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Olivier Messiaen : biographie

« Peintre des sons et amoureux des oiseaux »


  • Nom Messiaen Prénom Olivier Nation France
  • Naissance 10/12/1908, à Avignon (France) Mort 27/04/1992, à Clichy-la-Garenne (France) Époque musicale Contemporaine

Olivier Messiaen est l’une des figures majeures de la musique française du vingtième siècle.

Formation et débuts

Il naît le 10 décembre 1908, à Avignon dans un univers littéraire. Il est le fils d’un professeur d’anglais, Pierre Messiaen, et de la poétesse Cécile Sauvage, auteur notamment de L’âme en bourgeon, recueil que Messiaen jugera déterminant pour sa destinée. Très tôt, il est touché par la religion catholique qui imprègnera toute son œuvre. Il commence à étudier le piano, d’abord en autodidacte, vers six ans. De sa première enfance, il conserve l’amour des montagnes du Dauphiné, où il retournera régulièrement pour composer ; il est aussi impressionné par le théâtre de Shakespeare que traduit son père, et la découverte de Wolfgang Mozart, Christoph Willibald Gluck, Hector Berlioz et Richard Wagner au travers des partitions d’opéra qu’il demande en cadeau. Pour ses 10 ans on lui offre la partition de Pelléas et Mélisande qu’il déchiffre « en pleurant d’émotions » et qui décide de sa vocation.

Au Conservatoire de Paris, où il entre à 11 ans, il rencontre d’éminents professeurs : Marcel Dupré, Charles-Marie Widor, Paul Dukas. Il fait de brillantes études et obtient des premiers prix en harmonie, fugue, contrepoint, accompagnement au piano, histoire de la musique, orgue, improvisation à l’orgue, et enfin (ouf !) composition. Encore élève, ses premières compositions sont influencées par Achille Claude Debussy mais son syle personnel y est déjà en germe. Exemple : Huit Préludes pour piano (1930 : écouter le 3ème).

Un remarquable organiste, professeur et… ornithologue

En 1931, Olivier Messiaen est nommé titulaire des grandes orgues de l’église de la Trinité, à Paris, poste qu’il occupera pendant 61 ans. Il improvise, compose beaucoup, expérimente ses idées musicales, inspirées par le plain-chant (exemple, l’Ascension pour orgue, 1934 : écouter le début), les modes anciens et orientaux, ainsi que par les chants des oiseaux qui le fascinent. Il décide même de devenir ornithologue. Toute sa vie, il ira relever des chants d’oiseaux à travers toute la France et dans le monde entier à l’occasion de ses voyages. Transposées, harmonisées, réécrites et développées, ces mélodies constitueront la colonne vertébrale de ses compositions.

Messiaen est un homme modeste, généreux et passionné par la transmission de son art. Il commence à enseigner en 1934, à l’École Normale de Musique de Paris et à la Schola Cantorum. Il devient professeur d’harmonie au Conservatoire en 1942. En 1936, il fonde avec André Jolivet, Daniel-Lesur et Yves Baudrier le groupe Jeune France qui, sous le patronage d’Hector Berlioz, veut remettre l’Homme au centre des préoccupations musicales. En 1940, pendant la Seconde Guerre Mondiale, il est interné au stalag (camp de prisonniers) à Görlitz, en même temps que trois autres instrumentistes : un clarinettiste, un violon et un violoncelle. Pour eux, il compose son émouvant Quatuor pour la fin du Temps (écouter le début du 7ème mvt). La première est donnée dans le camp, lui-même tenant la partie du piano.

Libéré en 1941, il est nommé l’année suivante professeur d’harmonie au Conservatoire de Paris où, d’emblée, il fait partager à ses élèves sa passion pour les modes extra-européens, les rythmes, les chants d’oiseaux. La fin de la guerre lui inspire des musiques d’espoir comme les Trois petites Liturgies de la présence divine pour chœur de femmes, piano, ondes Martenot et orchestre (1944 : écouter le début de la 1ère). C’est à cette époque qu’il s’aperçoit qu’il connaît Pelléas et Mélisande de Debussy par cœur.

De 1943 à 1947, il organise ses premiers cours (privés) d’analyse, auxquels participe entre autres Pierre Boulez. En 1947, il devient, toujours au Conservatoire de Paris, professeur d’analyse, d’esthétique musicale et de rythme, puis, en 1966, professeur de composition. En 1948, il écrit sa monumentale Turangalîla-Symphonie, vaste fresque orchestrale se référant à la mystique hindoue (écouter le début du 1er mvt).

Une symphonie ambitieuse

Olivier Messiaen n’aborde la symphonie qu’en 1949. La commande lui vient des États-Unis, via Serge Koussevitsky, chef du Boston Symphony Orchestra : aucune limite de temps ni d’effectif ne lui est imposée. Il profite de l’occasion pour voir grand : par la durée (10 mouvements, 400 pages de partition, 1h20 de musique), par le volume instrumental (orchestre au grand complet, auquel s’adjoignent deux solistes concertants : un piano et un clavier d’ondes Martenot), par le brassage des influences exotiques (le titre même de Turangalîla est forgé à partir du sanskrit, signifiant « rythme, joie, amour »). À de longues plages d’extase voluptueuse succèdent de tumultueux charivaris de rythmes et de couleurs, scandés par une riche percussion inspirée des gamelans balinais. En France, ce mélange de violence et de sérénité, de spiritualité et de sensualité, provoque l’agacement. « Une œuvre pour le bidet et le bénitier », plaisante Francis Poulenc (avant de se rétracter, dix ans plus tard). « Du bordel chrétien » ironise le jeune Boulez, pas fâché de s’émanciper de l’influence du seul professeur qu’il s’est jamais reconnu.

De 1949 à 1951, Messiaen enseigne l’analyse rythmique dans le cadre des célèbres Cours d’été de Darmstadt. En 1951, Mode de valeurs et d’intensités pour piano, deuxième des Quatre Études de rythme (1949-1950), y fait sensation, car il s’agit d’une musique sérialisée dans tous les domaines (hauteurs, mais aussi durées, attaques et intensités : écouter le début de la 2nde étude). Cette page restera toutefois le seul gage que le compositeur donnera au sérialisme : elle correspond en fait à une période de crise artistique qui prendra fin par la systématisation de l’emploi des chants d’oiseaux, qui jusque là n’avaient qu’une fonction décorative. Exemple : Oiseaux exotiques (1955 : écouter un extrait).

La fin du voyage

Ensuite, il voyage beaucoup, enseigne (en 1966, il est nommé professeur de composition, toujours au conservatoire de Paris). Il reçoit de nombreuses commandes dont son unique opéra, Saint François d’Assise, qui dure plus de quatre heures et rassemble l’ensemble de ses préoccupations (1975 : écouter un extrait du Prêche aux oiseaux).

Un opéra hors normes

Le soir du 28 septembre 1971, l’Élysée a mis les petits plats dans les grands : à la table du président Pompidou sont conviés Rolf Liebermann, prochain patron de l’Opéra de Paris, Jacques Duhamel, successeur d’André Malraux aux Affaires culturelles, et un couple d’invités peu protocolaire, le compositeur Olivier Messiaen et sa femme Yvonne. Le musicien raconte : « À la fin du dîner, Rolf Liebermann m’a dit : "Messiaen, vous ferez un opéra pour le palais Garnier !" Devant le président de la République, je n’ai pas pu refuser. » Voilà le début d’une aventure qui durera 12 ans. Car, s’il se soumet modestement à une injonction venue d’aussi haut, le farouche indépendant qu’est Messiaen n’en fera qu’à sa fantaisie et à son rythme : encore professeur au Conservatoire et titulaire de l’orgue de la Trinité, il ne s’y consacre qu’en 1975 ; quatre années sont nécessaires pour la rédaction des trois actes, quatre autres pour leur orchestration. Douze ans après le dîner élyséen, retentissaient enfin les premiers accords de cet opéra colossal dont l’effectif orchestral, trop nombreux pour la fosse du palais Garnier, débordait dans les loges d’avant-scène.

Il reste actif jusqu’à sa mort à 94 ans. Parmi ses dernières œuvres d’importance, citons Éclairs sur l’Au-Delà..., vaste fresque prémonitoire de plus d’une heure pour grand orchestre (1991 : écouter le 4ème mvt).

Comme Robert Schumann, il a trouvé son interprète idéale dans son épouse, la pianiste Yvonne Loriod (joli patronyme pour la femme d’un amoureux des oiseaux), qui l’accompagnait toujours dans ses quêtes ornithologiques. Il meurt le 27 avril 1992 à Clichy-la-Garenne.

Des sons et des couleurs

Il est fort probable que le chatoiement de l’orchestre de Messiaen soit dû à son « audition colorée ». À ce propos, il confie à un journaliste : « Je suis atteint d’une sorte de synesthésie qui se trouve davantage dans mon intellect que dans mon corps et me permet, lorsque j’entends de la musique, et aussi lorsque je la lis, de voir intérieurement, par l’œil de l’esprit, des couleurs qui bougent avec la musique ; et ces couleurs, je les sens d’une manière excessivement vive […]. »

Pour aller plus loin, un passionnant documentaire de l’INA sur Messiaen :

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Le saviez-vous ?

L’idée de son “Pelléas et Mélisande” a été donnée à Achille Claude Debussy par Erik Satie (plus d’infos dans la biographie de ce dernier).

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