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La musique arabe

Introduction musicale : écouter une musique traditionnelle
azerty (†), le 29/01/2024

Préambule

Reconnaissons qu’à part la danse du ventre, la plupart d’entre nous ne savons pas grand-chose de la « musique arabe ». Précisons d’abord que cette appellation recouvre l’ensemble des musiques propres à une zone géographique qui va du Moyen-Orient (notamment Pakistan, Iran, Turquie, Arabie Saoudite, Égypte, etc.) aux pays du Maghreb : vaste sujet donc que l’on va essayer de synthétiser au mieux.

Malgré leurs formes multiples, ces musiques présentent de nombreuses similitudes dues à leur lointaine origine commune (Perse et Grèce antiques). En l’absence d’un système de notation, la musique arabe s’est transmise oralement depuis les origines. Il est donc impossible d’en apprécier les éventuelles mutations. Mais, l’élève imitant fidèlement le maître, on peut supposer qu’elle a subi peu d’évolution, à l’exemple de la musique de l’Inde (dont elle a d’ailleurs subi l’influence).

Comme on peut l’entendre dans l’introduction musicale, la musique arabe est essentiellement monodique et vocale : les instruments jouent à l’unisson ou à l’octave, les percussions rythment la mélodie qui est agrémentée par de nombreux mélismes et ornements. Le résultat est un tissu sonore riche et envoûtant.

Données géographiques et historiques

La musique arabe est profondément liée à la culture islamique et s’impose dans tous les pays où l’Islam est devenu la religion dominante, non sans s’adapter aux traditions locales. L’expansion de l’Islam débute au VIIe siècle, à partir de la péninsule arabique, sous l’influence du prophète Mahomet. Elle va rapidement s’étendre dans toutes les directions. Vers l’ouest, les musulmans progressent jusqu’au Maroc d’où ils envahissent l’Espagne : c’est l’origine de la musique arabo-andalouse (écouter un exemple). Ils pénètrent en France mais sont arrêtés à la fameuse Bataille de Poitiers, remportée en 732 par Charles Martel (grand-père du futur Charlemagne).

Au XIe siècle, l’expansion de l’islam reprend vers l’est : l’Inde est conquise par des souverains turco-musulmans (les Moghols y règneront jusqu’en 1857). À partir du XIIIe siècle, les ottomans (tribu du sud de l’Asie Mineure) montent en puissance jusqu’à absorber l’empire turc. En 1453, ils conquièrent Constantinople qui devient leur capitale. L’ expansion de l’Empire ottoman se poursuit, notamment avec Soliman le Magnifique (1494-1566) qui mène ses armées jusqu’aux portes de Vienne. Il échoue dans sa tentative nocturne de prendre la ville grâce à l’alerte donnée par les boulangers qui, comme chacun sait, sont les premiers levés pour préparer les viennoiseries du petit déjeuner (c’est à cette occasion, selon la légende, qu’est inventé le croissant, emblème figurant sur le drapeau turc) [et moi, j’en profite pour un petit aparté personnel : j’espère que vous achetez votre pain chez le boulanger et non en grande surface, hein dites ? <3, NDLR]. Le règne de Soliman marque l’apogée de l’Empire ottoman mais aussi l’arrêt de son expansion.

Dans chaque région qui s’est trouvée en contact avec la musique arabe, s’est implantée une forme locale plus ou moins éloignée de la tradition classique (par exemple : irakienne, jordanienne, libanaise, omanie, palestinienne, syrienne, yéménite, etc.). On assiste à la renaissance de la tradition classique depuis le début du XXe siècle sous une forme adaptée aux instruments occidentaux (notamment, violon et accordéon). Elle s’est aujourd’hui diffusée dans le monde entier grâce aux nouvelles technologies d’enregistrement et à des personnalités d’exception comme la chanteuse égyptienne Oum Kalthoum (1904 - 1975) qui a popularisé cette musique à travers le monde entier. Citons également la chanteuse libanaise Fairuz (née en 1934).

Un autre genre de musique populaire, le raï, s’est développé à partir de l’Algérie. Aux instruments traditionnels, ont été rajoutés des instruments modernes, notamment claviers électroniques. De plus, le raï contemporain associe au style oriental des airs de dance et de techno ; c’est donc une forme de fusion mais qui s’est taillé une place si importante qu’il est devenu un genre à part entière. Il a pour principaux thèmes l’amour, la vie noctambule et la solitude (écouter).

L’Islam et la musique

Bien que le mot "musique" ne soit jamais cité dans le Coran, elle est qualifiée d’impure par certains extrémistes. Des croyants moins intransigeants la tolèrent à condition qu’elle ne détourne pas de la foi. Mais la grande majorité des musulmans pratique toutes les sortes de musiques sans aucun interdit : plusieurs siècles de tradition musicale en témoignent.

Instruments principaux

Le oud

Luth à manche court et à plectre, généralement sans frettes, avec 4 à 6 cordes doubles ou 5 cordes doubles et une simple. Accord le plus courant : ré sol la ré sol do (écouter). L’instrument est très populaire en Oudbékistan.

Un oud Gros plan sur les doigts d’un oudis…d’un joueur de oudLe oud n’est pas apprécié de tout le monde
Soyez prudent(e), le Oud n’est pas apprécié de tout le monde (extrait de Kaamelott)

Le ney

Le ney (turc) ou nay (arabe) est une flûte oblique en roseau, à 7 trous (6 devant et 1 derrière), et à embouchure terminale (écouter).

Par Gillesmille — Travail personnel, CC BY 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=3611359 Le maréchal Ney, aucun lien j’suis fils unique
Un intrus se cache dans ces neys.

Le târ

Tambour sur cadre de 12 à 70 cm de diamètre, avec ou sans cymbalettes, instrument de la musique savante, populaire ou rurale (écouter).

La darbuka

La darbuka est un instrument de percussion en terre cuite, en forme de cylindre étranglé en son milieu et recouvert à son extrémité la plus large par une membrane (écouter).

Le rabâb

Le terme rabâb ou rubāb, roubab, rebâb (selon les régions), désigne un grand nombre d’instruments à cordes dont la table d’harmonie est une peau. Le plus fréquent est une sorte de vielle à 2, 3 ou 4 cordes, sans frettes et qui se joue verticalement (écouter).

Le qanûn

Le qanûn est une cithare au nombre variable de cordes. L’instrument, posé à plat, est pincé par l’interprète avec ses index ou des plectres fixés à ses doigts par des bagues (écouter).

Les modes (maqâms)

Étant monodique, la musique classique arabe a développé un système très riche de modes, les maqâms. Ce sont des échelles de sons extrêmement complexes composées d’intervalles parfois inférieurs ou supérieurs au demi-ton occidental ; la théorie musicale arabe moderne divise l’octave en 24 quarts de ton, ce qui permet une bien plus grande richesse et complexité mélodique que la nôtre. Comme le râga indien, chaque maqâm correspond à une humeur particulière qui imprègne chaque pièce. Mais, à la différence de la musique indienne, cette humeur peut changer au cours du morceau. La musique arabe est donc extrêmement modulante.

Les anciens traités recensent jusqu’à 400 maqâms, mais une trentaine seulement sont couramment pratiqués. Généralement, ils divisent l’octave en 7 intervalles, comme notre gamme diatonique. Voici par exemple le mode rast, qui ressemble un peu à notre gamme mineure, sauf que les notes correspondants au mi bémol et au si bémol sont légèrement plus hautes (écouter) : on a donc l’impression que cela sonne faux. En outre, dans la mesure où les divers modes sont construits par blocs juxtaposés de 3, 4 ou 5 notes, ils peuvent couvrir un ambitus inférieur ou supérieur à l’octave.

Le rythme

Comme dans la musique indienne, la rythmique de la musique classique arabe est extrêmement complexe. Elle est un élément indissociable du chant car elle structure la mélodie en lui servant de support métrique. Elle évolue par cycles marqués par des frappes ou battements sourds ou clairs (dum et tak), réguliers ou syncopés, binaires, ternaires ou « boiteux » (par exemple à 5 ou 7 temps). Chaque cycle est répété pendant une période plus ou moins longue, et les périodes se succèdent en suivant l’évolution de la mélodie.

Voici quelques exemples de cycles rythmiques exécutés au târ puis à la darbuka : écouter.

Rencontres avec l’Occident

L’attrait de l’Occident pour la musique arabe se manifeste dès la fin du XVIIe siècle avec la turquerie de fantaisie du Bourgeois gentilhomme de Jean-Baptiste Lully (1670 : écouter un extrait). Mais les références orientales n’y sont que très superficielles : on n’y décèle qu’une vague couleur exotique. Ce sera aussi le cas avec Jean-Philippe Rameau (Les Indes galantes), Wolfgang Mozart (L’Enlèvement au sérail), jusqu’à Carl Maria von Weber (Abu Hassan, 1811). Plus près de nous, la Danse arabe du ballet Casse-Noisette de Piotr Ilitch Tchaïkovski (1892 : écouter) ou la Danse des sept voiles, extraite de l’opéra Salomé de Richard Strauss (1904 : écouter) ne sont guère plus convaincantes ; voir aussi le dossier sur L’Orientalisme.

Comme partout dans le monde, le système tonal occidental s’est imposé dans la variété arabe contemporaine même si les artistes cherchent à conserver une couleur locale). Dans le domaine du classique, il y a cependant des compositeurs qui résistent à l’influence de l’Occident, et mettent en musique des contes anciens en restant proche du langage traditionnel (écouter un exemple).

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