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Mahler - Neuvième Symphonie

F. Sarindar, le 05/02/2013

Quel silence entoure la création de la Neuvième Symphonie, c’est ce qui ressort de la correspondance de Gustav Mahler durant les années de gestation et de création de cet ensemble de quatre mouvements, sans doute pour mieux laisser venir l’indicible jusque-là contenu en soi et qui ici dépasse tout ce qu’il aurait pu essayer de traduire par des mots.

On a beaucoup glosé sur cette sorte de jeu d’évitement du fatidique chiffre neuf qui depuis Ludwig van Beethoven aurait hanté tous les grands symphonistes, et il semble bien que Mahler ait cédé à une sorte de crainte, celle de ne pouvoir composer plus de neuf symphonies : il aurait ainsi tenté de démentir la sombre "malédiction" en refusant que Le Chant de la Terre fût rangé au nombre de ses symphonies en faisant de cette œuvre une succession de mouvements conçus pour la voix et l’orchestre alors qu’en réalité il aurait camouflé sous cette apparence une véritable création symphonique d’un genre tout à fait différent des précédentes (mais cette interprétation des choses n’est pas forcément acceptable). Il y a bien, en revanche, un constat à faire en ce qui concerne la Neuvième Symphonie, c’est qu’elle ne ressemble pas à celles qui la précèdent (aucune d’ailleurs n’annonce complètement celle qui la suivra, sauf qu’il y a bien une thématique musicale qui, par instants, trouve sa prolongation d’une symphonie à l’autre), et s’il est vrai que l’on reconnaît Mahler en tout ce qu’il fait, il faut bien avouer toutefois qu’il y a, avec la Neuvième, une grande distance avec tout le reste de l’œuvre, sauf peut-être avec son encadrement immédiat : le Chant de la Terre, venu juste avant, et la Dixième symphonie, qui est à la fois annonce de renouveau (oui, une fois de plus) et chant du cygne (et cela, c’est le regret).

Commencée sans aucun doute au cœur de l’été 1908, la Neuvième est achevée en 1909. Autant Mahler y accumule toutes ses impressions du moment, qui sont signe d’une vie encore bien pleine, autant l’œuvre dégage tout autre chose et donne l’impression que l’artiste a, malgré lui, tiré tous les enseignements de sa vie, qu’il a su revisiter tous les instants de sa création depuis les origines et abouti aux conclusions apaisantes et déchirantes à la fois que peut laisser un bilan dont on sait qu’il pourrait être le prélude à la fin.

Cela se voit surtout dans les deux mouvements extrêmes qui se répondent, bien que Mahler lorsqu’il écrivait le finale prétendait avoir oublié ce qu’il avait mis dans le premier mouvement. L’adagio sur lequel la Neuvième se conclut est cependant bien supérieur, et c’est bien normal, à l’andante comodo qui a servi d’introduction à cette symphonie, toutes choses n’étant pas comparables cependant. L’adagio est une montée au ciel qui se fait "sans bruit", et comme l’accomplissement de ce qui nous était annoncé, sans la crainte du lendemain, dans les Deuxième, Quatrième et Sixième et avec la Huitième aussi, où l’on trouvait des ascensions plus "conquérantes". Ici, c’est le son de l’abandon, le son qui s’éteint progressivement, dans le détachement et l’abandon des choses.

Et pourtant, ce ne sera pas le testament musical de Mahler, puisqu’il y aura aussi la Dixième Symphonie.

Par François Sarindar, auteur de : Lawrence d’Arabie. Thomas Edward, cet inconnu

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Au plus profond de notre cerveau, nous possédons, comme tous les animaux, une “oreille de vigilance”. Elle commande un réflexe de fuite après l’audition d’un son inconnu annonciateur d’une menace. Et voilà pourquoi tant de gens prennent leurs jambes à leur cou quand ils entendent de la musique contemporaine, par définition pleine de “sons inconnus, voire inquiétants”.

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