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Sergueï Sergueïevitch Prokofiev : biographie

« L’homme aux doigts d’acier »


  • Nom Prokofiev Prénom Sergueï Sergueïevitch Nation Russie
  • Naissance 23/04/1891, à Sontsovka (Ukraine) Mort 05/03/1953, à Moscou (Russie) Époque musicale Moderne

Préambule : de la Russie à l’U.R.S.S.

En Russie, la révolution de 1917 met fin au règne des Tsars et à l’avènement du régime communiste. L’ambition des nouveaux dirigeants est de « démocratiser » la vie artistique : ils ouvrent au plus grand nombre les institutions du passé : conservatoires, salles de concert, opéras... Certains compositeurs, dans leur fièvre d’invention d’un monde nouveau, osent les tentatives les plus avant-gardistes. Notamment, sous l’influence du Futurisme et du Constructivisme, ils exaltent le monde industriel dans ce qu’on a appelé la Musique urbaniste. Exemple : Fonderie d’acier d’Alexandre Mossolov (1927 : écouter). Mais à partir de 1930, l’autoritarisme de Staline vient brider les tendances novatrices. Tous les courants artistiques sont mis au pas au nom du jdanovisme, idéologie qui censure toute création considérée comme « bourgeoise » et non accessible au peuple. Le résultat est une expression le plus souvent terne et grandiloquente. Il fallait le génie d’un Dimitri Chostakovitch ou d’un Prokofiev pour dépasser ce carcan.

Enfance et formation

Prokofiev naît dans la Russie tsariste le 23 avril 1891 à Sontsovka (Ukraine). Il est initié très tôt au piano par sa mère Maria, excellent(e) professeur(e). Il progresse vite et sa mère le confiera au compositeur et pianiste Reinhold Glière. Se destinant très rapidement à une carrière de compositeur, le jeune Prokofiev écrit à 7 ans sa première pièce : Le galop indien.

Enfant prodige, il entre au conservatoire de Saint-Pétersbourg à 13 ans. Il n’appréciera pas tellement ce séjour en raison de ses professeurs (Nicolaï Rimski-Korsakov, Nicolas Tcherepnine,...) qu’il juge trop conservateurs (normal, me direz-vous, dans un conservatoire). Il s’intéresse de bonne heure aux compositeurs contemporains : Debussy, Strauss, Reger (tous mal vus au conservatoire) et Schönberg, dont il interprète les œuvres lors de ses premiers récitals. Quand il termine ses études il a déjà de nombreuses pièces derrière lui, dont quatre opéras.

Brillant pianiste, la puissance et la fougue de son jeu suscite l’étonnement de ses contemporains : on le surnomme « l’homme aux doigts d’acier » et ses compositions le prouvent (écouter le début de la 3ème sonate, 1907-1917).

Débuts de compositeur

Après le décès de son père en 1910, Prokofiev commence à se faire connaître comme un compositeur résolument antiromantique, avec des œuvres qui scandalisent par leurs audaces harmoniques et rythmiques. Il a à peine 20 ans quand ses premières œuvres sont éditées. En 1914, il remporte le concours Rubinstein pour piano en jouant en finale son premier concerto composé en 1911. En 1913, il scandalise le public avec son deuxième concerto qui est à la limite des possibilités physiques du soliste.

En voyage à Londres en 1914, le compositeur assiste aux Ballets russes de Serge de Diaghilev. Il compose alors Ala et Lolli, que Diaghilev refuse. Il en tire la Suite scythe (1915 : écouter le début) qui n’est pas sans rappeler la barbarie du Sacre du printemps (1913 : écouter la fin). D’ailleurs son parcours est proche de celui d’Igor Stravinski. Comme lui, il s’expatrie en France, comme lui il compose pour les ballets russes, enfin il accomplit lui aussi la volte-face esthétique du néoclassicisme avec notamment la Symphonie classique (1917 : écouter le 3e mvt, Gavotte) qui est la 1ère de ses 7 symphonies.

À la chute du Tsar en mars 1917, Prokofiev est plutôt favorable aux idées progressistes. Mais le pays est au bord de la guerre civile et la censure bolchevique est omniprésente. Avec l’accord des nouvelles autorités soviétiques, il obtient l’autorisation de se rendre à l’étranger en 1918. C’est le début d’un exil qui durera 14 ans.

Les États-Unis, l’Europe

Après les audaces de sa jeunesse, il se forge un style original où le grotesque côtoie le lyrique, et où, même s’il adopte volontiers des formes classiques, une constante invention renouvelle le discours. Une de ses marques de fabrique est ce qu’il appelle lui-même sa composante « motorik » : écouter par exemple le Troisième de ses 5 concertos pour piano (1921 : fin du 1er mvt) ou sa Symphonie no 2 dite « de fer et d’acier » (1925 : écouter le début).

Aux États-Unis, il donne en 1921 l’opéra L’Amour des trois oranges dont il tire une suite symphonique (écouter) contenant une célèbre Marche (écouter). Il est ensuite à Paris, où Diaghilev crée ses ballets (Chout, Pas d’acier, le Fils prodigue). Il épouse Carolina Llubera rencontrée aux États-Unis. En 1922, il s’installe dans un village de Bavière pour écrire son nouvel opéra, L’Ange de feu.

Le musicien parcourt en même temps l’Europe dans une tournée de concerts et atteint très vite une certaine notoriété. Il s’installe à Paris en 1923. Il est parvenu au sommet de sa gloire. En 1925, il retourne aux États-Unis où il est à nouveau bien accueilli. Le Pas d’acier, son nouveau ballet, est créé en Russie où il ne sera pas apprécié des autorités du pays qui le jugent trop caricatural.

Retour en Russie

Alors que Stravinski demeure en Occident et se fait naturaliser américain, Prokofiev cède à la nostalgie de son pays natal. Il revient en Russie en 1933. Il est d’abord fêté et se voit confier des fonctions officielles. Il a conscience de son rôle en tant que compositeur soviétique : « Le temps n’est plus où l’on composait pour un cercle d’esthètes. Maintenant, les grandes masses populaires attendent et interrogent. La recherche d’une langue musicale qui corresponde à l’époque du socialisme est difficile, mais voilà un noble problème pour un compositeur. »

Mais, malgré ses déclarations patriotiques, le style de Prokofiev évolue peu, comme le montre une autre œuvre de sa période soviétique : Roméo et Juliette (1935 : écouter un extrait). Sur une commande du Théâtre central des Enfants, il écrit Pierre et le loup, conte musical pédagogique plein d’humour (1936 : écouter un extrait). Une autre de ses tentatives les plus réussies est sa musique pour le film Alexandre Nevski d’Eisenstein (1938 : écouter La bataille sur la glace).

Par la suite, ses relations avec les autorités deviennent difficiles. Il essaie bien de calmer l’hostilité du parti en produisant à la gloire du régime des œuvres sans intérêt, mais il reste en but à la censure et ce sont ses amis qui lui permettent d’échapper à la misère. Pour fuir l’invasion allemande en 1941, Prokofiev part dans le Caucase. C’est une période difficile pour sa santé. Paradoxalement il produit beaucoup ; son plus grand succès est la Symphonie no 5 (1945 : écouter le début du Scherzo). Pour cette œuvre qui marque la victoire sur l’Allemagne, il obtiendra un second Prix de l’ordre de Staline en 1945.

Après la guerre cependant, les ennuis continuent : il subit les foudres du jdanovisme ; les purges staliniennes envoient sa première femme en camp de travail car elle est étrangère ; il est condamné en 1948 par le parti pour "l’orientation antipopulaire et anticonformiste de sa musique". En 1950, il compose un oratorio : La Garde de la Paix qui le rachète aux yeux du régime communiste. Il obtiendra même le Prix Staline pour cette œuvre. Prokofiev ne quitte plus son appartement durant les trois dernières années de sa vie.

Triste fin pour un génie

Le 5 mars 1953, Prokofiev meurt, cruelle coïncidence, une heure environ avant Staline. La Pravda et les autorités, portant toute l’attention sur le « Père des peuples », mettront six jours avant d’annoncer la mort du compositeur, faisant même pression sur sa famille pour qu’elle n’ébruite pas la nouvelle pendant cette période. Une quarantaine de personnes seulement assistent aux funérailles de celui qui fut pourtant, 6 ans auparavant, proclamé « Artiste du Peuple ».

Faite de contrastes violents, animée d’une vive sensibilité et d’un sens profond de la mélodie, tour à tour burlesque, lyrique, douloureuse, tendre ou emportée, sa musique se place parmi les meilleures productions de la première moitié du XXème siècle.

Ressources liées pour Sergueï Sergueïevitch Prokofiev

Commentaires des internautes

Anonyme, le 19/02/2012 à 15h52
sûrement le compositeur le plus sous-estimé du 20e siècle

Anonyme, le 04/12/2012 à 17h59
Génial pour ma recherche!!

LE MEILLEURE SITE POUR LA MUSIQUE C’EST SYMPHOZIK!!!!

Anonyme, le 04/04/2016 à 19h06
Je n’ai pas trouvé ce que je cherchais à propos de son style musical , c’est décevant !

azerty, le 05/04/2016 à 16h22
Cher anonyme du 4-04, ce n’est jamais facile de décrire un style de musique avec des mots. À propos de Prokofiev, je vous suggère ceci : son écriture est caractéristique de ces compositeurs du début du XXe siècle qui composent en réaction à “l’impressionnisme“ de Debussy (Stravinsky, le groupe des six, ...). Dans son style, le grotesque côtoie le lyrique, une gaieté vive et légère succède au tragique le plus noir. Et, même s’il adopte volontiers des formes classiques (symphonie, concerto, sonate...), une de ses marques de fabrique est ce qu’il appelle lui-même sa composante “motorik“ : écoutez par exemple le Troisième de ses 5 concertos pour piano (1921) ou sa Symphonie no 2 dite « de fer et d’acier »(1925). Écoutez aussi la Suite de son ballet “Roméo et Juliette” (1935), oeuvre géniale qui contient les aspects dont j’ai parlés et bien d’autres. Vous trouverez tout ça sur YouTube. Bon courage.

Anonyme, le 21/02/2017 à 13h21
super biographie mais jaurais voulu écouter le galop indien

Anonyme, le 22/02/2017 à 11h49
Désolé, mais cette œuvre de jeunesse n’existe même pas à ma connaissance en partition. Il est cependant probable que, si elle avait eu un quelconque intérêt, Prokofiev l’aurait utilisée dans une œuvre ultérieure. C’est d’ailleurs sans doute ce qu’il a fait dans sa troisième sonate pour piano, une œuvre d’une belle énergie où il précise après le titre “sur des cahiers de jeunesse“. Vous pouvez en écouter un extrait dans la biographie à la fin du chapitre “enfance”.

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