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Le seigneur de l’Anneau ou le « Qui est qui ? » de la Tétralogie wagnérienne

Antonin, le 17/10/2010

Si Sauron, sorcier des ténèbres dans l’œuvre de J. R. R. Tolkien, est le seigneur de plusieurs Anneaux de pouvoir (17 en tout si ma mémoire est bonne… mais je digresse), Richard Wagner ne fut le maître que d’un seul Anneau : celui des Nibelungen. L’oncle Antonin revient aujourd’hui (pour sa rentrée, il était temps) sur cette œuvre colossale, sans équivalent au monde, afin de clarifier un peu les choses pour ceux qui s’y perdent (et peut-être apprendre un détail ou deux à ceux qui la connaissent par cœur). L’Anneau des Nibelungen, aussi appelé « le Ring » (selon son titre allemand) ou plus simplement « La Tétralogie », est un cycle d’opéras totalisant pas moins de 17 heures de musique. Il se décompose en quatre opéras, répartis en un prologue et trois « journées ».

-prologue : « L’Or du Rhin » (Das Rheingold)

-première journée: « La Walkyrie » (Die Walküre)

-deuxième journée : « Siegfried » (Siegfried)

-troisième journée : « Le Crépuscule des Dieux » (Götterdämmerung)

Avant même d’être un chef-d’œuvre musical absolu, le « Ring » est un tour de force d’écriture. Wagner a lui-même écrit tous les livrets, en s’inspirant librement de la mythologique germano-nordique. Le compositeur a procédé à l’envers : les livrets ont été écrits en commençant par le dernier. En réalité, Wagner éprouvait à chaque fois le besoin d’expliquer le destin de ses personnages en remontant dans leur passé, de sorte qu’il a écrit Siegfried pour expliquer Le Crépuscule, et ainsi de suite jusqu’au prélude, L’or du Rhin, qui introduit vraiment l’univers et le cadre général du cycle. La musique, en revanche, a été composée dans l’ordre, en commençant donc par L’Or du Rhin. Il est facile de se perdre dans ce maelstrom d’intrigues et de coups de théâtres, épopée grandiose et superlative. Prêts pour un dépoussiérage rapide ? Attachez vos ceintures.

Résumé "rapide" de l’intrigue

Résumer ici 17 (au maximum) heures d’opéra est impossible. Aussi disons juste qu’il y est question de dieux, d’hommes et de gnomes (les Nibelungen). Alberich, le Nibelung, forge un Anneau de pouvoir avec l’or du Rhin. Wotan, roi des dieux, le lui vole et le donne en paiement au géant Fafner (L’or du Rhin). Plus tard, Siegmund et Sieglinde tombent amoureux (ils sont frère et sœur, tous deux fils de Wotan, mais ils l’ignorent). Sieglinde tombe enceinte, mais Frieda, femme de Wotan, le force à mettre fin à ce couple incestueux (et de plus illégitime, Wotan étant quelque peu volage. N’empêche, encore un dominé domestique… hem bref). Siegmund meurt, mais Brünhild, une des Walkyries, sauve Sieglinde en contrevenant aux ordres de son dieu de père (Wotan a en effet, comme tout roi des dieux qui se respecte, essaimé des enfants un peu partout sur terre…). Sieglinde et son enfant sont saufs, mais Wotan est furax. Ce n’est pas le roi des dieux pour rien.

Alors que les sœurs Walkyries se réunissent pour porter des héros morts au combat vers le Walhalla (la forteresse de Wotan) – c’est là que prend place la fameuse « Chevauchée des Walkyries » – Wotan accourt pour châtier Brünhild. Elle l’amadoue à moitié (c’est sa petite fille chérie quand même), et Wotan se résout à la placer dans un sommeil dont elle ne pourra être sortie que par un vaillant héros qui osera traverser un brasier que Wotan prend soin d’allumer (évidement, pourquoi un beau guerrier aussi ? elle ne pourrait pas tomber amoureux d’un rat de bibliothèque binoclard et … enfin bon bref). Ainsi se conclut La Walkyrie. Vous suivez toujours ? Si oui, poursuivez. Si non, sautez le résumé de l’intrigue et rendez vous au point suivant.

Le temps passe, et l’enfant né de l’union incestueuse de Siegmund et Sieglinde grandit. Le jeune Siegfried est élevé dans la forêt, à l’écart des hommes, par un vieux nain, Mime. Il ne faut pas prendre ce dernier pour un aimable altruiste : il n’est autre que le frère d’Alberich. Forgeron, Mime fut l’artisan de l’Anneau, et fut manipulé par Alberich. Il attend son heure, rêvant de se venger de son frère et d’acquérir le pouvoir de l’Anneau. Or justement ce dernier n’est pas loin : le géant Fafner, qui s’est mué en dragon, hante justement une grotte de cette forêt, en veillant jalousement sur son trésor. Mime espère manipuler le jeune Siegfried, vigoureux et bon guerrier, pour qu’il tue Fafner et lui subtilise l’Anneau. Tout ce manège est suivit de près par Wotan, qui se fait ici appeler « Wanderer », « l’errant ». Vêtu d’une capuche, il parcourt le monde des hommes et suit la destinée de Siegfried. Dans le genre rôdeur mystérieux (il en faut toujours un dans ce genre d’histoires), il ne trompe cependant personne – sauf cet idiot de Mime. Après avoir erré dans la forêt en quête d’amis et de rencontres (imaginez le pauvre jeune homme qui n’a jamais connu les joies de la cour de recré et des billets doux), Siegfried tue le dragon Fafner, récupère l’Anneau, et déjoue les manigances du fourbe Mime – qu’il occit également au passage.

Muni de l’Anneau, dont il ignore tout, Siegfried arrive (guidé, sans doute, par le destin) à la prison de feu de Brünhild. Là se dresse Wotan, qui de sa longue lance, marque de sa puissance, lui barre la route. Siegfried défait Wotan et brise la lance du dieu, symbole de l’affranchissement des hommes par rapport à la loi des dieux. Naturellement, il délivre ensuite Brünhild et tout deux tombent follement – et subitement – amoureux l’un de l’autre (aaah le XIXe siècle est ses histoires d’amour fou aussi exagérées qu’improbables). Que ceux qui ne l’avaient pas vu venir se dénoncent. C’est la fin de Siegfried, dans un duo d’amour flamboyant et romantique (et aussi parfois, lorsqu’il est mal chanté, carrément chi…. – mais c’est un avis personnel).

Dans le dernier volet de la Tétralogie, les dieux et le merveilleux sont absents. C’est ici histoire d’hommes. Siegfied et Brünhild auraient tout pour vivre heureux, mais c’est sans compter la malédiction de l’Anneau (sinon ce n’est pas marrant). Alors que les deux amants arrivent au royaume humain de Gibich, le sombre Hagen, fils du Nibelung Alberich, prépare sa vengeance. Trompé par une potion administrée par Hagen, Siegfried trahit sa bien-aimée. Hagen le tue lors d’une partie de chasse (c’est le passage très célèbre de la mort de Siegfried, qui fut utilisé par John Boorman dans le film Excalibur). L’épopée finit ensuite dans la joie et la bonne humeur : Brünhild, folle de douleur, se jette sur le bucher funéraire de son amant. L’Anneau est lavé de sa malédiction, et retourne au Rhin, qui déborde pour éteindre les flammes, tandis que Hagen tombe dans les profondeurs. Le royaume des dieux s’effondre, comme le laissait présager le titre. S’ouvre désormais le règne de l’Homme.

Rideau. Les quatre œuvre sont créées à la suite, dans le bon ordre et en quelques jours, dans le flambant neuf temple de la musique wagnérienne : le palais des festivals de Bayreuth (en 1876).

Point suivant

Sur le langage musical wagnérien, on a beaucoup écrit, et l’on écrit beaucoup encore. Wagner, dans ses opéras, innove dans la forme, rompant définitivement avec le style de « découpage » qui le précède. Dans ses œuvres, plus de duos, trios, récitatifs, chœurs, et autres numéros se succédant. Chez lui, tout s’enchaîne, tout est fluide, d’une seule ligne. Mais nous ne sommes pas ici pour un cours de langage wagnérien – et votre serviteur n’est, du reste, pas qualifié pour en faire l’étude (étude qui dépasserait, d’ailleurs, le cadre du présent article [oui, j’aime faire des digressions, et alors ?]).

Revenons au Ring (qui est aussi, au passage, le nom donné au boulevard périphérique qui ceint la ville de Vienne, détail qui pourra vous être utile si vous avez la chance de visiter cette capitale de la musique – Symphozik vous fournit même des informations touristique ! quel altruisme, quelle abnégation, quelle foi en notre mission d’information, n’est ce pas ?). Le Ring, donc : pour le découvrir, naturellement, rien de mieux que le direct. Wagner concevait ses opéras comme des « œuvres d’art totales » (selon ses propres mots), fusionnant poésie, théâtre et musique. Autant dire que la mise en scène y a une grande importance.

Sans plus avant rentrer dans les détails, il me reste à vous souhaiter un bon voyage sur les eaux tumultueuses du Rhin (et gare à cette garce de Lorelei !).

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