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Karajan et le régime nazi

F. Sarindar, le 03/02/2013

Faut-il vouer aux gémonies Herbert von Karajan parce qu’il se compromit un temps avec le régime nazi ?

Thomas Mann, contraint à l’exil en raison de ses prises de position contre l’aventurisme hitlérien, contre sa négation de l’humain et de l’humanisme et contre la barbarie nazie, regarda comme coupable qu’un musicien comme Richard Strauss acceptât de rester sur le sol allemand pendant le IIIe Reich et qu’il dirigeât lui-même l’orchestre qui devait jouer l’hymne allemand pour l’ouverture des Jeux Olympiques de Berlin, sans compter qu’il eut droit à bien des honneurs de la part du régime (encore qu’il ait pris ses distances au bout d’un moment, mais enfin que de temps il mit à ouvrir les yeux sur la vraie nature du régime ; on se rappelle que Gustav Mahler trouvait Strauss très petit-bourgeois et trop conservateur, et l’on voit jusqu’où sa loyauté envers son pays a pu le mener, mettons jusqu’à un aveuglement prolongé). Ce qui n’enlève rien, disons-le, à la qualité de la création straussienne : Le Chevalier à la Rose, Mort et Transfiguration, Salomé, les Quatre Derniers lieder restent des chefs-d’œuvre.

Thomas Mann eut raison de juger avec la même sévérité Wilhelm Furtwängler parce qu’il demeura à la tête de l’orchestre philharmonique de Berlin pendant les années noires et qu’il joua devant le Führer des oeuvres de Ludwig van Beethoven, Richard Wagner, Anton Bruckner, etc., tout en se battant il est vrai pour que les membres juifs de sa phalange ne fussent pas inquiétés, et qui eut au lendemain de la guerre à faire un véritable examen de conscience devant des enquêteurs pour démontrer qu’il n’avait pas plus que cela adhéré aux thèses des Nazis. Il réussit non sans mal à démontrer son "innocence".

Pour Karajan, c’est différent : on voit très bien qu’il prit sa carte du parti nazi, ce qui en soi aurait dû interpeller plus tôt qu’on ne l’a fait (encore aurait-il fallu alors disposer de l’information) et il est assez difficile de penser qu’il fit ce geste par simple opportunisme, plus que par conviction réelle, même si certaines déclarations laissent l’impression qu’il ne le fit que parce qu’il croyait que cela faciliterait sa carrière. La double adhésion rend son cas encore moins défendable que l’on voudrait bien le croire, car il y eut forcément quelque chose qui chez cet homme se trouvait en accord avec l’idéologie nazie triomphante dans la décennie des années 1930, sinon il ne serait pas allé jusqu’à s’affilier à ce parti. Il serait intéressant de voir si d’autres chefs firent de même durant cette époque pour conserver leur poste et en acquérir un et si cela eut un caractère d’obligation.

Disons toutefois qu’à vouloir trop bien faire, Karajan s’en tira mal un jour devant Hitler, mais s’il eut des soutiens et s’il vint même diriger à Paris pendant l’Occupation, au Trocadéro, il eut aussi des déboires avec certains caciques du parti et commit la grave erreur aux yeux des purs Aryens sans âme de se mettre en ménage avec une femme juive. Il prit dès lors ses distances avec les Nazis et le nazisme et dut se mettre à l’ombre. Il n’eut pas trop à souffrir de l’épuration, rejoua très vite (la première fois dans un Opéra de Vienne complètement ravagé) et, point trop inquiété, il fut vite blanchi, grâce à des interventions en sa faveur, comme celle de Yehudi Menuhin, le grand violoniste juif, par exemple.

Karajan a passé l’épreuve sans trop de casse, et il a pu se bâtir après la guerre la réputation que l’on sait, sans qu’elle soit jamais ternie.

Mais voici que l’affaire resurgit post mortem, et il faudra voir à quel point elle atteindra le souvenir que l’on garde de cet homme, qui n’est plus là pour se justifier.

Peut-on lui trouver, sinon des excuses, du moins des circonstances atténuantes ? Cela pour l’homme, mais sans naïveté et sans faiblesse, toutefois.

De là à dire que l’on oubliera quel chef il fut, quelle image il voulut donner et quelle influence il exerça sur la vie musicale de son temps, n’allons pas trop vite en besogne. Méfions-nous des procès faits a posteriori et qui serviraient à condamner pour toujours un homme et dans tous les aspects de sa vie et de son activité. A-t-il été antisémite à un moment de sa vie ? Je ne sais pas. J’espère que non. Disons que ses errements sont une lourde et grave erreur, une faute au regard des devoirs communs à la famille des hommes à laquelle nous appartenons tous. Et que ce n’est pas quelque chose qui grandit un individu d’être prêt à tout pour assurer une carrière.

Mais attention... Malgré tout, ne soyons pas excessifs dans nos jugements.

Ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain.

Par François Sarindar, auteur de : Lawrence d’Arabie. Thomas Edward, cet inconnu

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