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Edgar Varèse : biographie

« Un chercheur visionnaire »

Introduction musicale : écouter le début d’Intégrales

  • Nom Varèse Prénom Edgar Nation France
  • Naissance 22/12/1883, à Paris (France) Mort 06/11/1965, à New-York (États-Unis) Époque musicale Moderne

Préambule

Avec ses cheveux hirsutes, Varèse a des allures de savant fou. Sa musique est d’ailleurs à son image. Avec 50 ans d’avance (et sous l’influence du bruitisme des années 1910), il élabore une musique de timbres et non plus de notes. On cite souvent son propos de 1917, devenu fameux parce que visionnaire :

« La musique, qui doit vivre et vibrer, a besoin de nouveaux moyens d’expression, et la science seule peut lui infuser une sève adolescente ... Je rêve d’instruments obéissant à la pensée et qui, avec l’apport d’une floraison de timbres insoupçonnés, se prêtent aux combinaisons qu’il me plaira de leur imposer et se plient à l’exigence de mon rythme intérieur. »

Enfance et formation

Né le 22 décembre 1883 à Paris, Edgar(d) Varèse est le fils d’un ingénieur, ancien polytechnicien, Henri Varèse, et de sa femme Blanche-Marie. Il passe une partie de sa jeunesse à Villars, dans le sud de la Bourgogne, où il est élevé par son grand-père maternel, Claude Cortot. En 1892, Edgar doit suivre ses parents à Turin. Après le décès de sa mère, et alors que les conflits avec son père atteignent leur paroxysme, notre protagoniste quitte Turin pour sa ville natale en 1903.

Dès l’année suivante, il est reçu à la Schola Cantorum où il suit notamment les cours de Vincent d’Indy (composition, analyse musicale et direction d’orchestre) et d’Albert Roussel (contrepoint et fugue). Si les relations avec le premier ne tardent pas à se dégrader, une longue amitié le liera au second. Profitant des ressources de la bibliothèque de la Schola où il travaille désormais (recommandé, pour l’anecdote, par son cousin, le pianiste Alfred Cortot), le musicien développe en parallèle un intérêt particulier pour l’histoire de la musique ainsi que pour l’œuvre des "maîtres du passés" comme Guillaume de Machaut, Claudio Monteverdi, Henrich Schütz ou encore Marc-Antoine Charpentier, qui influenceront notamment sa carrière de chef d’orchestre, débutée à Turin où il avait remplacé au pied levé un chef d’orchestre pour une représentation de Rigoletto.

Lorsqu’il est reçu au Conservatoire le 8 janvier 1906, Varèse y voit l’occasion de s’éloigner de d’Indy et il quitte la Schola. C’est en effet Charles-Marie Widor qui va désormais lui enseigner la composition, avec succès : le jeune homme se montre particulièrement à l’aise avec la technique du contrepoint. Il compose déjà (son premier opéra, Martin Pas, date de 1895), mais sans qu’on ne connaisse aucune de ses créations : ainsi, la première œuvre qu’il ne détruira pas (ou qui ne sera pas perdue) sera Amériques, bien des années plus tard.

Paris-Berlin-Paris

Bien qu’il ait reçu une bourse de la ville de Paris en 1907 et que cette ville lui permette de fréquenter d’autres grands artistes tels que Picasso, Apollinaire, l’actrice Suzanne Bing (dont il partagera la vie jusqu’en 1913) ou, bien sûr, des homologues compositeurs, Varèse juge cette ville inadaptée à ses aspirations musiciennes. Ainsi, à partir de 1908, il voyagera entre Paris et Berlin, rencontrant pendant cette période nombre d’autres contemporains tels que Claude Debussy, Richard Strauss, Ferruccio Busoni ou encore Romain Rolland, et assistant à Paris à la première du Sacre du Printemps d’Igor Stravinski (on retrouvera l’influence du Russe dans Amériques ou au sein de la plus tardive Arcana). Mais, lorsque la première guerre mondiale éclate et qu’il se voit réformé pour raisons de santé, Edgar Varèse décide de rejoindre les États-Unis où il débarque le 29 décembre 1915.

Les États-Unis

Là, Varèse, qui porte par ailleurs un grand intérêt à ce que les avancées techniques lui offrent comme possibilités ("le compositeur et l’ingénieur doivent travailler ensemble"), tente de promouvoir sa vision de la musique, que ce soit en dirigeant des œuvres d’Erik Satie ou de Debussy, ou en créant son New Symphony Orchestra, destiné à ne donner que des œuvres modernes (mais l’échec des deux premières représentations entraîna la démission de son fondateur) ou encore l’International Composer’s Guild, destinée à faire exécuter les dernières créations parmi lesquelles Pierrot lunaire d’Arnold Schönberg ou le Concerto pour violoncelle et orchestre de chambre de Paul Hindemith, mais aussi certaines de ses propres œuvres comme Offrandes ou Hyperprism.

Parallèlement, il poursuit bien sûr sa carrière de compositeur puisque, dès 1918, il s’attèle à l’écriture de sa première composition américaine, Amériques, qu’il achèvera en 1921, mais dont la création, par le Philadelphia Orchestra de Leopold Stokowski, n’aura lieu que le 8 avril 1926. Il faut dire que l’œuvre nécessitait, avant sa révision en 1928, un orchestre de près de 150 instruments, parmi lesquels "une sirène analogue à celle du fire department" (d’où l’expression "art pompier") ! (écouter).

Les années 1920, plutôt fastes, voient par ailleurs la création de ses Offrandes (1921 ; mélodies pour soprano et orchestre de chambre), Hyperprism (1922-1923 ; œuvre courte pour neuf percussions et neuf instruments à vent), Octandre (1923 ; pour octuor à vent et cordes) et Intégrales (1924-1925 ; petit orchestre et percussions), ainsi que son alchimique Arcana (1926-1927 ; pour un orchestre aux dimensions "américaines" : écouter).

Retour à Paris

Presque un an jour pour jour après avoir obtenu la nationalité américaine, Varèse retourne à Paris (le 10 octobre 1928) dans le but d’inclure les ondes Martenot à ses Amériques. Il compose Ionisation (1931 : écouter la fin), pour 13 percussionnistes. C’est une des premères pièces occidentales écrites pour percussions uniquement. Varèse la conçoit comme une recherche de nouveaux sons et de nouvelles méthodes pour les créer. « Oublions le piano » dit-il à ses élèves, c’est-à-dire « oublions cet instrument à clavier donc par essence tempéré en demi-tons ». Il veut s’affranchir de tout hachage arbitraire, de toute combinatoire de degrés quels qu’ils fussent. Pour lui, le dodécaphonisme (basé sur la gamme chromatique) est donc voué à l’échec depuis le début, non parce que trop moderne, mais parce que pas assez radical.

Le compositeur va aussi expérimenter le thérémine de Lev Sergeïevitch Termen, qu’il prévoit d’utiliser dans ses Ecuatorial (1932-1934). Mais ce sont finalement les ondes Martenot qui auront ses faveurs pour la version définitive d’Ecuatorial, peut-être en raison du "rappel forcé" de Termen en URSS et de la pénurie de thérémines aux États-Unis (mais que fait le gouvernement ?!).

Retour aux USA, silence

Son retour aux Etats-Unis en 1934 amorce une longue traversée du désert. D’abord, son espoir d’obtenir des fonds pour développer un studio de musique électronique échoue. Puis, après la création en 1936 de Densité 21,5 (pour flûte seule : écouter), il va successivement devoir renoncer à deux projets d’importance : le premier, "L’Astronome", aux successifs livrets duquel contribua un nombre, disons astronomique, d’hommes de lettres (Alejo Carpentier, Georges Ribemont-Dessaignes, Robert Desnos, et finalement Antonin Artaud), fut abandonné notamment en raison du retard que prit Artaud, malade, pour livrer son livret. Quant au second projet, une symphonie avec chœurs nommée Espace, il s’agissait ni plus ni moins de constituer une sorte de réseau de radios synchronisées à travers le monde, qui auraient diffusé en quelque sorte une œuvre à l’échelle mondiale.

Finalement, seule une Étude pour Espace vit le jour, en 1947. Varèse traversait alors, depuis 1936, une phase de dépression, se traduisant par une traversée du désert de 16 ans, que divers événements pouvaient expliquer : ces échecs, tout d’abord, mais également, rappelons-le, le kidnapping de Termen par le NKVD ; à cela s’ajoutait le fait qu’aucun laboratoire ne semblait prêt à s’investir à ses côtés. Par ailleurs, plus encore pour lui qui avait vu la Première Guerre Mondiale faire s’entretuer ses amis, Français et Allemands, l’éclatement de la Seconde Guerre Mondiale n’arrangea pas son état esprit.

La reconnaissance (ou pas)

Cependant, Varèse dirige toujours : en 1945 ou en 1947, il va notamment et semble-t-il brillamment mettre à l’honneur ses "maîtres du passé". Vers cette époque, l’œuvre du musicien commence enfin à être diffusée de manière plus efficace, avec notamment l’enregistrement par Frederick Waldman d’Octandre, des Intégrales et de Ionisation, et par l’interprétation par René Le Roy de Densité 21,5.

C’est également aux débuts des années 1950 que le compositeur, après s’être sans grand succès essayé à la musique de film, s’attèle à l’écriture d’une nouvelle œuvre : Déserts, qui associe orchestre (quatorze instruments à vent, cinq percussions, un piano) et enregistrements de bruits urbains ou d’usines. Cette œuvre, qui marque en quelque sorte la renaissance de son auteur, est créée au Théâtre des Champs-Élysées le 2 décembre 1954... mais en dépit des efforts diplomatiques d’un certain Pierre Boulez, le public puis la critique descendent la pièce en flèche.

En 1958, pour le pavillon Philips de l’Exposition Universelle de Bruxelles (architectes : Xenakis et Le Corbusier : voir l’image ci-dessous), il crée la bande magnétique du Poème électronique (écouter le début). L’œuvre est conçue comme un paramètre d’un projet global où le son et l’espace ne font qu’un. Le Corbusier avait d’emblée déclaré : « Je ne ferai pas de pavillon ; je ferai un poème électronique avec la bouteille qui le contiendra. La bouteille sera le pavillon. »

Ses dernières années le voient enfin reconnaître : il est élu membre de l’Académie royale de musique de Suède (1962), reçoit la médaille de la Brandeis Univesity Creative Arts Awards ou encore le premier prix Koussevitzky International Recording. De plus, il enseigne aux cours d’été de Darmstadt : le monde des avant-gardes européennes (Boulez le premier) l’aura donc finalement reconnu comme un précurseur majeur, de son vivant (bien que Varèse ait toujours préféré le terme de «créateur»).

Au matin du 6 novembre 1965, affaibli par la maladie, Edgar Varèse meurt à New York, âgé de 82 ans, trop tôt hélas pour connaître les fantastiques progrès technologiques qui lui auraient permis d’accomplir ses projets visionnaires. 

Ressources liées pour Edgar Varèse

Commentaires des internautes

Anonyme, le 26/05/2011 à 13h42
Au matin du 6 novembre 1965, affaibli par la maladie, Edgar Varèse meurt à New York, âgé de 82 ans. PAS de chance pour varèse (il est quand même mort à 82 ans et ça c’est du jolie)

Anonyme, le 28/05/2013 à 0h12
Vous avez oublié de citer “Hyperprism“. Merci pour la page. j’adore.

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