« Musique classique : les compositeurs sortent de l’ombre »
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Aurèle Stroë

fr-de-f11, le 10/10/2008

Aurèle Stroë (1932-2008)

Compositeur roumain très méconnu, Aurèle Stroë, s’est éteint vendredi 10 octobre 2008 à Mannheim, où il vivait depuis 1986. Chef de file de la musique roumaine de la seconde moitié du XXème siècle, il a enseigné au conservatoire supérieur de musique de Bucarest l’orchestration puis la composition, influençant de nombreux jeunes compositeurs comme Radulescu (décédé le 25 septembre 2008).

À la fois grand compositeur, pédagogue, philosophe, et mathématicien, Stroë refusa d’adhérer au parti communiste de son pays, ce qui lui causa de nombreux problèmes. Par exemple, pour être autorisé à aller en France, le régime roumain lui demandait d’aller enquêter sur des Roumains dissidents qui s’étaient expatriés en France. Un film a d’ailleurs été créé sur ce sujet par le compositeur Bernard Cavanna qui porte comme titre le nom du compositeur lui-même.

Sa connaissance des mathématiques, il l’exploite dans Arcades pour grand orchestre (1962-1963) en appliquant sur divers paramètres la suite de Fibonacci :

- Au niveau du rythme : le chonosprotos (= la valeur courte de la pulsation, et non un service postal) étant la croche, on a la première note sur la seconde croche (la première étant marquée par un silence), puis la suivante après deux croches, puis la suivante après trois croche, la suivante après 5 croches et ainsi de suite d’après la fameuse suite... 

- Au niveau des hauteurs : on prendra (toujours dans la première arcade) comme valeur minimale le demi-ton. L’œuvre commence par le si bémol grave du contrebasson, puis une note un ton plus haut puis une note un ton et demi plus haut selon la règle suivante : un son qui dure n unités minimales (ici la croche) est suivi d’un intervalle contenant n demi-tons. Arrivé au suraigu avec de très longues notes, le compositeur amorcera le chemin inverse : en effet, le titre "arcades" vient de la forme musicale de chaque mouvement en arche, ce qui implique un retour. L’œuvre n’est évidemment pas monodique. Stroë a l’idée de se servir de la définition même de la suite de Fibonnaci pour écrire son contrepoint : chaque note (sauf la toute première) peut être considéré comme la somme de deux autres notes qu’il fera jouer à une autre voix. Mais chaque note de cette autre voix est aussi la somme de deux sons précédant et il faut donc ajouter une voix. Finalement chaque voix est une variante de la mélodie initiale avec un rythme différent. Ce contrepoint porte un nom : c’est l’hétérophonie.

Dans les arcades suivantes, la valeur minimale des intervalles s’agrandit (du ton pour l’arcade 2 jusqu’à la quarte juste pour l’arcade 7) raccourcissant la durée des pièces. L’utilisation de la suite n’est bien sûr pas novateur ; Béla Bartók l’utilisait déjà . Mais le fait de construire une musique totalement prédéterminée d’après une règle constante est nouveau. Chaque note est définie d’après la règle initiale, aucun son ne peut être remplacé par un autre (Au contraire chez les classiques, on peut retirer ou ajouter une note de passage, une appogiature, changer un accord...) . On sait d’avance quelle note va être entonnée car il ne peut en être autrement. Bien sûr, le travail du compositeur ne s’arrête pas là et il va jouer avec les timbres et la spatialisation mais cette manière de penser est fondamentalement nouvelle et inédite.

Stroe pose ici la question essentielle du XXème siècle : a-t-on besoin de contraintes en art ? Si les règles de la musique tonale était les mêmes pour tous les compositeurs, l’originalité de la musique était dans l’exploitation des règles. Arnold Schönberg franchit un pas dans les années 20 avec le dodécaphonisme, qui apporte à la musique un nouveau langage et de nouvelles contraintes. Il disait assurer, de ce fait, la suprématie de la musique allemande pour un siècle. Stroé, dès 1962, répond à Schoenberg, par un nouveau procédé dans “ Arcades “, procédé unique qui n’a connu aboutissement que dans cette pièce. Certes, l’idée de sérialisme, notamment le sérialisme intégral, à fait son chemin jusqu’aux années 1970, mais aujourd’hui, la tendance des compositeurs est à l’invention de nouveaux langages, et donc de nouvelles contraintes pour chacune de leurs pièces.

Visionnaire et philosophe, Stroë avait sans doute vu que le renouveau de l’art contemporain passerait par l’invention de nouveaux cadres, la liberté naissant des contraintes.

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