Il aura fallu un décès pour nous motiver à conclure 2011 sur une mise à jour digne de ce nom, après quelques mois de latence : remercions donc Kim Jong-il pour son aura positive sur Symphozik. Et last but not least, nous avons achevé la nouvelle biographie de Gustav Mahler, qui n’a rien à envier en longueur à une symphonie du maître.
| * 1840 | • 1830 | • 1850 | • 1870 | • 1876 | † 1893 |
| Naissance 07/05/1840 | Mort 06/11/1893 | Nation Russie | Époque musicale Romantique |
Né le 7 mai 1840 à Votkinsk (Oural, Russie), Piotr Ilitch Tchaïkovski est le deuxième fils d’un ingénieur des mines et d’une mère d’origines françaises (c’est la fille du marquis André d’Assier). Le père, mélomane, initie Tchaïkovski à la musique. Dès son plus jeune âge, et comme la plupart des grands compositeurs, l’enfant montre des dons musicaux hors du commun. Son institutrice, une Suissesse (que de "s"), lui donne une éducation essentiellement française et favorise ses dons musicaux.
À huit ans, Tchaïkovski s’installe avec sa famille à Moscou puis il est envoyé à Saint-Pétersbourg pour y étudier le droit. Il reçoit ses premiers cours de piano à l’école Schmelling. En juin 1854, sa mère décède lors d’une épidémie de choléra et Piotr en reste inconsolable.
En 1859, Tchaïkovski entre comme secrétaire au ministère de la justice mais envisage sérieusement de faire de la musique son métier. À la suite de revers financiers de son père, il entretient temporairement la famille jusqu’en 1862 alors qu’il aurait aimé devenir immédiatement compositeur. Il se met à étudier la composition auprès d’Anton Rubinstein, pour lequel il éprouvera toujours une vive admiration.
Tchaïkovski s’inscrit dès l’année suivante au conservatoire et renonce à sa carrière de juriste mais connait alors des difficultés financières importantes et mène une vie presque miséreuse. Il continue à prendre des cours de piano, de composition et d’harmonie. Rubinstein présente son jeune protégé à tous ses amis.
En 1865, Nicolas Rubinstein, le frère d’Anton, crée le conservatoire de Moscou et invite le musicien à y enseigner l’harmonie, poste que Tchaïkovski acceptera malgré la modeste rémunération. Ce dernier compose maintenant sa première symphonie, Rêves d’hiver. Anton Rubinstein est très critique, par contre le fameux groupe des cinq (rencontré en 1868) accueille avec enthousiasme cette symphonie qui a une âme russe. Deux opéras, Voïevode et Ondine, ont moins de succès mais peu à peu, Tchaïkovski se forge une solide réputation dans le milieu musical.
Il noue avec Mili Balakirev une solide amitié et compose alors Roméo et Juliette. Entre 1869 et 1875, la carrière de Tchaïkovski prend un essor formidable. Il compose un nombre très important d’œuvres. Le musicien loge chez Nicolas Rubinstein mais n’est pas à l’aise car cette maison est ouverte à de nombreux habitués et il aspire à un univers plus calme. Toute sa vie, il ne sera jamais vraiment chez lui. En 1871, Tchaïkovski termine son premier quatuor à cordes qui sera couronné de succès.En 1873, il compose La tempête, pour orchestre.
Les années suivantes sont une période créatrice. Il compose les quatuors à cordes num.2 et num.3, son premier concerto pour piano, l’un des plus joués du répertoire, et Vakula le forgeron, un autre opéra. En 1875, il commence sa troisième symphonie et écrit le Lac des Cygnes, ballet aujourd’hui très célèbre dont la première en 1877 sera pourtant un échec. Toutes ces œuvres et bien d’autres ne reçoivent qu’un accueil réservé ce qui a pour effet de rendre leur auteur dépressif.
Son premier grand succès viendra en 1871 avec le quatuor à cordes num.1 et quelques pièces pour piano au cours d’un concert de musique de chambre. Opritchnik est un opéra qui connaitra également le succès auprès du public mais qui sera férocement attaqué par la critique. Tchaïkovski profite de ces quelques succès pour voyager en Europe et améliorer ainsi sa santé nerveuse fragile. De passage à Weimar, il aura l’occasion d’entendre la tétralogie de Richard Wagner qu’il trouvera fatigante et emphatique.
En 1874, il compose et dédicace son concerto pour piano num.1 à Nicolas Rubinstein, lequel (est-ce par jalousie ?) déclarera cette pièce “si mauvaise qu’elle lui donne la nausée!“. Blessé et irrité, Tchaïkovski supprimera la dédicace et l’enverra à Hans von Bülow qui fera de l’œuvre un triomphe jamais démenti depuis (ah bien fait non mais c’est vrai quoi !). Rubinstein présentera ses excuses et en fera un de ses morceaux de concert favori.
En 1876, Tchaïkovski correspond avec la très riche Madame von Meck à la suite d’une commande (un arrangement pour violon et piano) qu’elle lui avait passée. Cette correspondance deviendra un amour par correspondance. Par accord tacite, ils ne se rencontreront jamais. Cette solution arrange Tchaïkovski qui évite de s’engager dans une relation incompatible avec son homosexualité.
Le compositeur écrit ensuite deux de ses œuvres majeures : la quatrième symphonie et l’opéra Eugène Onéguine. Il est au sommet de son art. Une jeune femme, Antonina Ivanovna Milioukova, lui envoie des lettres d’amour enflammées et Tchaïkovski accepte de la rencontrer après qu’elle ait menacé de se donner la mort s’il refusait. Le compositeur lui fera une proposition de mariage sans en mesurer toutes les conséquences. Ce mariage, qui sera immédiatement catastrophique, est célébré en juillet 1877. Tchaïkovski trouve tous les prétextes pour s’éloigner de son épouse et il est psychologiquement très atteint. Ils se sépareront peu de temps après grâce à l’entremise de Nicolas Rubinstein.
Madame von Meck lui alloue alors une bourse qui le met à l’abri des soucis financiers pendant treize ans. En 1878, il compose son superbe concerto pour violon (qu’on retrouve dans Les Visiteurs ou, plus récemment, dans Le Concert). Mais von Meck lui annoncera en 1890 par lettre qu’elle est ruinée et qu’elle ne peut plus lui verser sa bourse, et elle cesse leur relation “postale“. En réalité, elle a appris l’homosexualité de Tchaïkovski et, blessée dans son idéal, rompt avec le musicien. Nouvelle déception pour le compositeur.
En 1886, Tchaïkovski effectue une tournée dans le Caucase où il obtient des succès extraordinaires qui le bouleversent. Tchaïkovski s’essaye à la direction d’orchestre non sans une certaine réussite. Il dirigera avec succès plusieurs de ses œuvres en 1887 à Saint-Pétersbourg et Moscou. En 1888, il entame une série de concerts européens, à Londres, à Hambourg, à Prague, à Paris, à Berlin... partout acclamés, et qui lui permettra de rencontrer Johannes Brahms, Edvard Grieg, Antonin Dvorak, Charles Gounod, Gabriel Fauré... Toujours en en 1888, le tsar lui accorde une rente confortable.
Ayant retrouvé tous ses moyens artistiques, Tchaïkovski compose son deuxième ballet La belle au bois dormant qui n’aura cependant pas le succès espéré. Au cours de ses dernières années, le musicien compose au autre ballet, Casse-noisettes, sans doute le plus célèbre, et Iolenta, un autre opéra. Il part pour une tournée de concerts aux états-Unis et reçoit un accueil chaleureux de la part du Carnegie Hall le 5 mai 1891. Mais il est à nouveau assailli par les doutes et les pires angoisses.
En 1892, Casse-noisettes fait un triomphe. En 1893, il compose sa symphonie dite “pathétique“, la sixième. Lui-même estime qu’il s’agit de la meilleure œuvre qu’il ait jamais composée et dans laquelle il a mis “toute son âme“. Le 28 octobre, pour la première, le succès escompté est bien loin. Le 6 novembre 1893, Tchaïkovski meurt du choléra à Saint Pétersbourg après avoir bu de l’eau de la Neva non bouillie. Certains pensent, sans preuve, qu’il s’est suicidé ou a été empoisonné suite à la dénonciation publique de l’homosexualité du compositeur qui avait eu une relation avec le neveu d’une noble russe.
Le langage musical de Tchaïkovski a été fortement influencé par les romantiques allemands et Hector Berlioz pour l’orchestration. Son œuvre est également porteuse de la tradition russe initiée par Mickaïl Ivanovitch Glinka. D’une sensibilité très vive, sa musique est mélodique et est souvent richement orchestrée. Pour certains critiques, elle paraît parfois d’une réalisation un peu facile. Néanmoins Tchaïkovski est le maître de toute une génération de musiciens russes et compte parmi les rares compositeurs qui n’ont pas été étouffés par l’aura de R. Wagner.