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Les femmes et la musique classique

azerty, le 10/11/2013

La place des femmes dans l’histoire de la musique occidentale

Pourquoi les femmes occupent-elles si peu de place dans l’histoire de la musique occidentale et des arts en général ?

EXPLICATION IDÉALISTE : tour à tour joie ou tristesse, tendresse ou passion, sérénité ou colère, la musique est par essence féminine. La femme étant elle-même naturellement harmonie, rythme, mélodie... ne peut se sublimer dans la création, sauf exception, étant déjà elle-même une merveille de la création. Par contre elle peut être une excellente interprète en raison de sa sensibilité et de son affectivité.

EXPLICATION PRÉHISTORIQUE : dès les origines, le rôle des femmes et des hommes s’est différencié. Les femmes étant les seules à pouvoir mettre les enfants au monde, il leur est revenu de les élever et d’assumer les tâches domestiques. Les hommes se sont attribué les tâches de protection et de gouvernance, les relations sociales, et par suite la création artistique. Avec la sédentarisation, la propriété privée s’est développée. Pour des raisons de survie chaque homme s’est efforcé de posséder une maison, un troupeau, un terrain cultivé... et une famille, les femmes étant principalement dévolues aux travaux intérieurs. Dans ce contexte d’enfermement, leurs tendances créatrices pouvaient difficilement s’épanouir.

EXPLICATION RELIGIEUSE : la religion n’a fait que renforcer les tendances machistes des hommes en leur fournissant un prétexte pour dévaloriser et enfermer les femmes. « Dieu a créé l’homme à son image, mais il a tiré Ève d’une côte d’Adam », prétend la Bible. On sait que les chrétiens ont beaucoup emprunté à l’Antiquité. Étant donné que, pour les Romains, les musiciennes étaient des esclaves et gagnaient leur vie en se prostituant, les théologiens du Moyen Âge ont conclu que toute femme qui se produit publiquement est une séductrice et une diablesse. Ils ont considèré la voix des femmes comme trop sensuelle et, par une loi de 318 après J.-C., ils leur ont interdit de chanter à l’église. Saint Paul ne dit-il pas dans la Bible : « Que les femmes se taisent dans les assemblées, car il ne leur est pas permis de prendre la parole. » Étant donné que la plupart des musiciens, à partir du XIIe siècle étaient formés dans les maîtrises, les femmes n’ont pas eu accès à une éducation musicale, sauf exception, avant la création des conservatoires au XIXe siècle.

MACHISME : longtemps, on a considéré celles qui osaient monter sur une scène comme des femmes de petite vertu. Pour la bienséance, on a le plus souvent fait jouer leurs personnages par des hommes : c’était le cas des pièces de Corneille ou de Shakespeare. À l’opéra, au XVIIe et XVIIIe siècles, on est même allé jusqu’à les remplacer par des castrats. Et le machisme n’est pas mort : pour Herbert von Karajan, « la place d’une femme est dans la cuisine, pas dans un orchestre symphonique. » D’ailleurs, la plupart des grands orchestres internationaux sont en majorité composés d’hommes. Un des plus misogynes est le Philharmonique de Vienne : ce n’est qu’en 1997 qu’il a été contraint de titulariser sa harpiste, après vingt ans d’exercice et faute de candidat masculin. Dans son ouvrage récent, La musique à mains nues, Claire Gibaut raconte ses difficultés pour s’imposer en tant que femme chef d’orchestre.

Épouses, muses, interprètes, compositrices

Étant donné les considérations précédentes, il n’est pas étonnant que peu de femmes aient laissé leur nom dans l’histoire de la musique occidentale, et souvent plus comme épouses, muses ou interprètes que comme compositrices. Citons les moins oubliées :

Au MOYEN ÂGE, l’abbesse Hildegarde de Bingen (1098-1179) nous laisse plus de 70 chants religieux monodiques d’une grande ferveur (écouter une séquence). La poétesse Beatritz de Dia est une des rares femmes troubadour du XIIe siècle (écouter "Pleurs").

Au XVIIe SIÈCLE, Élisabeth Jacquet de la Guerre (1667-1729) fut non seulement une claveciniste prodige mais encore une compositrice appréciée.

À l’ÉPOQUE ROMANTIQUE, la profession commence à se féminiser et les musiciennes les plus célèbres s’appellent :

À la CHARNIÈRE des XIXe et XXe SIÈCLES, quelques femmes parviendront à se faire une place parmi les hommes :

Au XXe SIÈCLE, l’égalité s’instaure toujours difficilement entre hommes et femmes :

Compléments

Les lecteurs que ce sujet passionnent pourront aussi écouter les excellentes petites émissions (14 mn) « Histoire de… » d’Anne-Charlotte Rémond (diffusées en février 2014 sur France Musiques). Elles sont abondamment illustrées d’exemples musicaux :

  1. De Sappho (Grèce antique) aux premiers temps de la chrétienté (écouter)
  2. Moyen Âge : la Byzantine Kassia (805 - 865) et autres nonnes comme Hildegard von Bingen (1098-1179) : écouter
  3. Aux XIIe et XIIIe siècles, en plus des religieuses il y a les trobairitz comme Beatrice de Die : écouter
  4. Renaissance (XIVe au XVIe siècles) : pas de femmes polyphoniste car l’apprentissage de cette écriture très complexe se faisait dans les écoles des cathédrales, dont les filles étaient exclues. D’autre part l’anonymat est la règle. La première à se revendiquer comme compositrice est Maddalena Casulana (vers 1544-1590). Citons aussi Vittoria Aleotti (1575-1620) : écouter
  5. Au XVIIe siècle, Francesca Caccini s’illustre dans le madrigal et l’opéra : écouter
  6. Mais c’est dans les couvents qu’on trouve la plupart des musiciennes comme Lucrezia Vizzana et Chiara Margarita Cozzolani. : écouter
  7. Dans des couvents italiens moins importants, on trouve Isabella Leonarda et Bianca Meda : écouter
  8. À Venise, Barbara Strozzi est une musicienne professionnelle qui mène une brillante carrière : écouter
  9. Antonia Bembo à Paris et Camilla de Rossi à Vienne : écouter
  10. Au XVIIIe siècle à Venise, les Ospedale forment des musiciennes : écouter
  11. Élisabeth Jacquet De La Guerre (1665-1729) : écouter
  12. Marianne von Martinez (1744-1812) : écouter
  13. Hélène de Montgeroult (1764-1836 ) : écouter
  14. Louise Farrenc (1804-1875) : écouter
  15. Fanny Mendelssohn (1805-1847) : écouter
  16. Milieu XIXe siècle en France : Louise Bertin, Loïsa Puget, Maria Malibran et Pauline Viardot : écouter
  17. Clara Schumann (1819-1896) : écouter
  18. Les Compositrices en Allemagne, milieu et fin XIXème : écouter
  19. Marie Jaëll (1846-1925 ) : écouter
  20. Augusta Holmès (1847-1903, à ne pas confondre avec Sherlock) : écouter
  21. Cécile Chaminade (1857-1944) : écouter
  22. Mel Bonis (1858-1937 ) : écouter
  23. Les compositrices françaises de la fin du XIXème siècle : écouter
  24. Ethel Smyth (1858–1944) : écouter
  25. Amy Beach (1867- 1944) : écouter
  26. Rebecca Clarke (1886-1979) : écouter
  27. Nadia (1887-1979)  et Lili Boulanger (1893-1918) : écouter
  28. Germaine Tailleferre (1892-1963) : écouter

Ressources liées

Commentaires des internautes

Anonyme, le 10/12/2013 à 16h34
N’oubliez pas Luise Adolpha le Beau (1850-1927), compositrice d’un merveilleux trio à clavier en ré mineur, opus 15.

Anonyme, le 04/02/2014 à 12h07
et aussi dans les compositrices du XIXème : Louise-Angélique Bertin (1805-1877) poétesse et compositrice française, qui a donné plusieurs opéras, dont la première adaptation du Faust de Goethe en oeuvre d’opéra (1831) et surtout La Esmeralda, adaptation de Notre Dame de Paris, dont Victor Hugo écrira le livret, oeuvre qui subit malheureusement une cabale politique virulente (car son père Louis Bertin était le fondateur du Journal des Débats) qui sonna une fin prématurée à cet opéra magnifique. Louise Bertin ne jouira pas de la reconnaissance due à la qualité de ses compositions, en raison aussi de la condescendance des critiques envers une femme handicapée (suite à une poliomyélite, elle se déplace avec des béquilles) qui voient dans ses compositions des “consolations à ses infirmités physiques“ (Journal Le Siècle), alors que Berlioz qui dirige les répétitions à l’Opéra atteste dans sa correspondance des qualités musicales et des nouveautés harmoniques d’une œuvre qu’il qualifie de “virile, forte et neuve“. Elle abandonnera la composition musicale pour se tourner vers la poésie et obtiendra le Prix de l’Académie Française pour son recueil Glanes.

Anonyme, le 22/04/2017 à 9h40
Leonarda DUARTE 1610-1678 d’une famille juive portugaise d’Anvers dont le père, marchand de tableaux était un ami de Vermeer.

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Le saviez-vous ?

Le pom pom pom pom du début de la cinquième symphonie de Beethoven correspond en morse à la lettre V (3 notes brèves, 1 longue). V comme Victoire. C’est aussi pour cela que la BBC, pendant la deuxième guerre mondiale, l’a adopté comme indicatif de l’émission “les Français parlent aux Français” (écouter).

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