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Iannis Xenakis : biographie

« Les maths au service du son »

Introduction musicale : écouter un extrait de Pithoprakta

  • Nom Xenakis Prénom Iannis Nation Grèce
  • Naissance 29/05/1922, à Braïla (Roumanie) Mort 04/02/2001, à Paris (France) Époque musicale Moderne

De la Grèce à la France

Iannis Xenakis est né le 29 mai 1922 (ou 1921), à Braïla (Roumanie), au sein d’une famille grecque. Il passe sa jeunesse à Athènes, où il entre au Polytechneio, l’Université scientifique d’Athènes, pour des études d’ingénieur civil. Parallèlement, il travaille la musique avec un Grec de Géorgie, Aristotelis Koundourov.


Le Corbusier et Xenakis

Durant la seconde guerre mondiale, il s’engage dans la résistance, au côté des communistes, contre l’occupation allemande, puis contre l’occupation britannique. En 1944, il est grièvement blessé par un éclat d’obus. Avec la guerre civile qui commence en 1947, il entre dans la clandestinité et finit par fuir la Grèce. Il s’installe en France, où il travaille pendant douze ans avec Le Corbusier, en tant qu’ingénieur, puis en tant qu’architecte. Il sera naturalisé français en 1965.

Comme architecte, il conçoit notamment la structure parabolique du Pavillon Philips de l’Expo universelle de Bruxelles de 1958, pour lequel Edgar Varèse crée la bande magnétique de son Poème électronique :

Le musicien

Sur le plan musical, il suit l’enseignement d’Olivier Messiaen qui l’aide à trouver sa voie. Au début, il se veut le Béla Bartók grec mais il évolue finalement vers une direction plus abstraite. En 1954, il crée la première musique entièrement déduite de règles et de procédures mathématiques : Metastasis pour 61 instruments (écouter le début). Il s’agit pour lui de mettre en relation architecture et musique, celle-ci étant pensée comme un espace sonore. La première audition provoque un scandale mais elle propulse Xenakis sur le devant de la scène musicale et le positionne comme une alternative possible à la musique sérielle. Puis c’est Pithoprakta (1956) où il introduit le calcul des probabilités (voir plus haut l’introduction musicale). Pour illustrer ses intentions, il évoque des phénomènes naturels (bruit des gouttes de pluie, mouvements des nuages, vol des nuées d’oiseaux...). Il prolonge ainsi cette tendance qui commence avec Achille Claude Debussy, où la composition du son tend à se substituer à la composition avec des sons.

En 1958, il rejoint le studio de recherche électroacoustique de Pierre Schaeffer. Il y conçoit notamment Concret PH (écouter), petite pièce destinée à se fondre dans l’espace du pavillon Philips et à servir de prologue à la bande magnétique du Poème électronique de Varèse (voir plus haut). Vers 1960, il quitte l’atelier de Le Corbusier ainsi que le groupe de recherches électroacoustiques. Il est naturalisé français en 1965.

Il va désormais produire des œuvres très diverses mais toujours fondées sur des calculs mathématiques : il qualifie cette démarche de « formelle ». Il tente même d’établir des programmes censés générer des musiques : il est l’un des premiers compositeurs à utiliser l’ordinateur comme aide à la composition. Il s’en sert notamment pour Nomos Alpha (1966) mais ne laisse jamais les automatismes du processus l’emporter sur les effusions de la sensibilité ; dans cette œuvre écrite pour un seul violoncelle, il parvient à tirer de l’instrument des sons inouïs en jouant sur les micros-intervalles, les glissandi, des percussions, les harmoniques, etc. (écouter un extrait).

La musique, qui est traditionnellement un art du temps, devient avec lui un art de l’espace. Il s’intéresse d’ailleurs à une nouvelle spatialisation, en plaçant par exemple les musiciens parmi le public : voir et écouter Terrekthor (1966). Plus tard, il crée des spectacles sons et lumières (les Polytopes) adaptés à différents lieux : visionner un exemple (1973).

L’œuvre de Xenakis prolifère, en utilisant des techniques mathématiques variées. L’intensité dramatique est présente, d’une manière encore plus visible que par le passé (Cendrées, 1973), de même que la pure gestualité (Psappha, 1975). Par ailleurs, ayant fondé son centre de recherches, le CEMAMu (Centre d’Études de Mathématique et Automatique Musicales), il fait construire en 1975 l’UPIC (Unité Polyagogique Informatique CEMAMu), qui est un synthétiseur à commande graphique : tout dessin produit sur la machine est converti aussitôt en ondes sonores (voir et écouter Mycenae alpha, 1978).

Entre rigueur et fureur

Énergie : tel serait le mot ultime pour caractériser la musique de Xenakis : une énergie tantôt contenue tantôt déchaînée jusqu’à la fureur (écouter le début de Tracés, 1987). Déjà dans une de ses esquisses pour Pithoprakta il écrivait : « Une musique est un ensemble de transformations énergétiques ». Terminons en insistant sur ce fait : si Xenakis utilise des procédures mathématiques, ses œuvres ne sont pas pour autant des productions totalement déshumanisées. Il nous propose au contraire une musique le plus souvent très lyrique et extrêmement émouvante comme Nuits pour 12 voix solistes (1967 : écouter le début).

Une dernière période commence vers le milieu des années 1980. Sa musique devient de plus en plus compacte, faite de blocs très denses, à la manière de murs cyclopéens. Il donne à sa dernière pièce le nom de la dernière lettre de l’alphabet grec, en détachant le O : O-Mega (1997 : écouter). Il meurt à Paris le 4 février 2001.

Les limites de l’ordinateur

À la question : « C’est important que la main intervienne ? », Xenakis répondait : « Oui. Ce que l’on obtient par le calcul a toujours des limites. Ça manque d’une vie interne, à moins d’utiliser des techniques très compliquées. Les mathématiques donnent des structures trop régulières, inférieures aux exigences de l’oreille et de l’intelligence. »

Pour aller plus loin, vous pouvez écouter un passionnant (mais malheureusement mal enregistré) documentaire où Xenakis explique ses techniques de composition.

Ressources liées pour Iannis Xenakis

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