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Mahler - Spiritualité mahlerienne

F. Sarindar, le 27/12/2012

Dire, comme on l’a fait parfois un peu facilement, que Gustav Mahler est venu au catholicisme par opportunisme au moment de sa conversion et que cette conversion serait liée à sa nomination comme Kappelmeister puis comme directeur à la Wiener Hofoper - postes qu’il obtiendra effectivement en 1897 au départ de Jahn -, et que ce passage du judaïsme au catholicisme en serait la condition, est un peu rapide. Bien sûr, c’était un passage obligatoire, et Mahler qui tenait à faire sa place comme beaucoup d’autres à Vienne, parce que c’était le centre culturel de l’Empire austro-hongrois et un véritable pôle d’attraction pour tous les artistes, s’est conformé à la règle.

Mais, si l’on analyse les choses plus en profondeur, on voit bien que Mahler était déjà un fin connaisseur de l’Ancien Testament mais aussi du Nouveau, et son oeuvre en portait déjà la trace.

Le mythe du héros traité avec humour dans la Première Symphonie baptisée Titan (peut-être en réaction aux portraits de héros germaniques brossés par Richard Wagner dans ses opéras), ce mythe avait fait place, dans la Deuxième Symphonie à l’exploitation de ce qu’il y a de plus marquant dans la foi chrétienne, et l’on pense bien sûr à ce qu’il a su faire, magistralement, du thème de la Résurrection dans le grandiose et très mystique finale de cette symphonie. Puis, il n’a pas craint de lire l’oeuvre de la Création, dans la Troisième symphonie, avec les yeux d’un panthéiste et d’un amoureux de la vie, à mi-chemin de Spinoza et de Nietzsche. La Quatrième symphonie nous élèvera de nouveau dans la sphère céleste avec le lied qui dépeint un banquet qui doit se vivre dans la félicité la plus parfaite pour tous les convives. Après les tragiques mais plus qu’attirantes Cinquième et Sixième symphonies et "l’inclassable" Septième, où il est beaucoup question de nuit, Mahler arrivera à un nouveau palier avec la Huitième symphonie dans laquelle il réunira les contraires, en associant le Veni Creator Spiritus (en Allegro impetuoso) et la scène finale du Faust de Goethe (en Poco Adagio). Puis, Mahler poursuivant sa route et s’imprégnant de traditions extrêmes-orientales, et plus particulièrement de poésie et de “sagesse“ chinoises, composera Das Lied von der Erde (Le Chant de la Terre),sur une musique adaptée aux vers choisis et prenante, de la première note à la dernière, jusqu’au bouleversant Abschied (sur des poèmes de Wang Wei et Meng Haoran). Point d’aboutissement et d’approfondissement de tout ce parcours spitiuel en musique, la Neuvième symphonie nous apparaît comme celle de l’abandon, de la résilience, du détachement, dans l’accomplissement et la paix. Il n’est pas étonnant que les grands chefs mahlériens aient voulu l’inscrire à leur programme, car elle les réunit tous,quelles que soient leurs différences d’approche et de tempérament, et chacune des versions qu’ils proposent a une couleur qui éclaire d’un jour différent l’une des compositions les plus riches de l’histoire de la musique occidentale.

Mahler se situe au carrefour de deux siècles, du romantisme et du modernisme, et il fait dialoguer entre eux les courants religieux et philosophiques qui nous semblent les plus aux antipodes. C’est un esprit universel, et de Vienne à New York, il a été comme un apôtre de la mondialisation dans ce qu’elle a de meilleur quand elle sert de passerelle entre les croyances et les cultures, et surtout entre les hommes. Quelle prescience et quelle ouverture !

Par François Sarindar, auteur de : Lawrence d’Arabie. Thomas Edward, cet inconnu

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Au pif sur Symphozik…Un jeune hautboïste très prometteur devient soliste dans un grand orchestre. Il se fait un nom en exécutant de façon merveilleuse la partie soliste d’une symphonie mettant particulièrement en valeur son instrument, toujours la même. Il en va ainsi pendant de longues années.
Sur la partition, il y a une annotation étrange à la mesure 154: “baisser la tête“. Il ne cherche pas à comprendre le pourquoi du comment, et baisse la tête à chaque fois, pendant toute sa carrière.
Et puis un jour, il décide de prendre sa retraite. Il donne un dernier concert avec l’orchestre dans lequel il a toujours joué, l’œuvre centrale étant évidemment la symphonie en question. Et, comme c’est la dernière fois, il décide de ne pas suivre tout à fait la partition: cette fois, il ne baissera pas la tête.
Le soir du concert, le public est nombreux, et tout se passe à merveille jusqu’à la fameuse mesure 154. Là , fier et droit au beau milieu de l’orchestre, le hautboïste tient fermement son engagement, et ne baisse pas la tête...

... et PAN!

Il se prend un grand coup de coulisse de trombone dans la tête!
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