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Musique et littérature

azerty, le 12/10/2017

Préambule

Les productions littéraires peuvent être divisées grossièrement en trois genres : poésie, essai (notamment philosophique) et narration (principalement : roman et théâtre).

Concernant la poésie, on se reportera au dossier Le Lied et la mélodie.

Concernant la philosophie, on se reportera au dossier Musique et philosophie.

Concernant les formes narratives de la littérature (notamment le roman), on se reportera aux dossiers consacrés à la relation de Marcel Proust et de Victor Hugo avec la musique.

Si on lit tous ces dossiers, on constate à quel point les correspondances entre musique et littérature sont à la fois multiformes et complexes. Essayons de les préciser.

Points de rencontre

On peut globalement distinguer trois points de rencontre entre littérature et musique : musique dans la littérature, littérature dans la musique et présence simultanée des deux formes d’expression.

Ce dernier cas se manifeste de façon évidente dans la musique vocale, à travers notamment les livrets d’opéra et la mélodie. Il faut cependant préciser que les textes écrits spécifiquement pour être mis en musique sont très rares : la plupart du temps, ils sont antérieurs et font l’objet d’un choix réfléchi et d’une appropriation par les musiciens. Cette appropriation se traduit par un profond respect du texte : son sens (comment le compositeur en rend-il la tonalité générale, les images, les intonations, le rythme, etc. ?). Le cas particulier de Richard Wagner, qui écrit lui-même ses poèmes d’opéra, est symptomatique d’un désir de relation plus étroite, idéalement de fusion, entre verbe et musique.

Quant à la présence de la musique dans la littérature, elle peut se manifester par l’introduction, parmi les personnages du roman, de musiciens réels ou fictifs (par exemple le compositeur Vinteuil dans la Recherche de Marcel Proust). L’écrivain peut aussi construire son texte à la manière d’une forme musicale : fugue, thème et variations, forme rondo, etc. D’une façon plus générale, la recherche par tout écrivain d’un rythme ou d’une sonorité est une référence explicite à la musique.

Enfin, la littérature peut être présente dans la musique à travers la musique à pogramme, qu’elle soit descriptive comme dans les nombreuses pièces qui illustrent le chant du Rossignol, narrative comme dans la Symphonie fantastique pour laquelle Hector Berlioz écrit un véritable scénario, ou simplement impressionnistes comme dans les nombreuses œuvres qui évoquent la forêt. On peut ici ajouter le paratexte verbal qui fait partie d’une partition musicale (titres, mais aussi indications de caractère, de mouvement, de nuances, etc.) qui constituent bien une présence littéraire dans la musique. Marcel Duchamp et Erik Satie en offrent des exemples particulièrement savoureux.

Écrivains et philosophes mélomanes

De tout temps, des philosophes et des écrivains se sont intéressés à la musique, la considérant comme l’un des moyens d’expression les plus profonds. Les démarches des philosophes sont traitées dans notre dossier Musique et philosophie. Quant aux écrivains, ils sont si nombreux que nous nous limiterons aux noms les plus connus.

Stendhal a publié des chroniques régulières sur la musique de 1824 à 1827. Il a aussi produit une vie de Wolfgang Mozart. Ses écrits sur Haydn et sur « l’état présent de la musique en France et à l’étranger » ont été en leur temps très discutés. Son ouvrage le plus remarquable est une Vie de Rossini qui reflète sa passion du bel canto et son goût de Rossini (qui n’avait d’égal que son amour pour Cimarosa).

Jean-Christophe est le personnage principal d’un roman éponyme de Romain Rolland. Musicien  de génie, il incarne le héros romantique sur le modèle de Ludwig van Beethoven. Romain Rolland a fait de très sérieuses études musicales et sa thèse de doctorat porte sur Les origines du théâtre lyrique moderne. Il a aussi écrit Musiciens d’autrefois et Musiciens d’aujourd’hui. Ses Études sur Beethoven font toujours référence.

Bernard Shaw a recueilli un énorme succès avec ses critiques musicales qui révèlent son esprit caustique et son sens de l’humour. Il prétendait que les papiers d’un critique, tout en étant amusants, lisibles et à la portée du plus grand nombre, pouvaient avoir une portée constructive. Son pseudonyme, Corno di Bassetto, avait été emprunté à un instrument musical désuet, le cor de basset, qui figure dans la partition d’orchestre du Requiem de Mozart.

Parmi tant d’autres écrivains que la musique a intéressés, mentionnons encore André Suarès dont les Pensées sur la musique et un livre sur Achille Claude Debussy sont d’une pénétrante psychologie. Il y a surtout André Gide, musicien cultivé et excellent pianiste qui, à l’occasion, produit de pertinentes et franches études sur la musique. Dans son roman La Symphonie pastorale (titre emprunté à Beethoven ; voir le dossier consacré sur France musique), il raconte comment la musique peut faire accéder une jeune aveugle à une paradoxale "vision" du monde en couleurs venant combler son handicap.

Et n’oublions pas les deux écrivains auxquels nous avons consacré tout un dossier : Marcel Proust et Victor Hugo. Bref, la proximité de tous ces grands noms avec la musique prouve que celle-ci est devenue un véritable sujet littéraire.

Fusion parfaite ou chemins parallèles ?

Le but de ce chapitre est d’aborder d’une façon plus globale, sans se limiter à un genre particulier ou un auteur précis, la relation entre le texte et la musique : sonorité des mots, éloquence de la mélodie, rencontre des rythmes… ces expressions ont-elles un sens ? Croiser l’art des mots et l’art des sons sous le signe de l’analogie, du mariage, voire de la fusion, est-il légitime ? Répondant à une enquête pour la revue Musica (mars 1911), le compositeur Paul Dukas répond péremptoirement : « Véritablement, vers et musique ne se mêlent pas ; ils ne se confondent jamais. […] On ne met pas les poèmes en musique, on donne un accompagnement aux paroles, et c’est bien autre chose. La première idée, en effet, suppose une fusion ; la seconde constate un parallélisme. » Et dans cette même revue, on trouve cette citation d’Alphonse de Lamartine : « La musique et la poésie se nuisent en s’associant ». Cependant, il existe un abondant répertoire de mélodies où les musiciens s’efforcent de trouver un accord entre les mots et les sons que ce soit sur le plan de la sonorité, du rythme, de l’expression ou du climat général (nuances, couleurs, mouvements, etc.). Si l’alliance de la poésie et de musique suscite la perplexité de Dukas et de Lamartine, elle a aussi ses défenseurs, notamment Camille Saint-Saëns : « Puissent la musique et la poésie comprendre un jour quel intérêt elles ont à s’appuyer l’une sur l’autre ! ».

Pour dépasser les jugements de valeur, il faut poser la question sous un autre angle : la musique est-elle, comme la littérature, un langage capable d’articuler un message ? Autrement dit, la musique a-t-elle un sens ? Il est vrai que la musique présente de nombreuses analogies avec le langage verbal : son caractère avant tout auditif et transcriptible dans un système de signes (la partition), son déroulement dans le temps. Sous l’angle solfégique, elle peut effectivement apparaître comme un langage mais, en tant que moyen d’expression, elle conserve une part d’indicible, d’« ineffable » (comme dirait Jankélévitch). Elle s’inscrit certes dans une structure précise comparable à un texte, mais qui n’est jamais fixée d’avance : le compositeur est un désir tendu vers l’inconnu, s’efforçant de conduire l’auditeur de surprise en surprise : contrastes mélodiques, ruptures rythmiques, modulations imprévues, jeu des nuances et des timbres, etc.

Le compositeur ne ″transmet″ pas mais ″suggère″ ou ″évoque″ ; pour lui, ″signifier″ ne veut pas dire délivrer un message intelligible ou faire comprendre un sens précis, mais ″susciter″ des impressions et des émotions en usant de moyens spécifiques (sons, rythmes, silences…), au-delà d’un discours rationnel. L’éminent anthropologue, sémiologue et philosophe Claude Lévi-Strauss ne dit pas autre chose quand il indique que la musique représente « le langage moins le sens ». Autrement dit, la musique s’écrit certes comme un système de signes symbolisant des sons, mais elle reste un art ″non signifiant", c’est-à-dire non porteur de significations.

Dès lors, on ne peut penser la relation unissant musique et littérature qu’en termes de "correspondance esthétique" : c’est bien une attitude esthétique, qui permet à la musique et à la littérature de se rencontrer dans une émotion commune. Car, quel que soit le genre de musique écoutée (musique narrative ou musique pure), il est toujours possible d’y associer une histoire, ou tout au moins d’y trouver un sens verbalisable. D’autre part, si l’on se place du point de vue des créateurs, c’est le fait de partager les mêmes sentiments, impressions et émotions qui rapproche les musiciens et les écrivains ; c’est ce partage de nature esthétique qui explique la fécondité de leur proximité sensible et nourrit leur inspiration.

Dans La Symphonie pastorale, André Gide met dans la bouche d’un pasteur la description suivante pour suggérer les couleurs à une jeune aveugle :

« Le rôle de chaque instrument dans la symphonie me permit de revenir sur ces questions des couleurs. Je fis remarquer à Gertrude les sonorités différentes des cuivres, des instruments à cordes […]. Je l’invitais à se représenter de même, dans la nature, les colorations rouges et orangées analogues à la sonorité des cors et des trombones, les jaunes et les verts à celles des violons, des violoncelles et des basses ; les violets et les bleus rappelés ici par les flûtes, les clarinettes et les hautbois. - Que cela doit être beau ! répétait-elle. [Mais en moi-même] je réfléchissais que ces harmonies ineffables peignaient, non point le monde tel qu’il était, mais bien tel qu’il aurait pu être, qu’il pourrait être sans le mal et sans le péché. »

Ce passage met en évidence la pauvreté, voire le mensonge, du verbe pour communiquer un simulacre de vision à travers l’expérience de la musique. Il confirme l’idée que, hors un ressenti de nature esthétique, c’est une tâche bien difficile, sinon impossible, que de mettre en phase le monde des mots avec celui des sons.

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