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In Memoriam Sir Charles Mackerras

Antonin, le 21/09/2010

In memoriam

SIR CHARLES MACKERRAS

Symphozik a voulu rendre hommage au chef d’orchestre Sir Charles Mackerras, décédé cet été, le 14 juillet exactement – hommage, il est vrai, un peu tardif, mais ne dit-on pas que c’est l’intention qui compte... Trop méconnu sous nos latitudes, ce chef à l’éclectisme étonnant s’est éteint à Londres des suites d’un cancer, à l’âge de 84 ans , après une carrière riche et variée.

Né aux États-Unis de parents australiens, le jeune Charles retrouve bien vite ses racines familiales puisque ses parents déménagent en Australie lorsqu’il a trois ans. Ses parents tentent de le détourner de la carrière de musicien, mais le jeune homme persiste, apprend le hautbois et la direction d’orchestre. Après la seconde guerre mondiale, il part pour l’Europe, décidé à parfaire sa formation et à faire carrière dans la musique. En 1947, il effectue un voyage d’étude à Prague. Cette expérience va avoir une forte influence sur le jeune chef. Il a l’opportunité de travailler aux cotés de Vaclav Talich (voir notre dossier sur la musique tchèque), le grand chef qui fut pratiquement à l’origine de l’école d’interprétation tchèque. Mackerras est non seulement fortement marqué par Talich, mais il découvre également la musique tchèque, et notamment le compositeur Leoš Janáček.

«Pendant les leçons privées que Talich m’a données, j’ai appris beaucoup de choses et ma vie a pris une nouvelle tournure. Elle a vraiment changé à partir du moment où j’ai vu comment il dirigeait l’opéra Katia Kabanova [de Janácek]. […] Lorsque je suis venu pour la première fois à Prague, j’ai été littéralement ébloui par la grandeur de la musique de Janàcek. Elle était tellement fascinante et tellement différente de ce que j’avais connu auparavant, que j’en suis tombé immédiatement amoureux. J’ai commencé à l’étudier pour y demeurer fidèle pendant toute ma vie», affirmera l’Australien à la radio tchèque quelque cinquante ans plus tard*.

Cet opéra, Katia Kabanova, Mackerras s’empresse de le créer à Londres en 1951, alors qu’il commence à signer des contrats avec des compagnies d’opéra. Il fait ses débuts à Coven Garden en 1963 avec Lady Macbeth de Dimitri Chostakovitch (voir notre dossier sur Chostakovitch, et spécialement le point II pour une analyse de cette œuvre). La reconnaissance internationale s’offre alors à lui. Progressivement, Mackerras est invité à diriger à New-York, Paris, Vienne, ainsi que Prague, naturellement, à laquelle il resta très lié. Tout au long de sa prolifique carrière, il fut un fervent défenseur de l’opéra, dirigeant aussi bien Janàcek (son favori) que Charles Gounod, Gaetano Donizetti ou encore Richard Wagner. Mais, homme d’ouverture et d’éclectisme, Mackerras ne s’est pas arrêté au répertoire moderne et romantique : il a également dirigé Georg Friedrich Haendel, Christoph W. Gluck, Joseph Haydn et Johann Sebastian Bach avec grand succès. Associé aux plus grandes phalanges internationales comme l’Orchestre Philharmonia ou la Philharmonie Tchèque, le chef australien dirige également des formations spécialisées dans la musique baroque comme l’Orchestre de St. Luke ou encore l’Orchestre de l’Âge des Lumières.

Accumulant les honneurs, Sir Charles Mackerras a été récemment décoré – décoration qui a très certainement été particulièrement chère à son cœur – de la médaille Artis Bohemiae Amici (ami des arts de Bohême), pour son dévouement à la musique tchèque. Il aurait, preuve de son attachement, fêté son 85e anniversaire, le 17 novembre 2010, en concert avec la Philharmonie Tchèque...La République Tchèque fut d’ailleurs sa patrie d’adoption : très aimé dans ce pays, il en parlait la langue, et connaissait parfaitement son riche répertoire musical. Il n’est pas exagéré d’avancer que Mackerras est devenu au fil des années un représentant de l’école tchèque de direction d’orchestre, aux cotés des grands tels Talich, Ancerl, Kubelik et Neumann...

Ce dévouement à la musique tchèque, Mackerras l’a également amplement démontré au disque. Au premier lieu, on ne saurait faire l’impasse son intégrale de référence des opéras de Janácek avec le Philharmonique de Vienne et des chanteurs de renommée internationale (DECCA). Ensuite, pour citer une œuvre moins connue, la Légende d’été de Joseph Suk avec la Philharmonie Tchèque (DECCA), à découvrir. Il serait impossible de citer tous ses très nombreux enregistrements pour des labels comme EMI, Supraphon, DG… Il accompagne le baryton Bryn Terfel dans un splendide récital Georg Friedrich Haendel (DG). Signalons enfin que son enregistrement de la 104e symphonie de Haydn avec l’Orchestre de St. Luke (Telarc) est récemment arrivée en tête d’une écoute comparée réalisée par un magazine (mais chut pas de pub). Il est plus que probable que les prochains mois voient la publication d’hommages discographiques sous forme de coffrets : à bon entendeur !

L’image de Sir Charles Mackerras restera celle d’un chef engagé, dévoué à son art et soucieux d’ouvrir le public à de nouveaux répertoires. Adversaire du sectarisme, il cultiva au contraire l’ouverture au cours de près de 60 années d’une carrière riche de nombreux concerts et enregistrements. Il a maintenant rejoint son maître Vaclav Talich et son cher Leos Janàcek. Quel spectacle exaltant ce doit être, que d’entendre ces trois là parler musique dans les azurs de l’au-delà…

 

*Source : Radio Tchèque, http://www.radio.cz/fr/article/129876

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