Il aura fallu un décès pour nous motiver à conclure 2011 sur une mise à jour digne de ce nom, après quelques mois de latence : remercions donc Kim Jong-il pour son aura positive sur Symphozik. Et last but not least, nous avons achevé la nouvelle biographie de Gustav Mahler, qui n’a rien à envier en longueur à une symphonie du maître.
| * 1685 | • 1643 | • 1700 | • 1729 | • 1750 | • 1750 | † 1750 |
| Naissance 21/03/1685 | Mort 28/07/1750 | Nation Allemagne | Époque musicale Baroque |
Biographie standard Biographie courte |
Naissance et premières années
Johann Sebastian Bach naît le 21 mars 1685 à Eisenach (Thuringe, en Allemagne). C’est le huitième et dernier enfant d’une famille très musicienne de génération en générations, qui forme sans doute la plus importante lignée de musiciens connue. Son père, Johann Ambrosius, lui enseigne le violon et lui procure une bonne éducation musicale. En 1694 et en 1695, J. Sebastian perd respectivement sa mère puis son père. Johann Christoph prend alors en charge deux de ses frères cadets, dont J. Sebastian.
Formation musicale
À dix ans seulement, ce dernier contribue déjà aux dépenses du foyer en chantant dans un chœur, et s’avère un élève brillant. Cependant, il quitte ce foyer d’adoption le 15 mars 1700 pour partir à pieds à Lunebourg, soit un voyage d’environ 300 kilomètres (amateur semble-t-il de telles promenades, Bach aura également l’occasion de parcourir 400 kilomètres pour entendre jouer l’organiste Dietrich Buxtehude). En contrepartie des cours qu’il reçoit gratuitement à la Michaelisschule (rhétorique, latin, grec, français,...), l’élève doit participer à la chorale de l’église Saint-Michel.
Mais c’est aussi l’occasion de se familiariser avec la musique française puisqu’il y rencontre Thomas de la Selle, élève de Jean-Baptiste Lully. Or, vers cette époque, les compositeurs allemands, sous l’impulsion de Georg Philipp Telemann, vont parvenir à réaliser la synthèse dite des « goûts réunis » entre les styles français et italien.
Organiste virtuose
En 1703, après avoir travaillé dans l’orchestre du duc de Weimar (il n’a même pas 20 ans), il se forge une réputation de virtuose à Arnstadt et décroche un poste d’organiste qui lui laisse du temps pour composer. Mais, vers 1705, s’étant absenté pour étudier auprès de Buxtehude (à Lübeck), il ne reviendra que quatre mois plus tard, au lieu des quatre semaines de congé initialement prévues. Buxtehude lui avait pourtant offert sa succession à l’orgue de la Marienkirche, poste prestigieux s’il en est, mais la contrepartie est d’épouser la fille Buxtehude, plus très jeune. Bach, s’estimant sans doute indigne de cet honneur, décline l’offre, tout comme Georg Friedrich Haendel avant lui.
Toujours en conflit avec son employeur, Bach quitte Arnstadt et accepte, à Pâques 1707, les fonctions de compositeur (de musique pour orgue et des cantates, parmi lesquelles Aus der Tiefen rufe ich, Herr) et de superviseur de la rénovation de l’orgue pour la Blasiuskirche de Mülhausen. Cette même année, le 17 octobre, il épouse une cousine éloignée, Maria Barbara. À la suite d’un conflit dogmatique dans lequel Bach prend parti contre les piétistes (pour lesquels la musique est « chants de sirènes qui troublent la méditation »), il quitte l’orgue d’Arnstadt pour celui de la chapelle du duc Wilhelm Ernst de Saxe-Weimar en 1708. Il est maintenant admiré dans toute l’Allemagne pour sa virtuosité d’organiste.
Compositeur épanoui
Nommé Konzertmeister ("maître de concerts") le 2 mars 1714, il compose une quantité énorme de musique, dont les cantates Actus tragicus et Gott ist mein König (1707), les pièces pour orgue Alla breve en ré mineur (1709), le Concerto “italien“ pour le clavecin, etc.). Bach, à cette période, recopie énormément d’Italiens tels qu’Antonio Vivaldi, Tomaso Albinoni ou encore Girolamo Frescobaldi, qui contribuent à améliorer son style.
Mais les relations de Bach avec le duc Wihlem Ernst sont loin d’être idéales et le musicien, outrepassant une consigne stricte, n’hésite pas à afficher son amitié avec le neveu du duc, Ernst August, et va jusqu’à refuser d’écrire pour son véritable employeur. Ce dernier lui refusant un poste de Kapellmeister qui aurait dû lui revenir, Bach fait valoir un nouvel emploi à Köthen pour présenter sa démission au duc qui, par dépit, le fait jeter en prison pour quelques semaines.
À Köthen, tout va pour le mieux. Le prince Leopold, passionné de musique comme son nouvel employé, met tout en œuvre pour encourager ce dernier à composer. C’est de cette période que datent notamment les fameux concertos brandebourgeois, ou encore le Petit livre de clavier, destiné à Friedemann, l’aîné de la famille que le compositeur a fondée avec Maria Barbara.
Malheureusement, en juillet 1720, alors qu’il rentre d’une station thermale où il accompagnait le prince, Bach apprend la mort de sa femme. Il postule alors pour un poste d’organiste à Hambourg, mais c’est un candidat moins talentueux (mais qui apporte quelques espèces sonnantes et trébuchantes à l’église en question) qui obtient la charge convoitée.
En décembre 1721, Bach épouse Anne Magdelena Wilcken, elle-même musicienne, dont il est l’aîné de 16 ans (elle a 20 ans, faites le calcul !). Mais, quand le prince Leopold perd à son tour sa femme et se remarie, il semble à partir de ce moment se désintéresser de la musique. Pour Bach, c’est le moment de songer à changer d’air. Or, le 5 juin 1722, une opportunité s’offre à lui…
Leipzig
Un poste, sept candidats. Le poste en question est la prestigieuse place de Cantor de l’église Saint-Thomas de Leipzig. Parmi les sept candidats, Georg Philipp Telemann est retenu pour la place, mais ne souhaite en réalité que faire jouer la concurrence pour forcer son employeur à l’augmenter. Un nouveau recrutement est organisé par le DRH de l’époque : le nouveau lauréat est cette fois Christoph Graupner, compositeur très apprécié à l’époque. Hélas pour lui, son employeur refuse de lui donner congé. Bach est alors appelé sans grand enthousiasme (par quelqu’un qui dira regretter d’avoir dû, « à défaut du meilleur, se contenter d’un médiocre »). Il restera pourtant au cantorat jusqu’à la fin de sa vie.
Ce poste prestigieux, aux nombreuses responsabilités, n’est ni de tout repos, ni aussi bien rémunéré que ce que Bach touchait à Köthen. Cela ne l’empêche pas de composer pendant cette période de splendides œuvres (dont la Messe en si mineur), même si toutes ne sont pas forcément aussi bien accueillies qu’elles le devraient. C’est par exemple le cas de la passion selon Saint Mathieu, exécutée à Saint-Thomas le 15 avril 1729. Bach est quelque peu assisté dans ses activités de cantor par des élèves ou amis, mais également par son fils Carl Philip Emanuel ou par sa femme.
De tempérament semble-t-il peu conciliant, le nouveau Cantor va de plus connaître quelques difficultés avec ses employeurs, qui rechignent par exemple à lui verser tout son salaire, ou ses collègues trop médiocres (l’organiste Görner reçut ainsi une perruque au visage de la part du tumultueux musicien, qui lui conseilla même de se faire cordonnier). Bach cherche en vain un emploi à l’abri « des autorités d’humeur bizarre qui favorisent peu la musique ».
Heureusement, l’école Saint-Thomas bénéficie en 1730 d’un nouveau recteur, Gesner. Changement de philosophie : la musique acquiert une place plus importante, les charges extra-musicales de Bach s’allègent et il dispose d’un excellent effectif, le Collegium Musicum de Leipzig, pour interpréter ses œuvres. Temps éphémères : en 1734, Gesner est remplacé et les conflits reprennent, pour s’atténuer lorsque Bach est en plus nommé compositeur de la cour de Saxe en 1736. En 1747, Frédéric II le Grand l’accueille en grandes pompes dans sa cour de Postdam.
Mais il perd progressivement la vue et les opérations que tente le prétendu chirurgien John Taylor en mars et avril 1750 ne font qu’empirer les choses (ce n’était qu’un avant-goût pour Taylor qui fera le même coup à Haendel quelques temps après) : c’est complètement aveugle que meurt le musicien le 28 juillet 1750.