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Carl Orff : biographie


  • Nom Orff Prénom Carl Nation Allemagne
  • Naissance 10/07/1895, à Munich (Allemagne) Mort 29/03/1982, même ville Époque musicale Moderne

Né à Munich le 10 juillet 1895, Carl Orff est issu d’une famille à tradition militaire. Ses parents sont cependant tous deux de bons pianistes, et sa mère remarque et encourage rapidement les dons de son fils pour la musique. Il est ainsi initié au piano, au violoncelle puis à l’orgue.

Études et carrière musicale

Le jeune Carl Orff ne rencontre pas de difficultés dans ses études musicales mais il ne supporte pas l’académisme de certains de ses professeurs. Il préfère improviser pour maitriser le piano plutôt que de jouer les pièces des maîtres du passé. En 1909, il assiste à une représentation du Fliegende Holländer de Richard Wagner, et s’intéresse dès lors beaucoup plus à l’opéra.

En 1912, il entre à l’académie de musique de Munich. Là encore, il ne s’entend pas toujours avec ses professeurs, néanmoins ces années d’études seront fécondes. Il compose son propre opéra, Gisei, tiré d’une pièce japonaise. Orff est fortement influencé par Achille Claude Debussy ainsi que par Richard Strauss.

14-18 et ensuite

En 1914, il prend encore des leçons d’interprétation avec Hermann Zilcher. En 1916, Il est nommé chef d’orchestre et directeur musical des Münchner Kammerspiele. Il prend part à la guerre en 1917 mais est démobilisé pour blessure. Au retour, il est nommé directeur musical et chef d’orchestre des opéras de Mannheim et Darmstadt. Après la guerre, désireux d’associer le texte, la musique et le mouvement, il se consacre à l’étude et à la composition. Il abandonne ses fonctions à l’opéra de Darmstadt. En 1920, il épouse Alice Solscher dont il aura une fille, Godela, en 1921. Il se mariera en fait quatre fois, sa dernière épouse étant Liselotte Schmitz.

Après avoir étudié Claudio Monterverdi, il éprouve une passion pour la renaissance italienne et fera de nombreuses adaptations d’Orfeo. En 1924, il fonde une école de danse : la Güntherschule, avec Dorothee Günther, une danseuse. En 1937, il compose son plus grand succès : Carmina Burana (très connue et ce encore de nos jours ; avouez que c’est de là que vous connaissez Orff, vous aussi !), œuvre inspirée de chants du Moyen Âge retrouvés dans l’Abbaye d’Ottobeuren. Le compositeur a trouvé sa voie et en 1939 il écrit Der Mond (La lune) et Die Kluge (L’épouse sage).

En 1943, il compose les Catulli Burana et, pour compléter ce triptyque païen, le Trionfo di Afrodite en 1953. Par la suite, il n’écrit plus que pour le théâtre musical des pièces telles que Antigone ou De temporum fine comoedia, sa dernière œuvre, qui reviennent aux formes du théâtre sacré avec des danses rituelles. En 1961, il fonde son école au Mozarteum de Salzbourg puis donne des conférences pour présenter sa méthode pédagogique.

Considéré par tous, Carl Orff s’éteint dans sa ville natale le 29 mars 1982. Il a été marqué par la musique de son temps. Attiré par Arnold Schönberg ou R. Strauss, il n’éprouvait cependant rien pour la musique atonale. Carmina Burana reste de nos jours la pièce la plus connue du compositeur, celle qui a réussi à s’imposer à tous.

Carl Orff et le troisième Reich

La période 1933-1945, comme nous l’a fait remarquer un lecteur, M. Dornay, est quasiment occultée de la grande majorité des biographies de Carl Orff, en tout cas sur le Web francophone. C’est pourquoi nous consacrons cette partie aux relations qui existaient entre Carl Orff et le régime nazi : Orff n’avait même pas 40 ans lors de l’arrivée d’Adolf Hitler au pouvoir en Allemagne.

Victime ou sympathisant du régime ?

Il n’existe pas de consensus concernant Orff lors de cette sombre période. En effet, les deux thèses principales qui s’affrontent sont extrêmement opposées : d’un côté, celle qui soutient que le compositeur était à peine toléré par le régime nazi, voire qu’il en fut une victime directe. De l’autre côté, les détracteurs d’Orff en font un collaborateur apprécié et partageant l’idéologie nationale-socialiste jusque dans sa musique.

Son amitié avec le résistant anti-nazi Kurt Huber joue en sa faveur. Cependant, lorsque Huber fut arrêté, Orff refusa d’user de son influence pour l’aider. Ainsi, il expliqua à la femme de son ami que si son amitié avec ce dernier était révélée, "il serait ruiné”. Huber fut exécuté en février 1943 et Orff exprima ses regrets et une demande de pardon dans une lettre.

Son œuvre pendant la période nazie

Carmina Burana, qui est bien sûr l’œuvre phare de Carl Orff, a été créée à Francfort le 8 juillet 1937. Le musicien, à 42 ans, la considère comme le début de sa renaissance musicale. La réaction du régime nazi est mitigée : l’utilisation du latin au détriment de l’allemand, la tenance érotique de certains passages et même des influences russes sont autant d’arguments en faveur des partisans d’un Carl Orff opposé au régime. Mais les nazis s’approprient tout de même bien vite cette œuvre qui rencontre un succès considérable. Ainsi, un journal officiel écrit que cette œuvre est "le genre de musique claire, tempétueuse et disciplinée dont notre époque a besoin”.

Orff a parfois été rémunéré par le régime pour ses travaux, et notamment pour avoir proposé une alternative à l’œuvre censurée du juif Felix Mendelssohn-Bartholdy : Rêve d’une nuit d’été (création en 1939). Il répondait en fait à une demande officielle du pouvoir à laquelle certains compositeurs n’avaient pas répondu. Cependant, le projet avait déjà germé dans l’esprit d’Orff dès 1917.

Enfin, les Schulwerk (des mots "école” et "travaux”) qu’il rédigea étaient également très appréciés des pédagogues nazis. Entre 1933 et 1937, il entreprit de les conformer le plus possible aux exigences de ces derniers. Il ne s’agissait pas de dénaturer l’esprit original de ces "cahiers d’exercices” et, de plus, les attentes des nazis en la matière n’étaient pas fondamentalement différentes de cet esprit : les deux parties appréciaient en effet la musique populaire, les chansons folkloriques,...Orff ne fait aucune remarque sur l’association de certaines de ces musiques à l’esprit de la théorie pangermaniste et raciste Blut und Boden (sang et sol) et il se déclare ainsi heureux que ses objectifs "correspondent au plus haut point avec ce qui est requis de nos jours”.

Conclusion

Si Orff a bien été l’opposant au régime nazi qu’ont généralement décrit ses proches et sa famille, il a préféré faire profil bas entre 1933 et 1945, probablement pour ne pas mettre en danger sa carrière mais aussi sa vie. À l’inverse, si l’on considère comme beaucoup qu’il n’était pas hostile à la cause nazie, il a de toute manière gardé une attitude globalement neutre qui favorise d’autant plus la polémique et les débats à son sujet. Ainsi, il n’a jamais adhéré au parti nazi mais acceptait de composer pour lui. Il n’a pas non plus fuit l’Allemagne comme nombre d’autres intellectuels.

Après la guerre, Orff traverse sans grande peine la procédure de dénazification menée par les Alliés. Fort de ses liens avec Huber, il se dit membre de la cellule de résistance de la Rose blanche (ce qui ne peut être vérifié). Il est alors autorisé à continuer à composer et à produire ses œuvres en public.

Ressources liées pour Carl Orff

Commentaires des internautes

Anonyme, le 19/10/2016 à 17h55
Carmina Burana fut écrit en 1937. c’est une oeuvre peut-être effacée par le régime nazi. L’auteur meurt en 1982 et c’est juste après sa mort que j’ai entendu cette oeuvre merveilleuse pour la première fois. Etrange !

Anonyme, le 04/11/2016 à 19h11
Je puis peut-être apporter un éclairage sur tout cela. J’ai eu le bonheur de participer à 5 stages de pédagogie Orff (les 5 degrés) avec son disciple Jos WUYTACK. Ce dernier était exaspéré lorsqu’on associait le nom de Orff au régime nazi. Il avait travaillé de longues années avec lui et assurait que le nazisme était à l’exact opposé de la pensée de Orff qui n’avait, par ailleurs, jamais eu la moindre velléité anti-sémite. Jos a consacré sa vie à la propagation de la “méthode” et, pour cela, sillonnait la planète à la rencontre de tous les peuples et recueillait les chants populaires du monde entier afin de nourrir le corpus de la méthode. Il exprimait un idéal de fraternité universelle et expliquait longuement qu’il y avait des invariants et des points communs dans presque toutes les musiques traditionnelles du monde.
Orff serait donc resté en Allemagne et aurait poursuivi son métier, comme les boulangers ont continué à faire du pain, les maçons à bâtir des maisons ou les comédiens à jouer sur les planches. Les nazis ont récupéré sa musique quand ils ont compris l’impact qu’elle pouvait avoir sur foules; ils ont fait de même avec Beethoven.
Comme Shostakovitch en Russie soviétique, Orff a survécu comme il a pu.

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