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L’Orientalisme

blopblop, le 10/07/2015

L’art européen du XIXème siècle a connu une fascination toute particulière pour l’Orient. En France notamment, l’Asie (et tout ce qui s’y rapporte) est une source d’inspiration omniprésente dans les arts. En fait, tellement d’œuvres ont été créées en référence à cette région exotique que cela a donné naissance à un courant du même nom : l’Orientalisme.

Un peu d’histoire

Le XVIIIème siècle voyait déjà ses opéras revêtus de turquoises, de babouches et de turbans. Le triangle remporte un franc succès parmi les plus grands compositeurs, tout comme les tambours, les fifres, et les sonorités orientales s’emparent même des instruments les plus répandus à l’époque, de la flûte au violon : écouter un extrait de l’ouverture de L’Enlèvement au sérail de Mozart.

Mais c’est au XIXème siècle que cet amour pour l’Orient se développe le plus, et ce par le biais des campagnes d’Égypte, de la colonisation de l’Algérie et du Viêt-Nam, pour n’en citer que quelques uns. C’est donc en France que l’on ressent tout particulièrement cet enthousiasme vis-à-vis de l’Orient. La culture orientale s’importe dans les assiettes, dans les maisons, dans les bibliothèques, et dans la tête des artistes. L’exploration du monde se fait aussi par l’Art, réveillant ainsi tous les fantasmes qu’inspirent ces contrées lointaines. Les auteurs et les peintres d’abord, puis les compositeurs de musique (toujours à copier, ceux-là) s’en servent pour créer, et ça attire le public, ça se répand, et bientôt un nouveau courant est créé. C’est l’Orientalisme, et il se prolonge au XXème siècle. 

Des thèmes par centaines

Il ne faut pas croire que la seule source d’inspiration des compositeurs réside dans l’ondulation ou l’équilibre zen des musiques du folklore de là-bas. Même si le serpentement de la mélodie et la gamme pentatonique (dite gamme chinoise) sont repris maintes et maintes fois dans la musique savante européenne, cela reste un simple moyen d’évoquer l’Orient en passant par les oreilles. En réalité, ce sont plutôt les rites et les produits orientaux qui suscitent l’intérêt profond des compositeurs. Il ne serait pas possible d’en faire une liste exhaustive, mais voilà quelques exemples de ce qui s’est fait :

Le désert : il ne s’agit pas ici de sablés, de loukoums et de dattes, mais de sable, de soleil et d’aridité. La chaleur qui pèse, qui engourdit, qui assomme, est une source d’inspiration commune. (Adieux de l’hôtesse arabe, Georges Bizet, 1873 : écouter)

Le harem : l’eunuque, les soirées d’orgies et d’opium attirent la plume. L’opium est à la fois le rêve, la légèreté, et l’angoisse, le chancèlement. (TournoiementCamille Saint-Saëns, 1870 : écouter)

L’ambiance zen : sur les reflets de l’eau d’une rizière, les amoureux expriment leur tendresse ou leur tristesse. (l’Heure exquise, Hahn, 1890 : écouter)

L’Islam : avec ses créatures mythologiques (César Franck et Gabriel Fauré en ont fait une œuvre chacun, portant le même nom : Les Djinns - voir notre analyse des Djinns de Fauré)

Le continent lui-même : c’est très vague, mais ça permet aux compositeurs d’y mettre un peu tout ce qu’ils veulent (Africa, Saint-Saëns, 1891 : écouter)

Les Mille et une Nuits : (Shéhérazade, Maurice Ravel, 1903 : écouter le début de Asie)

Les palais, l’armée : ce sont les images évoquées par la fameuse Marche Turque de Wolfgang Mozart (1783 : écouter).

La richesse : qu’il s’agisse de saphirs, de diamants, de perles, d’ivoire, de soie, de tapis, ou encore de tigres, les parfums et les épices, les jolis trucs ne manquent pas d’inspirer. (La splendeur vide, Saint-Saëns, 1870 : écouter)

Les femmes d’Orient : on en fait de longues descriptions (La solitaire, Saint-Saëns, 1870 : écouter (oui bon je sais, encore Saint-Saëns, mais s’il avait pas écrit autant de Mélodies Persanes on n’en serait pas là !))

Les barbares sanguinaires : un peu racistes quand même, ces colonisateurs ! Les chevaliers tranchant des gorges sont aussi représentés dans les esprits des musiciens (Sabre en main, vous savez de qui, 1870 : écouter)

Le printemps : par printemps, on entend les cerisiers fleuris et les oiseaux chantants, comme représentés sur les tableaux Japonais. (Élégie, Jules Massenet (vous l’attendiez pas hein ??), 1872 : écouter)

Merci à azerty pour les extraits audio.

Ressources liées

Commentaires des internautes

Anonyme, le 24/02/2017 à 19h21
Je possède un portrait a l’huile peint sur bois ,par le peintre Algérois espagnol Joseph SIntes, de Camille Saint Saens . Il s’agit je pense d’un document rare ,que très peu de gens ont vu . Jcetd.harson a gmail.com

Anonyme, le 03/03/2017 à 15h22
On pourrait rajouter Islamey de Balakirev des 5 russes;

Hashish le poème symphonique, très lent et contemplatif au début, du russe Lyapunov ( qui s’est fait aider par Balakirev himself pour ses 1eres oeuvres)

la symphonie orientale d’Ernest Reyer ( le neveu de Louise Farrenc ) / et son opéra salammbô, et celui du même nom de moussorgski et les 3 suites pour orchestres éponymes elles-aussi de Florent Schmitt;

le Désert, une ode-symphonie tragique du français Félicien David;

le Marché persan très joyeux et sautillant de l’anglais Ketelbey;

et la très récente 2eme symphonie “mésopotamie” du turc Fazil Say;

et plus à l’Est le poème symhonique les steppes de l’asie centrale de Borodine:

et la Princesse Jaune de Saint-Saëns:

et, et, et, c’est sans fin...

Anonyme, le 01/05/2017 à 16h24
Sans oublier des opéras et des opérettes comme Turandot et Madame Butterfly de Puccini, Aïda de Verdi, Samson et Dalila et la Princesse jaune (déjà citée) de Saint-Saens, le Pays du sourire (Lehar),, le Prince Igor de Borodine (les célèbres danses Polovtsiennes)... Et dans les ballets aussi : la Shéhérazade de Rimsky Korsakov, la danse arabe de Casse-Noisette de Tschaikovski, par exemple. Comme dit précédemment, c’est sans fin !

azerty, le 31/07/2017 à 16h08
On aurait pu aussi citer bien des pages connues comme : Franz Liszt le poème symphonique Mazeppa, orchestration d’une étude inspirée par un poème de Victor Hugo extrait du recueil des Orientales (Lien ; de Mili Balakirev la “fantaisie orientale“ pour piano Islamey (1869 : Lien ; d’Alexandre Borodine le poème symphonique Dans les steppes de l’Asie centrale (1880 : Lien) ainsi que l’opéra Le Prince Igor et ses fameuses Danses polovtsiennes (1890 : Lien ; de l’anglais Albert Ketèlbey le divertissant Sur un marché persan (1920 : Lien) ; de Saint-Saëns (encore lui !) l’opéra Samson et Dalila (1877) et le Concerto “égyptien” (1896 : Lien) ; de Giuseppe Verdi l’opéra Aida (1871 : Lien ; de Giacomo Puccini les opéras Madame Butterfly (1904 : Lien et Turandot (1926 : Lien ; et, et, et, comme l’écrit le lecteur précédent, c’est sans fin... ]

azerty, le 01/08/2017 à 9h56
En plus de ces pages connues, d’ailleurs déjà citées dans les commentaires précédents, j’ai oublié de mettre en liens la Shéhérazade de Rimski-Korsakov (1888 : Lien) ainsi que les Djinns de César Franck (1884 : Lien)

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