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Mahler - Commentaires biographiques

F. Sarindar, le 22/12/2012

Quelques-uns des commentaires de François Sarindar sur Gustav Mahler.

01/11/2012

Dans les années 1970, nous avions en France une bibliographie mahlerienne réduite aux ouvrages de Jean Matter (Mahler, aux éditions L’Âge d’homme), Marc Vignal (Mahler, Solfèges, Le Seuil), Theodor W. Adorno (Mahler, une physionomie musicale, Éditions de Minuit) et Reik (Variations psychanalytiques sur un thème de Gustav Mahler), et nous étions dans l’attente d’une grande biographie. On disait souvent, comme le laissait entendre Matter, qui s’en moquait, que le livre attendu d’Henry-Louis de La Grange que l’on nous annonçait comme une somme, ne verrait le jour, que c’était un serpent de mer ou l’Arlésienne. Mais le miracle vint : les trois gros volumes d’un Gustav Mahler publiés chez Fayard, et qui font autorité.

Puis Mahler, qu’on avait longtemps boudé, voire méprisé, s’imposa partout, et même le très rétif Bernard Gavoty finit par lui consacrer une émission dans la série de ses grands portraits de musiciens. Nous étions venus à Mahler par l’adaptation cinématographique de la nouvelle de Thomas Mann, Mort à Venise (Todt in Venedig), film signé Lucchino Visconti, et par le très débridé Mahler de Ken Russell. Et un jour Dominique Jameux s’associa à H.-L. de La Grange pour nous proposer une très longue série radiophonique consacrée à Mahler sur France Musique, et je vins assister à la dernière, ouverte au public. Puis j’eus la chance d’être présent à l’inauguration de l’inoubliable exposition consacrée à Mahler au Palais de Tokyo (Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris), tout près de Messieurs de La Grange et Matter (qui m’a glissé à l’oreille quelques paroles qui montraient qu’il n’avait toujours pas désarmé contre le premier, il devait le jalouser un peu, à mon avis). Quelle magnifique exposition : on y voyait tout ce qu’il y avait d’essentiel ! Ce fut la consécration pour Mahler et depuis, ça ne s’est jamais démenti : son temps était venu. Les souvenirs de Bruno Walter et d’Otto Klemperer sur Mahler furent publiés en France, ainsi qu’un ouvrage intéressant de Kurt Blaukopf, puis les lettres de Mahler à Alma et les souvenirs de cette dernière, et aussi les souvenirs de Nathalie Bauer-Lechner, grande amie de Mahler (L’Harmattan), etc.

Et au disque, même si il est loin d’être une référence pour ce compositeur, on vit même celui que l’on attendait le moins s’y mettre, venir à Mahler, et je pense bien sûr à Herbert von Karajan.
Mahler est enfin dans la cour des grands et on ne voit plus personne pour dire que sa musique est assommante, assourdissante, grandiloquente et incompréhensible comme on le laissait entendre autrefois (et la parenthèse du nazisme et de la Seconde Guerre mondiale ne fit qu’accentuer la mise au purgatoire), puis ce fut la lente découverte ou redécouverte et l’entrée au Panthéon où il regne enfin avec Ludwig van Beethoven, Felix Mendelssohn-Bartholdy, Robert Schumann et Johannes Brahms, les autres grands symphonistes germaniques.

Il est devenu populaire, il est de notre temps. Nous l’avons définitivement adopté, et ce n’est pas une mode.

Et votre présentation synthétise superbement, avec les mots les plus justes, la vie et l’œuvre du compositeur qui parle le plus à mon âme et à mon coeur. Merci.

04/11/2012

Mahler avait coutume de dire qu’il était plusieurs fois apatride. Né en Bohême, dans cette partie de l’Empire autrichien qui n’était guère valorisée par rapport à la double monarchie : Autriche impériale et royaume de Hongrie, car ce dernier seul avait eu l’honneur d’être reconnu en partie grâce à l’Impératrice Elisabeth (Sissi) qui fit pression sur son époux François-Joseph. Mahler était-il vraiment autrichien ? Ses symphonies et ses lieder sont profondément imprégnés de folklore et d’inflexions musicales d’origine autrichienne, avec des Landler et des airs qui sont parfois comme des amorces de danse aux intonations presque straussiennes (clin d’oeil aux créateurs des grandes valses), mais c’est oublier que Mahler est aussi né dans un pays qui enfanta aussi Bedrich Smetana et Antonin Dvorak. Mahler ne cessa de passer ses vacances, quand il devint chef d’orchestre et directeur d’opéra, au bord de très beaux lacs (Attersee, Wörthersee, etc.) ou près de belles chaînes montagneuses (Toblach), et cela l’inspira tout autant que sa propre culture musicale, mélangeant les genres et les impressions, adorant les contrastes, la fusion du trivial et du noble, du beau et du "laid", des états d’âme et des humeurs, de ce qu’il y a de plus triste à ce qu’il y a de plus joyeux, du sombre au lumineux, du matérialisme le plus commun à l’expression de ce qu’il y a de plus élevé en matière spirituelle, reflet de ce que sont nos vies.

Juif converti au christianisme et lecteur d’ouvrages poétiques d’inspiration orientale (Li Tai Po), il n’a pas de patrie ou de religion, ou alors il les a toutes. Il peut mettre en musique les poèmes populaires extraits du cycle du Cor Merveilleux de l’enfant, ou la légende médiévale qui nous a valu Das Klagende Lied, associer Faust au Veni Creator et puiser à la source chinoise avec le Chant de la Terre. Pas étonnant qu’il se soit trouvé dans le creuset viennois avec des Klimt, Musil, Herzl, Freud, Zweig, etc.

L’universalisme de Mahler, l’appel de l’ailleurs, se renforce quand la souffrance de devoir quitter la direction de la grande institution lyrique viennoise (Wiener Hofoper), suite à une cabale, l’oblige à se déraciner et à chercher des oreilles plus attentives et plus réceptives de l’autre côté de l’Atlantique (les saisons new-yorkaises), un peu comme Solti qui ira vers Chicago parce qu’il trouvera chez les Américains des gens capables de plus de curiosité que les habitants de la vieille Europe. Mahler, grand dévoreur d’ouvrages littéraires et philosophiques allemands, a donc connu cette ouverture d’esprit dans le Nouveau Monde.

Mais voilà que le Vieux Continent le reconnaît maintenant à titre posthume, et particulièrement l’Autriche qui est fière aujourd’hui de l’avoir compté en son sein, désireuse de faire oublier tout ce que certains envieux et jaloux, ou esprits bornés de l’élite viennoise avaient pu lui faire subir.

Il est vrai qu’il les avait choqués en ne cessant de répéter : "La tradition, c’est de la négligence !" dans une ville où la tradition compte plus que partout ailleurs.

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