2012 à 17h15
Moi aussi je suis chef d’orchestre et Herbert von Karajan est vraiment mon idole!

Anonyme, le 22/12/2012 à 22h36
On se documente avant de prétendre donner une information exhaustive...
Enoncer une telle contrevérité “ Karajan ne fut jamais impliqué dans la musique contemporaine “ relève d’une franche ignorance. Karajan a enregistré Berg, Webern, Schoenberg, Roussel ( écoutez un peu sa troisième symphonie), Honegger, Nielsen ( écoutez la symphonie “Inextinguible “).
Maintenant, on peut ne pas aimer une interprétation et faire preuve d’humilité.
Les assertions, en matière d’appréciation de ce qui est toujours une “ proposition“, m’ont toujours franchement amusé !

Symphozik, le 26/12/2012 à 19h13
Bonsoir,
Précisions sur la forme : on n’a jamais prétendu ici fournir une information exhaustive ; un minimum de politesse est toujours apprécié, même de la part d’anonymes.
Par musique contemporaine, l’auteur du dossier voulait parler de musique d’avant-garde de la seconde moitié du XXème siècle. Certes, Karajan a enregistré Webern (et encore uniquement la passacaille opus 1, une œuvre de jeunesse pas encore dodécaphonique) Schoenberg (une œuvre : les variations pour orchestre) ou encore les symphonies de Chostakovitch. Mais pas Messiaen, Nono, Berio, Ligeti, Kagel…
Jean-Baptiste

Anonyme, le 04/01/2013 à 1h14
Oui, absolument, Karajan n’est pas Boulez qui a su toucher à tous les univers musicaux post-romantiques, modernes et contemporains parce qu’il est lui-même un compositeur. Disons que Karajan a su pénétrer en profondeur les symphonies de Jean Sibelius, les poèmes symphoniques de Richard Strauss et les symphonies d’Anton Bruckner, et qu’il a décidé sur le tard d’enregistrer et inscrire plus souvent en concert Gustav Mahler, mais de là à faire de lui un explorateur de la musique moderne, c’est peut-être excessif, même s’il est vrai qu’il avait le don de s’adapter à tout et d’être parmi les premiers à deviner en quoi une innovation de caractère technique pouvait apporter à la musique. Disons qu’il savait ouvrir les yeux quand il fallait pour ne pas passer à côté des grandes évolutions en matière de goûts musicaux, et cela personne ne le lui contestera.
Mais il avait ses préférences et il les a conservées fidèlement tout au long de son existence ou plutôt des multiples phases de sa carrière.
Merci à vous Jean-Baptiste de nous avoir remis en mémoire jusqu’où allèrent ses audaces et ses incursions dans la musique prospective de la première moitié du XXe siècle et où il plaça lui-même ses propres limites. Ce n’est pas injurier la mémoire de ce chef de talent que de dire ce qui plaît en lui et ce qui déçoit aussi. Pour moi, il reste parmi les plus grands mais comme tout homme il ne fut pas infaillible. Mais c’est vrai qu’il sut démocratiser la musique dite classique tout en servant ses intérêts et sa personne à qui l’on voua parfois un véritable culte.
Ce faisant, et quoi que l’on en dise, il a fait un travail dont la qualité est tantôt supérieure tantôt inférieure à ce que d’autres chefs nous ont donné à entendre. Tout dépend de l’œuvre choisie et de la manière dont Herbert von Karajan a décidé d’aborder les choses.
François Sarindar

Anonyme, le 02/01/2014 à 23h33
C’est un plaisir que de relever autant d’assertions grevées d’aberrations...
Je vous cite : “ Schoenberg (une œuvre : les variations pour orchestre) ou encore les symphonies de Chostakovitch. “
Que faites vous de ceci ? Lien externe
Désolé de vous contredire mais vous m’amusez beaucoup.
Quant à affirmer qu’il n’est pas infaillible, serait-il le Pape ? Voilà un argumentaire bien léger.
Vous ne répondez pas au sujet de Roussel, de Honegger, de Nielsen.
Arrêtons-là et revoyez un peu votre copie.

Anonyme, le 05/03/2014 à 1h06
En effet, il convient de se renseigner. Si Karajan n’a jamais été reconnu comme un chef de musique contemporaine, il n’en a pas moins dirigé que les autres chefs de son temps et même certainement plus... Régulièrement il intégra des compositeurs de son temps à ses programmes de concert: à Berlin il joua ainsi Henze, Britten, Liebermann, Hindenmith, Nono, Ligeti ou Messiaen (eh oui Symphozik!!!!). Penderecki fut régulièrement donné à Berlin et son “Polymorphia“ fut même intégré à son répertoire et donné jusqu’à dans les années 80. D’autres musiciens furent même donné dans ses dernières années comme Tarichen ou Wimberber... Ne revenons même pas sur les “classiques“ du XXème siècle régulièrement donnés en concert ou repris en studio qui furent du vivant de Karajan ses contemporains (Respighi, Chostakovitch, Nielsen, Bartok, Holst, Humperdinck, Vauhan-Williams, Rachmaninov, Richard Strauss, Honegger, Sibelius, Mascagni, Ravel, Debussy, Berg, Webern, Schoenberg, Reger, Martin, Stravinsky, Leimer... ). Karajan a pris fait et cause pour de nombreux musiciens contemporains qu’il intégra à ses concerts viennois ou berlinois: Pfitzner, Von Einem, Blacher, Fortner, Berger...). Je ne parlerai pas non plus de ses fameux Karajan-Zyklus viennois où il reprenais régulièrement en plus des compositeurs cités ci-dessus Roussel (Syphonies N° 3 et 4), Prokofiev (Symphonie concertante, symphonies 1, 4, 5 et 7, Pierre et le loup) Jean Françaix, Martinu... Inutile aussi d’évoquer les concerts avec la RAI italienne: Ghedini, Sutermeister, Tippet, Rosenberg... Il entretint des rapports très étroits avec des compositeurs tel Walton (dont il donna la 1ère symphonie et le Festin de Balthazar), Orff (il créa le triptyque Trionfi à Milan et sa dernière grande oeuvre De Temporum Fine Comoedia), Sravinsky (il monta à Vienne Oedipus rex avec Cocteau comme récitant) ou encore Pizzetti (dont il donna à Vienne l’opéra Meutre dans la Cathédrale).
Les confessions de ses proches lors des dernières années évoquent ses projets d’enregistrement: Carmina Burana, Jeanne d’Arc au Bûcher (Honneger), Agon (Stravinsky)... mais aussi ses regrets sur l’échec de projets passés: enregistrement des Gurre-Lieder de Scoenberg, montage de Wozzeck de Berg ou encore de Peter Grimes de Britten avec John Vickers.
Voilà, et encore ce n’est qu’un survol... Alors oui, se renseigner avant de parler, toujours!

Anonyme, le 28/02/2015 à 17h08
Merci, j’ai beaucoup appris sur Karajan en lisant les commentaires des uns et des autres !

Un modeste mélomane (de 77 ans).

Anonyme, le 09/02/2017 à 7h04
Les pompeux cornichons se sont donnés rendez-vous sur ce forum de commentaires, on dirait. Ce petit dossier sur Karajan ne prétendait pas à l’exhaustivité, il me semble. Il y a sans soute quelques oublis et des petites erreurs. Ne vous en plaignez pas, ça vous permet d’étaler votre science.
Gilbert

Anonyme, le 20/04/2017 à 3h04
Sans prétendre à l’exhaustivité, il est bien de ne pas laisser entendre des choses inexactes et de sortir des lieux communs répétés à l’envie.

Sur la nomination à vie : le Philharmonique de Berlin n’était plus une association libre de musiciens mais une société anonyme dont l’État allemand détenait les droits depuis 1934 (merci Goebbels). En l’occurence, se sont les autorités politiques de Berlin qui contrôlaient l’orchestre et ceci jusqu’aux années 2000 (merci Rattle). C’est avec eux que Karajan a négocié son contrat (il voulait le même que Furtwängler) et cela a pris plusieurs années. Les musiciens n’avaient en pratique pas droit au chapitre, ils étaient mis devant le fait accompli et sous la pression des producteurs de la tournée US (Karajan ou rien !).

Sur l’affaire “Sabine Meyer“ : vous laissez entendre que Karajan a quitté l’orchestre à la suite du désaccord. C’est inexact. La rupture a duré quelque mois de l’année 1984 pendant laquelle Karajan n’a pas démissionné mais suspendu sa collaboration avec l’orchestre (notamment à Salzbourg). Le travail commun reprend dès septembre 1984. À noter que 1982, l’année du déclenchement de la “crise”, était aussi celle du centenaire de l’orchestre. Une partie des musiciens étaient misogynes mais ils se battaient aussi pour un principe : celui de choisir eux-même leurs membres. Au final, Sabine Meyer s’en va, l’orchestre affirme son indépendance mais Karajan gagne sur les misogynes car c’est bien lui qui fait entrer les premières femmes dans l’orchestre (oscultez ses derniers concerts).

Karajan démissionne de son poste en avril 1989 uniquement pour raisons de santé. Il espérait se ménager pour célébrer le centenaire de la mort de Mozart au festival de Salzbourg ou il devait diriger Don Giovanni. C’est Solti qui le remplacera.

Sur Karajan et Mahler. Assez de billevesées ! Tous les enregistrements de Mahler par Karajan sont remarquables et le fruit d’un travail intense d’élaboration. Il n’y a pas une vérité en musique, seulement des interprétations et celles de Karajan concernant Mahler n’ont rien à envier à beaucoup d’autres. Après, c’est selon les goûts de chacun mais n’en faites pas une universalité.

Si Karajan n’a pas enregistré plus de Mahler c’est surtout qu’il n’en avait plus la force. Il s’en est expliqué lui-même dans des interviews. Une musique très exigeante qui réclamait beaucoup de travail et qu’il était hors de question de faire sonner de façon “banale“. Il lui fallait un orchestre à sa façon, des répétitions en nombre suffisant, une salle pour des conditions d’enregistrement idéales (et certainement pas la Jesus-Christus Kirche sous les couloirs aériens de l’aéroport de Berlin-Dahlem). Il ne l’obtient qu’à partir des années 70 avec la nouvelle philharmonie. Avant chaque enregistrement, l’œuvre était emmenée en tournée. D’ailleurs, dès les années 60, il dirigeait le Chant de la Terre en concert. Malheureusement, dès la fin des années 70 il est opéré du dos et de nouveau dans les années 80 à plusieurs reprises. Il ne dirigeait alors plus debout mais assis, sur un siège spécial qui camouflait cette position, et rarement plus d’une heure d’affilé. Il n’allait certainement pas monter la “Symphonie des Milles”. Rappelez-vous Abbado à Lucerne : on pouvait le ramasser à la petite cuillère après chaque symphonie de Mahler.

La construction de son personnage médiatique a tellement bien réussi que les gens oublient (ou font mine d’oublier histoire de se donner un genre) que les dix dernières années de sa vie n’ont été qu’un long calvaire médical, une course contre la montre, que le “directeur général de la musique en Europe” ne travaillait plus qu’avec Berlin, Vienne et Salzbourg. Karajan n’était pas un demi-dieu, rien qu’un être humain, de chair et de sang, il n’en demeure pas moins l’un des plus grands chef d’orchestre du XXe siècle. Mais je vous parle d’un temps que les jeunes de vingt-ans ne peuvent déjà plus connaître.

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Le saviez-vous ?

Que vient faire le cœur dans l’expression “savoir une partition par cœur” ? Cela viendrait du philosophe grec Aristote (IVe siècle av. J.C.) qui pensait que le cœur était le siège de la mémoire. D’où l’expression qui a traversé les siècles “apprendre par coeur” !

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