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Voyage musical tchèque

Antonin, le 20/01/2008

Il existe en Europe quatre "grandes" écoles musicales : les écoles germanique, française, italienne et russe. Nous vous proposons de délaisser brièvement ce répertoire pour des contrées plus exotiques. Prenez vos valises, vous partez pour la République Tchèque.

Le charme slave, les eaux claires de la Moldau, les prés verdoyants, les forêts enchanteresses... (non, vous n’êtes pas dans un catalogue de voyages ;) ). Dans la musique tchèque, on pense évidement tout de suite à Antonin Dvorak et ses chefs-d’œuvres immortels comme la 9e symphonie ou le concerto pour violoncelle. Il y a également Bedrich Smetana, avec sa fameuse Moldau. Mais une grande partie des musiciens tchèques sont peu connus, comme Vítězslav Novák ou encore Leoš Janáček. C’est le monde de tous ces musiciens, ainsi que leur pays natal, que nous vous invitons à découvrir...

I. Un peu d’histoire

Depuis le 1er mai 2004, la République Tchèque fait partie de l’Union Européenne. Pourtant on connaît assez peu ce pays d’Europe centrale, dont la formation est relativement récente. La plus grande partie du pays est formée par la région historique de Bohème. Celle-ci a une histoire qui remonte très loin. Il est intéressant de se pencher sur l’histoire du pays, car elle va beaucoup influencer la musique nationale. Les compositeurs tchèques ont beaucoup puisé dans le réservoir de la musique populaire et sont allés chercher leur inspiration dans les événements historiques...

Le nom de Bohème viendrait d’un peuple celte, les Boïens, implantés dans la région depuis le Ve siècle avant notre ère. Diverses invasions se succèdent comme dans toute l’Europe, amenant des tribus slaves sur le territoire. Vers le IXe siècle, le christianisme arrive en Bohème, qui fait alors partie du royaume de Grand Moravie, lequel fut fondé vers 830 (la Moravie est l’autre région historique de la République Tchèque, dont elle représente environ un tiers de la superficie). Les saints Cyrille et Méthode inventent alors l’alphabet glagolitique (proche du cyrillique) pour traduire le nouveau testament et évangéliser la Bohème et la Moravie. Le pouvoir des Bohémiens (Tchèques) s’installe vers le Xe siècle. Mais rapidement, en 950, la famille régnante doit reconnaître la suprématie des voisins germains, et la Bohème intègre le Saint Empire.

Au début du XVe siècle, la Bohème va connaître un épisode marquant de son histoire, qui va être, en quelque sorte, à la base du sentiment national tchèque. Ces événements sont connus sous le nom de Révolte Hussite, du nom des adeptes de Jan Hus, réformateur religieux dont les idées préfiguraient celles du protestantisme. Le martyr de Hus (qui fut brûlé par l’Eglise) déclencha un mouvement national de révolte, dont le lieu principal de rassemblement fut la ville de Tà bor (retenez ce nom, nous le retrouverons). Vers 1419, la Bohème avait acquis l’indépendance. Le pape déclara alors une croisade contre les Hussites, s’en suivirent plusieurs guerres qui virent la victoire des Hussites. Le concile de Bâle de 1431 accorda à la Bohème une relative autonomie en matière religieuse. Finalement, elle "rentra dans les rangs", mais l’épisode hussite avait fortement marqué l’esprit national. Nous retrouverons chez certains compositeurs des allusions à cette période historique.

La révolte hussite avait stimulé le sentiment national bohémien, contrariant les tentatives de germanisation des puissants voisins de la Bohème. En 1526, Ferdinand Ier de Habsbourg monte sur le trône de Bohème : désormais, le destin de celle-ci sera lié à celui de l’Autriche et de l’Empire austro-hongrois. À cette occasion, la Moravie, autre région historique de la République Tchèque, est rattachée à la Bohème : leur histoire se confond à partir de là. Suite à la répression de la réforme protestante et à la guerre de 30 ans, les privilèges nationaux sont supprimés, et la langue allemande imposée au peuple tchèque. Les réformes de Ferdinand II (fin du XVIIIe siècle) ravivent le nationalisme tchèque, et une révolte est à nouveau réprimée en 1848 (date à laquelle Bedrich Smetana fonde son école nationale de musique à Prague). Les tchèques continuent à lutter farouchement pour leur autonomie au sein de l’Empire, autonomie qu’ils finiront par obtenir à la chute de ce dernier en 1918. Vint alors la formation de la Tchécoslovaquie, constituée de la Bohème, de la Moravie et de la Slovaquie. La cession de cette dernière en 1993 entraîne la formation de l’actuelle République Tchèque, composée de la Bohème et de la Moravie, avec Prague pour capitale.
 

Le Théâtre national Tchèque de Prague (aussi appelé Rodolfinum), un monument important de l’histoire Tchèque
Le Rodolfinum (Prague), un monument important de l’Histoire tchèque

II. Histoire et Musique

Pardon pour cet intermède historique un peu long, mais art et histoire sont toujours étroitement mêlés ! Par exemple, Tà bor (ville de rassemblement des Hussites) est le titre de la cinquième partie du cycle Ma Patrie de Smetana (voir la partie "les tubes"). Autre exemple : Antonin Dvorak est l’auteur d’une Ouverture Hussite, qui utilise le thème d’un chant hussite célèbre en Bohème, "nous sommes les combattants de Dieu". Ce même thème est utilisé dans les 2 derniers poèmes symphoniques du cycle Ma patrie, dont Tabor...

Souvenez vous : au IXe siècle, le glagolitique est inventé pour évangéliser la Bohème. Et en 1926, plus de mille ans plus tard, Leos Janacek crée sa Messe glagolitique, une de ses œuvres maîtresses, chantée en...glagolitique, précisément.

Inutile de poursuivre les exemples pour démontrer que la musique tchèque est profondément liée à son héritage historique et au sentiment national qui habite ses compositeurs. Ce sentiment est particulièrement important pour les compositeurs du XIXe siècle, dont le pays n’est pas encore indépendant. Antonin Dvorak composa une ouverture, prélude d’une grande œuvre dédiée à sa patrie qui ne verra finalement pas le jour. Cette ouverture porte le titre de Mà Vlast, littéralement...Ma patrie : eh oui, le même titre que le fameux cycle de Smetana ! C’est dire si le thème est cher aux compositeurs tchèques de l’époque. Pour ne pas prêter à confusion, on traduit généralement le titre de l’œuvre de Dvorak par Mon pays natal.

Plus proche de nous, Ladislav Vycpalek (1882-1969) compose en 1940 un Requiem tchèque. Écrite sous l’occupation nazie, créée en pleine guerre en 1943, l’œuvre est un hommage aux souffrances du peuple tchèque mais elle porte également un fort message d’espoir dans le futur de la nation. Elle est découpée de manière originale : 4 parties imposantes, chacune faisant plus de 20 minutes pour un total d’une heure trente environ.

À la même époque, le 19 mai 1940, la sonate pour violon et violoncelle numéro 1 de Martinu est applaudie à sa création parisienne, même si c’était peut-être plus la Tchécoslovaquie, "sacrifiée" à Munich, que les parisiens applaudissaient. Encore une fois, la musique tchèque était étroitement liée à son pays. Bien sur, Martinu vécu de nombreuses années en France (il étudia avec Albert Roussel) et ailleurs, mais il n’en cessa pas moins de revendiquer le statut de compositeur tchèque.

Le nationalisme musical tchèque se manifeste aussi (et surtout) dans l’usage de la langue tchèque. En effet, la pression de l’occupant autrichien est assez forte pour imposer l’allemand comme langue nationale. Or, on le constate : Smetana, initiateur de l’école lyrique nationale, tout comme Dvorak et surtout Janacek, utilisent le tchèque dans leurs opéras et œuvres vocales. Ce dernier, auteur de 5 ouvrages lyriques majeurs, passa toute sa vie à Brno (capitale de la Moravie), ville de seconde importance à l’époque, simple satellite de Vienne. Il s’attache à composer en utilisant le tchèque, ce qui fait qu’une importante dimension psychologique de ses œuvres échappe à l’auditeur qui ne comprend pas la langue. Paradoxalement, c’est Max Brod, en traduisant en allemand, langue à laquelle voulaient échapper les artistes tchèques, qui rendit le plus grand service à Janacek : ainsi traduits, ses opéras purent enfin franchir les frontières et acquérir, tardivement, la notoriété qui leur était due. On trouve d’ailleurs des productions assez récentes dans le texte traduit. Ainsi par exemple, un DVD récemment réédité de La Fiancée vendue, l’opéra le plus célèbre de Smetana, est chanté en allemand...en on était en 1982 !

Le romancier tchèque Milan Kundera s’est beaucoup attaché à défendre la culture de son pays (notamment Kafka et Janacek), peut-être justement parce qu’il en a été déraciné, ayant dû fuir l’invasion soviétique après le Printemps de Prague. Dans Les testaments trahis, Kundera avance une explication pour cette propension à la défense des intérêts nationaux qu’ont les compositeurs tchèques. M. Kundera nous pardonnera sans doute de reproduire ici un extrait de son livre, c’est dans un but totalement désintéressé (je ne suis même pas payé pour mes dossiers ;) ) : "Dans leur majorité, les petites nations européennes se sont émancipées et sont arrivées à leur indépendance au cours des XIXe et XXe siècles. Leur rythme d’évolution est donc spécifique. Pour l’art, cette asynchronie historique a souvent été fertile en permettant d’étranges téléscopages d’époques différentes, ainsi Janacek et Béla Bartòk participèrent-ils avec ardeur à la lutte nationale de leurs peuples, c’est leur côté XIXe siècle : un sens extraordinaire du réel, un attachement aux classes populaires, à l’art populaire, un rapport plus spontané au public ; ces qualités, alors disparues de l’art des grands pays, se lièrent avec l’esthétique du modernisme en un mariage surprenant, inimitable, heureux."*. En effet, l’attachement national distingue fondamentalement les compositeurs d’Europe centrale de leurs collègues des "grands pays". À cette époque, en France, en Allemagne ou en Autriche, l’heure est à l’exotisme : L’heure espagnole de Maurice Ravel, Pagodes d’Achille Claude Debussy, Salomé de Richard Strauss, la liste est longue.


Le rocher de Vysherad surplombant la Vlatva. À   gauche, l’église Saint Paul
Le rocher de Vysherad surplombant la Vlatva. À gauche, l’église Saint Paul.


Le rapport à l’art populaire et notamment au folklore musical est également de première importance chez les compositeurs tchèques.

* Milan Kundera, Les testaments trahis (Gallimard), p.230

III. Folklore et musique

Le mode d’expression privilégié de la musique populaire est bien sûr la danse. Le très germanique Johannes Brahms lui-même a été attiré par ces danses d’Europe centrale, attirance qui donna naissance aux fameuses Danses hongroises. Dvorak lui aussi s’essaya à cet exercice mais ne se contenta pas de transcrire les mélodies entendues dans les contrées de sa Bohème natale : il composa ses propres mélodies sur des rythmes de danses folkloriques (Dumka, Furiant, Sousedska, etc.). Il introduit également des danses non tchèques dans le deuxième recueil de danses : Mazurka, Polonaise... À noter que le fameux trio Dumky du même Dvorak est lui aussi composé de Dumka (Dumky est le pluriel de Dumka). Certaines de ces danses slaves on acquises une grande notoriété et sont parfois jouées indépendamment, en complément ou en bis.

Dvorak n’est pas le seul : Smetana et Janacek on aussi été intéressés par les danses. Rappelons ici que Janacek est un Morave, ce seront donc pour lui des Danses Moraves. Smetana, quant à lui, outre ses danses tchèques pour piano, introduira des motifs populaires dans ses opéras (comme dans Dalibor par exemple). Il faut bien entendu citer le poème symphonique Par les prés et les bois de Bohème, dont l’un des épisodes décrit une fête paysanne par un thème dansant assez marquant.

La trace du folklore en musique se trouve également dans l’utilisation de légendes nationales comme sujet d’œuvres musicales. Les poèmes symphoniques de Dvorak par exemple sont tous issus d’un certain univers magique et folklorique. Leurs titres suffisent pour se sentir déjà en partie transporté dans les obscures forêts de Bohême : l’Ondin, la Sorcière du midi, le Rouet d’or, le Pigeon des bois, le Chant du héros... Son opéra majeur, Rusalka, est lui aussi inspiré d’une légende : Rusalka est une Ondine, une sirène qui vit dans un lac. Elle tombe follement amoureuse d’un prince humain, et supplie une sorcière de lui donner des jambes (Walt Disney n’a rien inventé ^^). Mais le prince la trahit, et bien qu’il se repente, elle se tue devant lui... La liste est longue, aussi arrêterons-nous cette énumération par la cantate La fiancée du spectre.

Une vieille légende tchèque veut que, lorsqu’une personne est sur le point de mourir, une chouette chevêche s’attarde autour de sa maison et refuse de s’envoler. Nous retrouvons cette légende populaire dans un recueil de pièces pour piano de Janacek, Le chevêche ne s’est pas envolé, compris dans le cycle Sur un sentier broussailleux. Alors qu’il faisait travailler le jeune pianiste Fikursny (qui deviendra un soliste international), Janacek lui conseilla de "jouer cela vite, en essayant de chasser la chouette" puis il biffa la mention pianissimo au début de la pièce, pour la remplacer par un fortissimo et répéta "tu essayes de chasser la chouette, tu ne peux plus la voir !"...

IV. "Ma patrie" de Smetana : un voyage à travers la Bohême

Œuvre emblématique de son auteur, et même de toute la musique tchèque, Ma patrie se compose de 6 poèmes symphoniques. Le plus célèbre est évidement la Moldau.

Lorsqu’on connaît l’argument de chacune des œuvres, on ne peut s’empêcher de voir dans le cycle un voyage à travers les paysages et l’histoire de la Bohême. En fait, la construction est meme symétrique : trois poèmes symphoniques sur l’histoire, trois sur le paysage actuel (de l’époque de Smetana, évidement). Nous vous invitons à nous suivre dans ce périple...Attachez vos ceintures.

Le premier poème symphonique, Vysehrad, porte le nom d’un grand rocher situé sur la Moldau et surplombant Prague. Là se tient une antique forteresse, berceau du pouvoir des princes de Bohême. Le thème principal, d’une indicible grandeur, se déploie lentement, d’abord esquissé aux harpes, puis montant peu à peu jusqu’à atteindre le climax (apogée de la tension). On a l’impression d’être un observateur minuscule devant le grandiose paysage...

Ensuite, la deuxième partie nous emmène au fil de cours de La Moldau, qui est en fait le nom allemand de la rivière Vlatva. La mélodie des bois semble couler d’elle-même et nous fait traverser forêts enchanteresses et champs dorés. À la fin du poème, le cours de la Moldau passe par le Vysehard, avant d’entrer dans Prague : on réentend alors le thème du rocher issu du premier poème symphonique.

La troisième partie porte le nom d’une héroïne légendaire, Sarka. Mensonge, amour, trahison : la pièce décrit tout un panel de sentiments humains. Encore une marque de l’attachement au folklore national.

Par les prés et les bois de Bohème, quatrième poème, contient sa description dans son titre. Le premier thème insistant aux violons nous plonge dans la grandeur d’un paysage qui n’en finit pas de changer, alternant passages calmes et agités, ici un rythme de danse villageoise, là le doux murmure de la forêt. C’est un véritable voyage dans le voyage au travers des paysages de Bohême.

Les deux derniers poèmes sont liés et concernent directement l’histoire du pays. Tabor, d’abord (pardonnez cette allitération facile) est le nom, on l’a vu, de la ville qui accueillit les Hussites dans leur lutte. Le morceau est la peinture de la bataille victorieuse de ceux-ci, et comporte le thème du chant traditionnel hussite "nous sommes les combattants de Dieu", martelé avec force et insistance.

Enfin, Blanik commence en reprenant ce meme thème, qui s’apaise avant de se transformer en marche triomphale et de conclure le cycle : en effet, Blanik est le nom de la montagne légendaire sur laquelle se seraient retirés les guerriers hussites, prêts à revenir défendre leur pays lorsque cela sera nécessaire. Dans le contexte de l’éveil du nationalisme tchèque, cette conclusion victorieuse faisant allusion aux Hussites n’est certainement pas anodine...

Ainsi s’achève le voyage initié une heure plus tôt, à travers la Bohême et son histoire. En dehors de l’orchestration chatoyante et des mélodies subtiles, le cycle de Ma patrie donne aussi l’occasion d’entendre tout un panel d’expressions, de la contemplation de la nature à la guerre, de l’amour à la haine. Nous ne saurions trop conseiller son écoute à ceux qui ne connaissent pas l’œuvre (ou qui ne connaissent que la Moldau). Voir plus bas pour une discographie sélective.

V. Les interprètes

Une musique, pour vivre et être diffusée, doit etre servie par des interprètes. Contrairement à l’adage selon lequel "nul n’est prophète en son pays", les musiciens tchèques se sont toujours imposés dans l’interprétation de leur musique nationale. Nous allons essayer de brosser un bref aperçu de l’école d’interprétation tchèque, en espérant n’oublier personne (d’avance, si c’est le cas, nous nous en excusons auprès des personnes concernées ^^).

Les chefs d’orchestre

Vaclav Talich : à tout seigneur, tout honneur. Nous nous devions de commencer par le vénérable maître, celui par qui tout commença. Il est nommé pour la première fois à la tète de l’Orchestre Philharmonique Tchèque en 1917, et il en devient rapidement le seul chef titulaire. C’est lui qui va réellement fonder l’école d’interprétation tchèque, et il restera à la tête de l’orchestre jusqu’en 1950. L’Orchestre Philharmonique Tchèque, héritier de la tradition depuis Dvorak, est d’ailleurs l’un des éléments fondamentaux du paysage musical tchèque. Talich formera de grands chefs qui perpétueront sa tradition comme Krombholc, Mackerras et Ancerl.

Karel Ancerl : le lecteur remarquera sans doute à la lecture de la discographie qui va suivre un certain penchant (pour ne pas dire obsession !) que nous avons pour ce chef. Merveilleux musicien pourtant peu connu par chez nous, Karel Ancerl succéda à Talich à la tète de l’orchestre national en 1950 (après son retour de déportation à Auschwitz). C’est lui qui donnera son statut international à la formation (classé par la critique européenne parmi les 10 meilleurs au monde, lors d’une enquête en 2006). De nombreux enregistrements pour Supraphon permettent d’apprécier l’art d’Ancerl, aussi bien dans Smetana et Dvorak que dans Ludwig van Beethoven ou Sergueï Sergueïevitch Prokofiev. En tournée à l’étranger lors de l’invasion soviétique de son pays, il décida de rester au Canada et prit les commandes de l’orchestre de Toronto.

Rafael Kubelik : sans doute le plus connu chez nous des chefs tchèques, Kubelik mena une carrière internationale (c’est sans doute la raison de sa notoriété). À la tête d’orchestre prestigieux comme l’Orchestre Symphonique de Boston ou l’Orchestre de la Radio Bavaroise, Kubelik contribua à faire connaitre les chefs d’œuvres de son pays natal.

La liste pourrait continuer : Jaroslav Krombholc (moins dur à prononcer qu’à écrire ^^), merveilleux chef d’opéra, Vaclav Neumann, qui prit la succession d’Ancerl à la Philharmonie Tchèque. Un étranger, si l’on peut dire : Sir Charles Mackerras, de nationalité australienne, formé par Talich, qui défendit lui aussi avec passion la musique tchèque et dirigea régulièrement l’orchestre national. Enfin, nous serions impardonnables d’ignorer "l’école de Brno", avec Frantisek Jilek (ils ont des ces noms, "ils sont fous, ces Tchèques !", dirait Obélix) et son Orchestre Philharmonique de Brno (rappelons que Janacek était de Brno, Morave et non Bohémien).

Un château en Bohême
Un château en Bohême

Autres interprètes

Jan Talich et le Quatuor Talich : le neveu de Vaclav Talich, merveilleux altiste, fonda le quatuor éponyme trois ans après la mort de son père. La formation s’est vite imposée dans le monde entier, acclamée pour ses intégrales des quatuors de Beethoven et de Mozart, et se montrant insurpassable dans son répertoire national.

Quatuor Prazak : autre quatuor tchèque célèbre.

Josef Suk : il est le petit-fils du compositeur Josef Suk, lui-même beau-fils de Dvorak, on peut dire que la filiation tchèque est inscrite dans ses gènes. Incomparable dans les interprétations des œuvres de ses ancêtres, comme le concerto de Dvorak ou la Fantaisie de Suk, le violoniste s’est aussi fait connaître pour son interprétation, avec son compatriote Julius Katchen, des sonates pour violon et piano de Brahms, considérée comme l’une des meilleures.

Discographie sélective

Un voyage musical doit évidement passer par l’écoute. Nous vous proposons ici quelques jalons pour découvrir le répertoire tchèque et notamment certaines des œuvres que j’ai citées plus haut. Il ne s’agit pas d’une liste exhaustive et l’on peut sans doute trouver d’autres bons disques. Vous trouverez aussi une courte description des œuvres.

La discographie de la musique tchèque peine parfois à parvenir jusque chez nous. Hormis celle de Dvorak, elle n’est pas toujours très étoffée, ou disponible dans le commerce. Heureusement, la musique tchèque bénéficie de l’œuvre de deux labels, Praga et surtout Supraphon, qui se consacrent à la publication des interprètes tchèques. On citera notamment deux collections du label : la "Karel Ancerl Gold Edition" (que nous appellerons pour plus de simplicité KAGE) et la "Vaclav Talich Special Edition" (VTSE). La collection KAGE est d’une très grande qualité et présente l’art de ce fantastique chef qu’était Ancerl en 42 volumes. Très variée, on y retrouve aussi bien des classiques tchèques que quelques étrangers, qu’Ancerl aborde avec un égal bonheur, et certains compositeurs tchèques inconnus par chez nous qui méritent d’être découverts. Pour chaque disque d’Ancerl, nous préciserons le numéro dans la collection KAGE. La collection VTSE bénéficie également de très bonnes interprétations, mais ce sont des enregistrements plus anciens dont il faut signaler la qualité parfois rébarbative.

Antonin Dvorak (1841-1904)

Symphonie numéro 9 "du nouveau monde" Op. 95. S’il y a une œuvre célébrissime et maintes fois enregistrées dans la musique tchèque, c’est celle-ci. Aussi les bonnes versions ne manquent-elles pas, nous n’en proposons que quelques-unes.

Ferenc Fricsay, Orch. Phil. de Berlin (+ Smetana, Franz Liszt). : Superbe vision de la 9e, sans doute parmi les meilleures, richesse des intonations de l’orchestre et rythmes emballés. Le Lento est bouleversant de mélancolie. Compléments de premier ordre avec la Moldau, extrait de Ma patrie de Smetana, tout en fluidité, et des Préludes de Liszt grandioses. [Deutsche Grammophon]
Karel Ancerl, Orch. Phil. Tchèque (+ ouvertures) : version de référence que nous n’avons pas (encore) écoutée [Supraphon, K.A.G.O. numéro 2]
Vaclav Talich, Orch. Phil. Tchèque (+ symphonie numéro 8) : autres enregistrements de référence récemment réédités, pour découvrir la vigueur rythmique et l’influx nerveux du vétéran Talich. [Supraphon VTSE 13]
autres versions intéressantes : Léonard Bernstein, Rafael Kubelik...
Concerto pour violoncelle numéro 2 Op. 104. Autre œuvre célèbre, là aussi les versions ne manquent pas.

Mistslav Rostropovitch, Adrian Boult, Orch. Phil. de Londres : si l’on peut regretter le manque de clarté de l’orchestre et la direction peut être un peu empesée, la virtuosité du soliste et le souffle lyrique font de cette version une approche de qualité, disponible a petit prix [EMI]. Autre version, plus célèbre, avec Herbert von Karajan / Berlin cette fois, que nous n’avons pas écoutée, mais à conseilleur les yeux fermés ! [Deutsche Grammophon]
Pierre Fournier, George Szell, Orch. Phil. de Berlin: le jeu distingué et ascétique de Fournier se marie à merveille avec la science de la couleur orchestrale de Szell. Version de référence [ Deutsche Grammophon]
La fiancée du Spectre Op. 69 : œuvre peu connue, idéale pour se familiariser avec la cantate tchèque, réservant de grandes beautés, sombre et poétique à la fois...

Jaroslav Krombholc, Chœur et Orch. Phil. Tchèque et divers chanteurs (+ Novak): c’est le seul enregistrement disponible à notre connaissance, et de qualité. Les voix sont impeccables, et Kromcholc réussit à rendre merveilleusement l’atmosphère sombre et surnaturelle de l’œuvre. À découvrir aussi, la cantate “ La Tempête “ de Vyteslav Novak sur le même album, pour approcher ce compositeur méconnu. [Supraphon]
Ouvertures : les ouvertures de Dvorak sont au nombre de 5, composées d’un triptyque "nature, vie et amour", qui donnera les ouvertures Dans la nature, le célèbre Carnaval et Othello. Restent encore Mon pays natal et "l’ouverture hussite" (Husitska) dont nous avons parlé plus haut.

Karel Ancerl, Orch. Phil. Tchèque : disque de référence qui regroupe les cinq opus, Ancerl n’a pas son pareil pour faire ressortir la veine nationaliste de ces pages, avec un orchestre toujours irréprochable. On peut aussi retrouver ces enregistrements en complément des enregistrements de la 9e et de la 6e symphonie par Ancerl, respectivement KAGE 2 et 19. [Supraphon]
Rafael Kubelik, Orch. Symph. de la Radio Bavaroise (+ poèmes symphoniques) : double CD idéal pour découvrir à la fois les ouvertures et les poèmes symphoniques. Kubelik, chantre de la musique tchèque à l’étranger mène ses musiciens avec vaillance dans ce voyage au cœur de son folklore national. [Deutsche Grammophon]
Danses slaves Opp. 46 et 72. : pièces essentielles, ces danses sont des rythmes issus des traditions populaires tchèques, sur lesquels Dvorak a composé ses propres mélodies.

Vaclav Neumann, Orch. Phil. Tchèque: le successeur d’Ancerl à la Philharmonie Tchèque insuffle tour à tour poésie et tension aux danses, avec un orchestre toujours aussi à l’aise dans son répertoire favori. [Supraphon]
Concerto pour violon Op. 53 : moins connu que le concerto pour violoncelle, le concerto pour violon n’en est pas moins un chef-d’œuvre à la saveur toute slave (voir notamment son dernier mouvement dansant).

Josef Suk, Karel Ancerl, Orch. Phil. Tchèque (+ Suk): qui mieux que l’arrière petit-fils de Dvorak, Josef Suk, peut défendre ces pages qui sont inscrites dans son sang ? Son jeu au phrasé subtil et au lyrisme chaud convient parfaitement pour cela. Il excelle particulièrement dans la Fantaisie pour violon et orchestre de son grand-père Joseph Suk (beau-fils de Dvorak), qui allie douce mélancolie et verve dansante. Il est impeccablement accompagné par Ancerl et son orchestre au mieux de leur forme. [Supraphon, KAGE 8]
Rusalka : principal opéra de Dvorak, Rusalka s’inspire d’une légende nationale. Son fameux Air de la lune a acquis une notoriété internationale auprès des grandes cantatrices.

Sir Charles Mackerras, Orch. Phil. Tchèque, Renée Fleming, etc. : La voix chaude et puissante de Fleming est parfaite pour incarner le rôle titre de Rusalka. Autour d’elle, un plateau impeccable, en partie tchèque. Le chef australien mène avec vigueur un orchestre qui est comme une Rusalka (ondine) dans l’eau...[Decca]
Requiem. Peu connu à coté de ceux de Wolfgang Mozart, Giuseppe Verdi, Gustave Fauré ou Hector Berlioz, le requiem de Dvorak mérite cependant le détour. Il a profondément marqué la musique nationale, et les compositeurs tchèques s’en souviendront bien longtemps (on retrouve un de ses thèmes dans une composition de Otmar Mà chà en 1962...).

Karel Ancerl, Orch. Phil Tchèque, solistes : on retrouve encore Ancerl, grand spécialiste de Dvorak, qui rend merveilleusement l’atmosphère sombre et dramatique de l’œuvre, sans pathos excessif. Le Dies Irae vous dresse les cheveux sur la tête. À noter la présence dans le quatuor vocal de la célèbre basse suédoise Kim Borg. [Supraphon, KAGE 13]
Quatuor numéro 14 "américain" : cette œuvre fait partie des chefs-d’œuvres de la période américaine (avec le concerto pour violoncelle et la 9e symphonie).

Quatuor Talich : il existe deux versions, l’une sur le premier disque “ occidental “ de la formation originale, et la deuxième plus récente, après que le fils de Jan Talich (Jan jr) a repris les rênes. Toutes deux sont magnifiques de justesse et d’élégance, dans le plus pur style tchèque.

Trio Dumky : certainement la plus célèbre des œuvres de chambre de Dvorak, ce trio est composé de différentes danses "dumka".

Bedrich Smetana (1824-1884)

Ma patrie, cycle de poèmes symphoniques. (voir plus haut pour l’analyse).

Vaclav Talich, Orch. Phil. Tchèque: Talich à enregistré trois versions de l’œuvre avec la Philharmonie Tchèque. Si celles de 1929 et 1941 sont limitées par une captation forcement mauvaise au regard des standards actuels, elles ne déméritent évidemment pas quand à leur interprétation. Par contre, l’enregistrement de 1954 constitue l’une des plus importantes versions de l’œuvre. Elle est de plus disponible à petit prix depuis peu. [Naxos]
Karel Ancerl, Orch. Phil. Tchèque : à ce stade, le lecteur aura sans doute remarqué mon faible pour Karel Ancerl. Ce disque est celui qui fit naître cet intérêt : splendeur orchestrale (Ancerl fait ressortir chaque instrument et tire de magnifiques sonorités de son orchestre), souffle épique et grandiose, on s’imagine contempler les paysages de Bohème. Une vision plus moderne que celle de Talich et une autre référence. [Supraphon, KAGE 1]
Quatuor à cordes "de ma vie" : œuvre majeure de la musique de chambre de Smetana, ce quatuor à la modernité avant-gardiste préfigure Janacek.

Quatuor Talich [Calliope] : Leos Janacek (1854-1928)

Œuvres pour piano : on recense trois ouvrages majeurs dans le catalogue pianistique de Janacek : la sonate Scènes de rues (dont la moitié fut détruite par le compositeur), et deux cycles de pièces assez courtes : Dans les brumes et Sur un sentier broussailleux. Ces trois pièces figurent généralement sur le même disque (avec des compléments de moindre intérêt, datant généralement de la jeunesse de Janacek).

Aldo Ciccolini - The Janacek Album : ce disque comprend les trois pièces citées ci-dessus, plus un cycle de variations assez académique, Variations pour Zdenka. La justesse de ton du grand Aldo n’est jamais prise en défaut. Disque de mélomane, à la pochette “ luxueuse “ et au livret très intéressant, nous le recommandons vivement ! [Soupir Edition]
Messe Glagolitique : ouvrage surprenant à plus d’un titre, cette messe est à la fois originale de par son contenu et libre par sa forme. Solos virtuoses d’orgue, rythmes orchestraux barbares, grand chœurs, tout y est pour surprendre l’oreille.

Karel Ancerl, Orch. Phil. Tchèque (+ Tarass Bulba) : oui, encore lui ;) mais bon, on ne se refait pas... Splendeur de l’orchestre et des chœurs, direction géniale, que dire de plus? Le complément est de tout premier ordre : Tarass Bulba, rhapsodie pour orchestre d’après Gogol, est un des sommets de l’écriture orchestrale de Janacek. [Supraphon]
Sinfonietta : sans doute une des œuvres le plus célèbres de Janacek, la Sinfonietta fait preuve de l’originalité qui caractérise son auteur. L’œuvre nécessite un important renfort de cuivres, et se compose de cinq mouvements qui décrivent chacun un quartier de Brno. Le caractère patriotique (cuivres = fanfares = militaire...) est indéniable, et Janacek célèbre ici la jeune nation Tchèque (nous sommes en 1926, 8 ans après l’indépendance).

Frantisek Jiliek, Orch. Phil. de Brno : ce disque mériterait un article à lui tout seul. En plus de proposer une très bonne interprétation de la Sinfonietta, il comprend la très rare "Symphonie du Danube", non terminée par Janacek et reconstituée ici pour la première fois. Enfin, le concerto pour violon, lui aussi peu joué (assez court) et une musique de scène complètement l’ensemble. Tout cela pour un prix très abordable...Que demande le peuple ? [Supraphon]
Quatuors à cordes numéros 1 "d’après la sonate à Kreuzer de Tolstoï" et 2 "lettres intimes" : les deux quatuors de Janacek sont assez brefs, et généralement couplés au disque. Le premier s’inspire de l’intrigue du roman de Tolstoï, décrivant les émotions de l’héroïne grâce à un discours résolument moderne. Le deuxième quatuor nous fait lui entrer dans le monde intime de Janacek.

Quatuor Janacek (+Novak, quatuor numéro 2) : à court de qualificatif pour cette discographie...Bonne interprétation de trois œuvres intéressantes ^^

Quatuor Talich [Calliope] : Ladislav Vycpalek (1882-1969)

Requiem Tchèque (Mort et Rédemption) Op. 24 : nous en avons parlé plus haut, c’est vraiment là une œuvre exceptionnelle. Vycpalek est un compositeur littéralement inconnu (on a même du mal à trouver des informations sur lui sur Internet). Il est plus fameux en République Tchèque où certains chefs s’attachent à faire connaître sa musique. Le Requiem mérite vraiment le détour, c’est un grandiose hymne à la liberté et en la croyance à un monde meilleur (avec de superbes et puissants chœurs).

Karel Ancerl (+ Otmar Macha) : seule version à notre connaissance disponible par chez nous (encore une fois grâce à la merveilleuse collection KAGE), cette interprétation est exceptionnelle. Elle est de plus chargée d’histoire, puisque enregistrée en direct en plein Printemps de Prague, alors que le petit pays tentait de résister à la pensée unique du totalitarisme. Ancerl entretient la flamme qui habite cette musique, composée sous l’occupation allemande, et tous les interprètes donnent leur meilleur pour tendre vers le sublime et la Rédemption (j’ai dit^^). Le complément a le mérite de nous proposer une œuvre contemporaine tchèque, d’Otmar Macha "variations sur un thème et sur la mort de Jan Rychlik" ce dernier étant lui aussi un compositeur tchèque d’avant-garde. Une curiosité à découvrir. [Supraphon KAGE 21]

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Commentaires des internautes

Anonyme, le 26/04/2014 à 20h47
comme on connait peu l’art tchèque....pierre

Anonyme, le 14/01/2015 à 19h13
Formidable article très supérieur à ceux de wikipédia. Je connaissais Smétana (la Moldau, bien sûr... presque toujours présente sur les enregistrements de la 9ème symphonie de Dvorak), donc Dvorak et un peu Janacek (grâce à 1q84 de Murakami) et je viens de m’acheter (en Angleterre) un double CD de Josef Suk (symphonie et autres morceaux) et je suis conquis. Bravo !
Raymond Audemard

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