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Leoš Janáček : biographie

« Il se lâche à 65 ans »


  • Nom Janáček Prénom Leoš Nation République tchèque
  • Naissance 03/07/1854, à Hukvaldy (République tchèque) Mort 12/08/1928, à Ostrava (République tchèque) Époque musicale Romantique

Préambule

C’est l’un des quatre plus grands compositeurs tchèques avec Antonin Dvorak, Bohuslav Martinů et Bedrich Smetana. À noter que la nouvelle République tchèque (créée en 1993) regroupe les régions historiques de Bohême et de Moravie, qui ont été de tout temps de véritables pépinières de musiciens. Citons entre autres pour le passé : Zelenka, Stamitz, Benda, Jan Ladislav Dussek et Reicha.

Étrange musique que celle de Janacek qui, dans la dernière partie de sa vie, compose des œuvres qui semblent venir de nulle part et échappent à tous les courants de l’époque (du wagnérisme au bel canto, du post-romantisme à l’impressionnisme, du dodécaphonisme au néoclassicisme). Pourtant, comme on va le voir, sa formation est tout à fait traditionnelle et imprégnée des maîtres anciens (Roland de Lassus, Giovanni Pierluigi da Palestrina).

Enfance, études

Né le 3 juillet 1854 à Hukvaldy (appartenant alors à l’Empire d’Autriche ; actuellement en République tchèque), Leoš Eugen Janáček est le fils d’un instituteur organiste, Jiří, et de sa femme Amálie, famille où naquirent 14 enfants et qui cultive une certaine tradition musicale. Encore jeune (nous sommes alors en 1865), il doit quitter son village natal pour Brno. C’est là-bas, plus précisément à l’Abbaye Saint-Thomas qu’on lui dispense son éducation. Il y rencontre le moine Pavel Křížkovský (un ancien élève de Jiří), dont le patriotisme vigoureux (notamment contre la domination germanique dans ces régions) se retrouvera plus tard chez son élève. Ce dernier est nourri et blanchi en échange de sa participation à la maîtrise, où il se fera d’ailleurs remarquer. Ses premières compositions, pour chœur, voient le jour entre 1873 et 1876.

Pourtant, ce n’est pas vers la composition que s’oriente tout d’abord le jeune Janáček, que son père, décédé en 1866, souhaitait voir devenir instituteur. Déjà à Hukvaldy, il était capable d’interpréter des sonates de Ludwig van Beethoven. Grâce à Křížkovský, l’orgue et le piano n’ont bientôt plus de secrets pour lui. Ainsi, il semblerait que la vocation musicale de Janáček ait tout d’abord consisté en une carrière de pianiste ou d’organiste.

Un critique imprudent

En 1874, il intègre l’école d’orgue de Prague (où il fait la connaissance d’Antonin Dvorak, qu’il admire)… mais s’en fait rapidement renvoyer pour avoir osé faire publier dans un journal une critique peu flatteuse d’un concert donné par... son propre professeur, František Zdeněk Skuherský (ce dernier, peu rancunier, le réintégrera rapidement à ses effectifs). Ouf !

Début de carrière

Dès 1876, Janáček, malgré son diplôme d’instituteur en poche, dirige les chœurs de la Société philharmonique Beseda brněnská et de l’Abbaye Saint-Thomas, tout en enseignant la musique à Brno. L’une de ses élèves, Zdenka Schulzová, n’est autre que la fille du directeur de l’institut de formation des professeurs, et il l’épouse le 13 juillet 1881 (la fille, pas le directeur). Le mariage ne sera pas des plus heureux. Après de courtes périodes aux conservatoires de Leipzig (octobre 1879-février 1880), où il compose notamment Thema con variazioni (ou "variations Zdenka"), et de Vienne (avril-juin 1880), où il est souvent en désaccord ou en conflit avec ses professeurs (exemples : il s’oppose au néo-romantisme de Franz Krenn, voit sa technique pianistique critiquée par Joseph Dach ou une sonate pour violon jugée trop académique par un jury,...), il devient instituteur titulaire ou, plus précisément, Kantor : il dispense certes un enseignement général mais également un enseignement musical de base.

Très impliqué dans la vie culturelle de Brno, dans laquelle il exerce une grande influence nationaliste (et pas seulement en musique, puisqu’il sera notamment membre du Club de lecture tchèque ou qu’il fondera un Cercle russe après un séjour à Saint-Pétersbourg), Janáček y crée une école d’orgue (rebaptisée conservatoire de Brno en 1918) qu’il dirigera de ses débuts en 1881 à 1919, en plus de ses activités d’enseignement et de direction d’orchestre. Il se lie d’amitié avec Dvorak, avec qui il partage des origines paysannes et un penchant slaviste, et auquel il dédie Quatre choeurs pour voix d’hommes en 1885. C’est d’ailleurs à partir de ces années qu’il commence à composer plus régulièrement dans un style plutôt conservateur : ses premiers opéras (Šárka en 1888 et Début d’une Romance en 1891), Danses valaques (1888-1890) ou encore un ballet, Rákós Rákóczy (1890).

Le tournant stylistique de Jenůfa

En 1903, après 10 ans d’efforts, il termine enfin son opéra Jenůfa (écouter le sommet du drame où l’on retrouve le bébé de Jenufa au congélateur noyé : l’a-t-elle tué ?), œuvre charnière dans son évolution stylistique. La même année, la mort de sa fille adorée (elle n’a pas 21 ans) le bouleverse. Cette tragique disparition a certainement joué le rôle d’un électrochoc et lui a permis de secouer toute la gangue de traditions dans laquelle il était plongé depuis son enfance (dans le pensionnat religieux où il avait été placé à 11 ans, la discipline était très stricte et il avait connu la solitude et l’injustice). La première de Jenůfaa lieu à Brno le 21 janvier 1904, et une nouvelle interprétation (après réorchestration de l’œuvre par Karel Kovařovic, le directeur de l’Opéra de Prague) en sera donnée en 1916 à Prague : ce sera un succès.

Une gestation difficile

La composition de Jenůfa l’a retenu pendant près de dix ans. Cet opéra rejette les héros pris dans la Mythologie ou dans la liste des personnages historiques (princes, hommes de guerre...) ; il retrace tout simplement la vie de villageois moraves, aux prises avec un drame sentimental, social, humain. On y parle le morave et sans versification. Quant à la musique, qu’on est loin des airs de bravoure ou des duos de circonstance ! Ne doit-on pas considérer que dans l’obscure Moravie, loin des centres artistiques connus, à la même époque que Debussy, un autre Pelléas et Mélisande voit le jour ? Avec un temps et des difficultés de conception quasiment identiques, un langage opératique neuf apparaît qui ne doit rien, ni à l’opéra italien, ni au wagnérisme.

Fin de carrière

Ses 1ères œuvres étaient sous l’influence de son compatriote Dvořák (écouter la Danse de Lachian n°3). Mais dans sa soixantième année, il opère un revirement complet et se met à produire une musique étrange, reconnaissable entre mille par ses rythmes heurtés, son orchestration éclatée, ses courtes mélodies aux ruptures abruptes (écouter le 2ème mvt de son Concertino pour piano). Son dessein est de débarrasser la musique de toute sonorité touffue ou spectaculaire (il s’oppose ainsi et au romantisme et à l’impressionnisme) et faire sortir chaque motif, voire chaque note, dans toute sa netteté.

Comment expliquer ce revirement ? Sans doute par sa longue fréquentation de la musique populaire. Profondément nationaliste, il recueille depuis 20 ans les chants de sa région, la Slovaquie (aujourd’hui région de la Tchéquie : écouter sa transcription au piano d’un Chant de Moravie). Il y trouve des rythmes et des mélodies qui n’obéissent pas aux règles enseignées dans les conservatoires. Il publie des études sur ce sujet (son opéra Šárka réutilisera ses acquis ainsi que sa vision de la musique du langage parlé) ainsi que des ouvrages théoriques sur la musique ("La disposition et l’enchaînement des accords" en 1897, "Théorie intégrale de l’harmonie", 1912).

1916-1918 sont des années triplement capitales pour Janáček. D’abord, il obtient enfin une notoriété qui dépasse sa province natale avec le succès de Jenůfa à Prague, puis à Vienne et plus tard en Allemagne. Ensuite, l’indépendance de la Tchécoslovaquie le conforte dans son combat des années antérieures, combat pour valoriser la culture et la musique moraves et plus largement tchèques. Enfin, la rencontre avec Kamila Stösslova dont il fait la connaissance dans la petite ville thermale de Luhačovice en juillet 1917 émeut durablement son cœur et amplifie sa créativité musicale puisque les chefs-d’œuvres se succèdent durant les dernières années de sa vie

Commence donc une très féconde période créatrice. Il a plus de 65 ans quand il compose les œuvres qui font de cet obscur compositeur provincial un des découvreurs de la musique du XXe siècle. S’intéressant à tous les genres, il produit notamment : un cycle vocal avec Le Carnet d’un disparu (1919), un poème symphonique avec la Ballade de Blanik (1920), l’opéra avec Katia Kabanova (1921), ses deux Quatuors à cordes à cordes (à Kreutzer, 1923 et Lettres intimes, 1928 : écouter le début du 1er), son Concertino pour piano et petit ensemble (1925), sa Sinfonietta (1926), sa Messe glagolitique (1926 : écouter le début), etc.

Janáček meurt le 12 août 1928 d’une pneumonie, à l’hôpital d’Ostrava. Âgé de 74 ans, alors qu’il vient d’achever son dernier opéra au titre prémonitoire, Z mrtvého domu (De la maison des morts), il n’en est pas moins "en pleine jeunesse" et bouillonne encore de projets. Il est reconnu dans son pays, mais il faudra attendre les années 1950 pour qu’il acquière une renommée internationale. On ne se lasse pas d’être émerveillé par la fraîcheur et la vigueur de son écriture, la qualité d’invention musicale étonnante chez un homme de 65 ans passés !

Un ardent patriote

Son patriotisme immodéré se sera traduit aussi bien dans sa vie que dans son œuvre. Par exemple, lors de la première guerre mondiale, on le soupçonne de velléités traîtresses à l’encontre de l’Empire. Et pour l’anecdote, bien que germanophone, il fera mine à partir d’une certaine date de ne plus comprendre la langue de sa belle-famille allemande et se servira dès lors de son beau-père comme interprète. Ça ne vous rappelle pas Le Silence de la mer, merveilleux film de Melville d’après la nouvelle de Vercors ?

Bravo au site musicabohemica pour la qualité et la quantité de son contenu ! Pour le reste, il y a Wikipedia

Ressources liées pour Leoš Janáček

Commentaires des internautes

Anonyme, le 05/11/2016 à 7h40
Très intéressant; par l’explication de sa métamorphose à 65 ans, par le style non académique du commentaire, par la découverte de la vie finalement classique de Janacek, homme comme nous mais ayant su s’exprimer.

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