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Les musiques du monde

azerty (†), le 15/02/2024

Une notion fourre-tout

L’expression « Musiques du monde » (ou « world music ») désigne un concept fourre-tout dans lequel on range tout ce qui n’est pas de la « musique classique occidentale savante » ou de la « variété ». Autrement dit, on n’y trouvera pas Johann Sebastian Bach ou Ludwig van Beethoven ni le dernier tube à la mode, mais l’ensemble des musiques traditionnelles et folkloriques, parfois savantes mais le plus souvent populaires, qui sont propres aux différentes régions du globe. Ce corpus recouvre un champ d’études considérable où l’on rencontre, entre autres (pour fixer les idées par quelques exemples) : le flamenco espagnol, le fado portugais, le chant polyphonique bulgare, le nô japonais, le râga indien,…c’est à l’infini.

Le concept a acquis ses lettres de noblesse avec l’ethnomusicologie qui est, depuis le début du XXe siècle, l’étude méthodique des musiques traditionnelles régionales sur tous les continents. Récemment, il a pris un sens commercial plus restrictif. Pour répondre au goût d’un public friand d’exotisme, les magasins de CD ont créé un rayon de « world music » regroupant par exemple : le raï algérien, le reggae jamaïcain, le Zouk et la biguine des Antilles, la samba et la bossa-nova brésiliennes, la habanera et la salsa afro-cubaines, etc. (entendre quelques extraits musicaux sur notre autre dossier : Dans la jungle des styles).

Malgré leur diversité, les musiques du monde partagent un certain nombre de traits communs : 1) en l’absence d’un système de notation précis, elles se transmettent oralement par imprégnation et imitation ; 2) elles comportent souvent une grande part d’improvisation comme dans le jazz (écouter) ; 3) les chanteurs adoptent souvent une technique vocale insolite et 4) le chant choral recourt presque toujours à une forme de polyphonie primitive (voir aussi notre dossier : Des chants venus d’ailleurs).

Les principales musiques traditionnelles

Il n’est évidemment pas question de passer en revue toutes les formes de musiques traditionnelles. L’idée même d’en faire l’inventaire semble mission impossible ; on trouve cependant dans Wikipédia une imposante liste des genres musicaux par zone géographique (lien). Nous avons préféré, pour notre part, rédiger un dossier global pour chacune des grandes régions du globe où se maintiennent les traditions musicales les plus remarquables : la musique arabe, la musique brésilienne, la musique chinoise, la musique de l’Afrique Noire, la musique de l’Inde, la musique japonaise, ainsi que la musique de jazz et la musique juive klezmer.

Nous voudrions maintenant mettre l’accent sur quelques autres traditions régionales dont la singularité a intéressé les compositeurs classiques occidentaux. Mais avant cela, une petite récréation, un petit détour pour tout savoir sur la musique celtique, dans laquelle notre Alan Stivell national a abondamment puisé (écouter).

Autres traditions régionales remarquables

La musique arabo-andalouse

Quand les musulmans envahissent l’Afrique du Nord vers le IXe siècle après JC, ils passent du Maroc en Espagne où leur domination durera plusieurs siècles (notamment à Grenade) jusqu’à la Reconquista en 1492. Durant cette période, les mélopées arabes croiseront les traditions locales, aboutissant au style qu’il est convenu d’appeler « arabo-andalou » (écouter un exemple). Ce style influencera à son tour celui des troubadours réfugiés en Espagne pour fuir la sanglante croisade des albigeois. Leur production a été rassemblée par le roi Alphonse de Castille, lui-même compositeur, dans un des plus importants recueils du Moyen Âge : Cantigas de Santa Maria (fin XIIIe siècle : écouter le chant n° 100).

La musique tzigane

Les Tziganes (aussi appelés Roms) appartiennent à un peuple nomade qui a fini par se fixer en Europe centrale (Hongrie, Roumanie, Bulgarie) dans l’ancienne Bohème (d’où l’appellation de Bohémiens). Il ne faut pas les confondre avec les Gitans, également peuple nomade, mais qui vit plutôt au sud de l’Europe, notamment en Espagne où ils ont développé le flamenco.

Pour les Tziganes, la musique est une seconde nature et, très tôt, ils apprennent un instrument de musique, en général le violon (alors que pour les Gitans, c’est la guitare). Leur influence sur la musique classique savante se fait sentir dès la période baroque. D’abord, la Bohème a été un réservoir où les orchestres germaniques ont puisé de nombreux musiciens : c’est dans cette région que Joseph Haydn a recruté ses cordes pour le prince Esterhazy ; de même, c’est de là que viennent de nombreux membres de l’orchestre de Mannheim.

Ce qui séduit les compositeurs classiques dans la musique tzigane («  gypsy music » pour les anglophones), c’est sa fraîcheur, sa vivacité rythmique et la virtuosité de ses musiciens (écouter un air traditionnel : L’alouette). C’est ainsi que Haydn compose en 1795 son Trio n° 39 que l’on appelle Trio tzigane car le compositeur lui-même indique en tête du dernier mouvement «  in the gypsy’s style » (écouter un extrait). Ludwig van Beethoven, après Wolfgang Mozart, n’hésite pas à intégrer dans ses compositions (par exemple au début du Triple concerto, 1804) des passages « alla zingare » (écouter). Le Quatuor pour piano et cordes n° 1 op. 25 de Johannes Brahms est resté célèbre pour son rondo final «  à la tzigane » (écouter).

Durant sa jeunesse, Franz Liszt avait été frappé par des airs tziganes. Il s’en est resservi pour écrire ses Rhapsodies hongroises (1846-1853). Il y utilise le mode phrygien si particulier (il commence par un demi-ton) que les Roms affectionnent (écouter la fin de la Rhapsodie n° 2). Citons enfin une œuvre de Maurice Ravel qui évoque une Hongrie « de ses rêves » : Tzigane (1924 : écouter la fin).

Le folklore de l’Europe de l’Est

Des chants traditionnels de cette région ont été remis au devant de la scène par Le mystère des voix bulgares, qui a obtenu un succès considérable. Grâce à un habile habillage qui en a sans doute un peu diminué l’authenticité, cet aspect de la World Music a pu toucher un large public. En voici une version peut-être plus fidèle à la réalité, sur Youtube.

Bien avant que le marketing s’en empare, ces chants avaient fasciné le jeune Béla Bartók. Dès le début du XXe siècle, avec son ami Zoltán Kodály, il a sillonné les routes de l’Europe de l’Est (Hongrie, Roumanie, Bulgarie, etc.) pour relever dans les villages les anciens airs populaires traditionnels : à ce titre, il peut être considéré comme l’un des précurseurs de l’ethnomusicologie. Ce riche folklore, aux mélodies modales et aux rythmes « boiteux » (à 5/4, 7/4, etc.) a nourri son œuvre durant toute son existence. Voici par exemple deux des 6 danses populaires roumaines (1915 : écouter).

La musique tibétaine

Bien qu’il ait été annexé par la Chine en 1959, le Tibet a conservé une musique spécifique qui s’enracine dans une tradition millénaire. Elle est essentiellement religieuse. Un de ses aspects les plus remarquables consiste dans des psalmodies chantées par des voix rauques, accompagnées par de longues trompes qui peuvent atteindre trois mètres (écouter). Il ressemble au cor des Alpes (images ci-dessous).


Trompes tibétaines et cors des Alpes (et puis vous commencez à me connaître, un dossier sans un Tintin illustré, ça ne serait pas un dossier Symphozik cuvée 2024)

Ce son qui semble surgi d’outre-tombe n’a pas manqué de frapper l’imaginaire de nombreux compositeurs contemporains qui s’en sont inspirés. Citons entre autres : les Quatre pièces sur une seule note (1959 : écouter le début) de Giacinto Scelsi qui est le principal initiateur de l’école spectrale ; Galim (1998 : écouter le début) de Pascal Dusapin ; le Concerto pour saxophone et orchestre (1998 : écouter le début) de Toshio Hosokawa.

La musique indonésienne (Java, Bali)

La république d’Indonésie est constituée de plus de 13000 îles dont près de 1000 sont peuplées. Elle s’étend sur une surface analogue à celle d’un continent. Avec 250 millions d’habitants, c’est le quatrième pays le plus peuplé du monde ; la religion musulmane y est majoritaire. Malgré son éparpillement géographique, le pays trouve son unité à travers une langue et des institutions communes, dans le respect des diversités culturelles dont on retiendra surtout deux manifestations : le gamelan et le kecak .

Quand il a visité l’exposition universelle de 1889, Achille Claude Debussy avait 27 ans. Il a été particulièrement intéressé par l’audition d’un gamelan javanais, ensemble d’instruments à percussion en majorité métalliques (gongs, cymbales, métallophones, tambours) : écouter. Ces sons étranges pour nos oreilles occidentales l’ont vivement frappé et il s’en est souvenu dans des œuvres comme Pagodes (1ère pièce des Estampes pour piano) : écouter le début.

Francis Poulenc vit une expérience similaire en visitant l’Exposition coloniale de 1931. Il s’en sert aussitôt dans le début de son Concerto pour deux pianos (écouter). Le gamelan a également profondément influencé les musiques répétitives de Steve Reich et Philip Glass.


Gamelanjavanais et Kètjak balinais

Le fascinant kecak balinais (écouter) est une danse inspirée du Ramayana hindou. Le jeu des personnages est rythmé par un chœur d’hommes. Cette forme de rituel a inspiré le chorégraphe Maurice Béjart pour son ballet Bhakty , « sur un thème et une musique hindous » (vidéo).

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