« Musique classique : les compositeurs sortent de l’ombre »
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John Cage : biographie

« Farfelu ou sage ? »

Introduction musicale : écouter Imaginary Landscape n° 3

  • Nom Cage Prénom John Nation États-Unis
  • Naissance 05/09/1912, à Los Angeles (États-Unis) Mort 12/08/1992, à New-York (États-Unis) Époque musicale Moderne

Préambule

À la fois musicien, écrivain, peintre, mycologue (spécialiste des champignons), il faut surtout considérer John Cage comme un penseur, artisan de sa vie. Tout au long de son existence, il s’attachera à mener des expérimentations extrêmes. Il est d’ailleurs très lié à tous les mouvements d’avant-garde de son temps prônant un « anti-art ». Citons notamment les plasticiens du groupe Fluxus qui font revivre l’esprit dada dans les années 1960.

Enfance, formation et débuts

John Cage naît le 5 septembre 1912 à Los Angeles dans une famille peu conventionnelle : son père est ingénieur et inventeur, et sa mère journaliste mène une vie très libre, de sorte que le jeune John développe une grande indépendance d’esprit. Il apprend le piano durant ses études mais il s’intéresse aussi à la peinture et à la littérature. En 1930, alors qu’il n’a que 18 ans, il traverse l’Atlantique et débarque à Paris, où il entreprend des études d’architecture qu’il abandonnera six mois plus tard pour voyager en Europe. C’est lors de ces voyages qu’il va commencer à composer.

Trois ans plus tard, il retourne à Los Angeles où, conscient de son inexpérience, il prend des cours de composition avec Henry Cowell (l’inventeur du cluster puis, pendant quelques mois de 1934, auprès d’Arnold Schönberg. De ce dernier il apprend surtout ce qui n’est pas pour lui et qu’il rejette : la rigueur d’une structure musicale, l’harmonie, le système sériel. Par contre, il reconnaîtra plus tard l’influence profonde qu’il reçoit du premier : rejet des conventions et choix d’une attitude d’expérimentateur qui se traduit bientôt par son invention la plus fameuse, le "piano préparé" (écouter le début de « Totem Ancestor », 1943).

Un nouvel instrument

En 1938, pour le ballet "Bacchanale" de Sylvia Fort, Cage compose la musique pour un ensemble de percussions. Mais la scène où doit avoir lieu la représentation est trop petite pour accueillir les danseurs et les instruments. Un piano à queue se trouvant dans la salle, John Cage se souvient des expériences de Cowell : pincer les cordes du piano ou les frotter avec les mains. Il a alors l’idée d’insérer des objets et matériaux divers entre les cordes. Le procédé du « prepared piano » est né ! « Le piano préparé est en réalité un ensemble de percussions confié aux mains d’un seul interprète » déclare le compositeur.

La composition comme processus

Après ces années de formation où voix et percussions sont ses instruments de prédilection, les années quarante sont décisives pour John Cage. Son initiation au Zen marque non seulement sa carrière artistique, mais aussi sa philosophie personnelle, les deux étant intimement liées. En 1949, de nouveau à Paris, il travaille sur la musique d’Erik Satie ; il est notamment marqué par ses "Vexations" et l’idée de musique d’ameublement. Il rencontre aussi Olivier Messiaen et Pierre Boulez avec qui il échangera une longue correspondance. Dans le studio de Musique concrète dirigé par Pierre Schaeffer, il s’essaye à composer des œuvres avec des chutes de bandes magnétiques. Il expérimente donc ainsi pour la première fois une forme de hasard.

De retour à New York en 1951, Cage se lie à ceux qui formeront l’École dite de New York. Il rencontre notamment le peintre Robert Rauschenberg dont les toiles blanches lui inspirent la pièce silencieuse 4′33″ (soit 273 secondes, chiffre qui est la température du zéro absolu en degré Kelvin). Dans ce morceau où l’interprète... ne joue pas, le public est invité à écouter les bruits ambiants de la salle de concert (1ère « audition » en 1952 : « écouter »). Cette expérimentation découle aussi de l’expérience que Cage réalise dans une chambre anéchoïque (chambre sourde dont les murs sont recouverts de matériaux absorbants) dans laquelle il s’aperçoit que « le silence n’existe pas car deux sons persistent : les battements du cœur et le son aigu du système nerveux. ».

C’est également à cette période que Cage commence à travailler dans sa musique avec des opérations de hasard, fondées sur le principe d’indétermination. Il utilise alors différentes méthodes de tirage aléatoire comme le Yi-king (livre des transformations), très ancienne méthode de divination chinoise. Exemple : Music of Changes (1951 : écouter le début du mvt 1). Il peut aussi utiliser le lancé de dés ou s’appuyer sur les imperfections de la feuille de papier pour y inscrire des traits et des taches qui serviront de partition. Autre exemple : lmaginary Landscape n° 4 avec 12 appareils de radio et 24 exécutants (2 par appareil) qui obéissent à des consignes précises ; mais le résultat est évidemment toujours différent puisqu’il dépend des émissions diffusées au moment où la pièce est exécutée.

Le hasard selon Cage

À partir de 1951, toutes les compositions de Cage seront conçues comme devant accueillir n’importe quel son arrivant de manière imprévue dans la composition. Il prétend en effet que le plus intéressant en art est l’imprévisibilité. Il considére la plupart des musiques de ses contemporains « trop bonnes car elles n’acceptent pas le chaos ». Le mot « aléatoire » ne signifie pas chez John Cage « hasard », mais « chance » qu’il laisse aux événements d’avenir.

En 1953, le danseur Merce Cunningham (compagnon de Cage depuis 1938) fonde sa propre compagnie ; Cage en devient le compositeur attitré jusqu’à sa mort. Les chorégraphies de Cunningham se veulent complètement abstraites et sans aucun lien avec la musique ; basées sur des mouvements inspirés de la vie quotidienne plutôt que par le vocabulaire habituel de la danse, elles font beaucoup de place au hasard (exemple). Elles sont donc parfaitement en accord avec les idées du musicien.

Les partitions graphiques de celui-ci, ainsi que ses œuvres plastiques, sont exposées en 1958. La même année, son intervention aux cours d’été de Darmstadt, « Composition as Process » et ses pièces indéterminées, suscitent de grands débats au sein de l’avant-garde européenne. En 1961 paraît son livre Silence : Lectures and Writings. Sa conception de la musique comme théâtre prend forme en 1962 avec la première de 0’00’’ (4’33’’ nº 2).

John Cage meurt à New York le 12 août 1992.

Pensée

Les positions de Cage s’opposent à toutes les données habituelles de la construction musicale européenne. Il s’oppose notamment au schéma tension-détente (ou question-réponse) qui parcourt toute la musique classique : « les thèmes principaux secondaires, leurs conflits suivis de résolutions, leur développement, le point culminant, la récapitulation qui est la conviction qu’on peut posséder sa propre maison ». Nourri de pensée orientale, en particulier de philosophie Zen et du livre du Yi king, il considère l’art comme un moyen d’évacuer tout sentimentalisme et de faire le vide en soi. Pour lui, il est insensé d’organiser les sons selon des structures précises dans des "œuvres" qui sont des produits finis : il faut laisser vivre les sons en élaborant des processus dont on ne peut prévoir le résultat.

Même si son œuvre est peu jouée, il est l’un des innovateurs les plus importants pour la musique du XXe siècle et son influence n’a toujours pas cessé de se faire sentir aujourd’hui. Dans un entretien de 1982, il déclare : « Mon nom est bien connu mais la connaissance de ma musique est toujours aussi mauvaise, je dirais, depuis toujours. C’est dû en grande partie au fait que j’ai écrit beaucoup de musiques qui sont différentes à chaque exécution ; ma musique est toujours nouvelle, de sorte que personne ne sait jamais à quoi s’attendre au moment de l’écouter. »

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