« Musique classique : les compositeurs sortent de l’ombre »
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Compositeurs : que pensent-ils les uns des autres ?

azerty, le 23/01/2015

À part Johann Sebastian Bach et Wolfgang Mozart qui font l’unanimité, peu de compositeurs ont échappé à la critique. Et dans cet exercice, leurs collègues (à part le bon ″papa Haydn″) ne sont pas les moins sévères... Quelques exemples par ordre chronologique :

Joseph Haydn

Lorsqu’il eut la révélation des sonates de Carl Philipp Emanuel Bach (écouter la WQ 62 n°19 en sol M, mvt 1), il écrivit : « Je ne quittai pas mon clavier avant de les avoir toutes jouées. Celui qui me connaît bien trouvera que j’ai de grandes obligations envers Emanuel Bach, que j’ai saisi son style et que je l’ai étudié avec soin. » Mozart de même déclare : « Emanuel Bach est le maître, nous sommes les écoliers ; si l’un d’entre nous a fait quelque chose de bien, c’est de lui qu’il l’a appris ».

À Leopold Mozart : « Je vous le dis devant Dieu, en honnête homme, votre fils est le plus grand compositeur que je connaisse, en personne ou de nom, il a du goût, et en outre la plus grande science de la composition ».

À Ludwig van Beethoven : « Vous avez beaucoup de talent et vous en acquerrez encore plus, énormément plus. Vous avez une abondance inépuisable d’inspiration, vous aurez des pensées que personne n’a encore eues, vous ne sacrifierez jamais votre pensée à une règle tyrannique, mais vous sacrifierez les règles à vos fantaisies ; car vous me faites l’impression d’un homme qui a plusieurs têtes, plusieurs cœurs, plusieurs âmes. »

Robert Schumann

D’abord rédacteur d’une gazette musicale, il fonde sa propre revue dans laquelle il s’attache à pourfendre la médiocrité « des philistins de l’arrière-garde réactionnaire ». Il n’épargne pas Giacomo Meyerbeer, pourtant au faîte de sa gloire, mais s’enflamme pour Frédéric ChopinHector Berlioz et Richard Wagner, encore inconnus. Il se lie d’amitié avec Franz Liszt et Felix Mendelssohn-Bartholdy et découvre Johannes Brahms.

Frédéric Chopin

Chopin fut l’ami de Berlioz et de Schumann, mais il n’appréciait que modérément leur musique, bien qu’il leur ait dédié certaines de ses compositions. Liszt témoigne d’ailleurs qu’il goûtait peu la musique de son temps ou de l’époque classique : « Il n’apportait pas la plus légère louange à ce qu’il ne jugeait point être une conquête effective pour l’art ».

Ludwig van Beethoven l’effrayait (comme Michel-Ange ou Shakespeare), Mendelssohn lui paraissait commun et il restait très nuancé sur Schubert. Il est par ailleurs resté totalement à l’écart des luttes musicales romantiques de son temps, contrairement à Berlioz ou Liszt. Par contre, il révérait Mozart (dont, selon son vœu, le Requiem fut joué à son enterrement) et Bach (dont il faisait travailler le Clavier bien tempéré à ses élèves).

Piotr Ilitch Tchaïkovski

S’il avait appris à estimer Rimski-Korsakov et sa musique, Tchaïkovski était très critique à l’égard des autres membres du Groupe des Cinq. Dans une lettre adressée à Mme von Meck, il écrit :

« Alexander Borodine ?... très doué, mais il a déjà cinquante ans, et le destin aveugle lui a assigné une chaire à l’Académie de Médecine, au lieu d’une carrière de compositeur. Excellent musicien, il ne peut cependant pas écrire une ligne sans se faire aider...

César Cui ?... Sa musique est élégante, coquette, soignée, mais que peut-on espérer d’un professeur de fortification absorbé par les cours qu’il donne dans toutes les écoles militaires de Pétersbourg ?...

Modest Moussorgski ?... Certainement beaucoup plus de talent que ces deux-là, mais le désir de se perfectionner lui fait totalement défaut, et puis c’est un homme trop imbu de lui-même et des idées ineptes de son entourage. Enfin, c’est une nature basse, éprise de ce qui est grossier, rude et laid... Moussorgski minaude avec son manque de culture musicale, semble fier de son ignorance, écrit tout ce qui lui passe par la tête, convaincu de l’infaillibilité de son génie. Et il a souvent des intuitions très originales : son vocabulaire est laid, mais il est neuf... ».

Achille Claude Debussy

Debussy affiche ses goûts quand il répond à Paul Landormy :

« Couperin, Rameau, voilà de vrais Français ! Cet animal de Gluck a tout gâté. A t-il été assez ennuyeux ! assez pédant ! assez boursouflé ! Son succès me paraît inconcevable. Et on l’a pris pour modèle, on a voulu l’imiter ! Quelle aberration ! Jamais il n’est aimable, cet homme ! Je ne connais qu’un autre musicien aussi insupportable que lui, c’est Wagner ! Oui ! ce Wagner qui nous a infligé Wotan, le majestueux, le vide, l’insipide Wotan ! ...

Après Couperin et Rameau, quels sont, selon vous, les grands musiciens français ? Que pensez-vous, par exemple, de Berlioz ?

Berlioz est une exception, un monstre. Il n’est pas du tout musicien ; il donne l’illusion de la musique avec des procédés empruntés à la littérature et à la peinture. D’ailleurs je ne vois pas grand-chose de particulièrement français en lui. Le génie musical de la France, c’est quelque chose comme la fantaisie dans la sensibilité ».

Et César Franck ?

Oh ! César Franck n’est pas français, il est belge. Mais oui ! il y a une école belge ; après Franck, Lekeu en est un des plus remarquables représentants, ce Lekeu, le seul musicien, à ma connaissance, qui ait subi l’influence de Beethoven. L’action de César Franck sur les compositeurs français se réduit à peu de chose; il leur a enseigné certains procédés d’écriture, mais leur inspiration n’a aucun rapport avec la sienne ».

Quel nom citerez-vous donc qui représente à vos yeux la musique française du XIXe siècle ?

J’aime beaucoup Jules Massenet. Massenet a compris le vrai rôle de l’art musical. Il faut débarrasser la musique de tout appareil scientifique. La musique doit humblement chercher à faire plaisir ; il y a peut-être une grande beauté possible dans ces limites. L’extrême complication est le contraire de l’art. Il faut que la beauté soit sensible, qu’elle nous procure une jouissance immédiate, qu’elle s’impose ou s’insinue en nous sans que nous ayons aucun effort à faire pour la saisir. Voyez Léonard de Vinci, voyez Mozart. Voilà de grands artistes ! »

(article ″L’état actuel de la musique française″, in La Revue bleue, 2 avril 1904)

Richard Strauss

Après le 1er acte du Pelléas et Mélisande de Debussy, il demande à son voisin : « Est-ce toujours comme cela ?... il n’y a rien... pas de musique... cela ne tient pas... c’est trop humble... il n’y a pas assez de musique pour moi, ici.... »

Sergueï Sergueïevitch Prokofiev

En 1915, Diaghilew lui déclare : « En matière d’art, vous devez aprendre à haïr, sinon votre propre musique perdra toute personnalité. » Prokofiev n’a pas à se forcer beaucoup car, dès ses débuts, il affirme : « J’ai horreur de l’imitation et j’ai horreur des choses déjà connues. »

Durant son séjour parisien dans les années 1920, il n’est pas tendre pour la musique française : « Il n’y a pas eu un musicien français de premier plan depuis l’époque de... Chabrier et de Georges Bizet. » Debussy ? « C’est de la gélatine, de la musique absolument invertébrée. » Erik Satie ? « Un fumiste ! »

Quant au Groupe de Six alors en vogue, il juge leur succès très exagéré : « La France victorieuse voulait l’être aussi en musique ; ainsi naquit l’intérêt exceptionnel accordé au Groupe des Six, intérêt que le Groupe des Six n’a pas totalement mérité. » Seul Maurice Ravel trouve grâce à ses oreilles : « C’est le seul en France qui sache ce qu’il fait. »

Olivier Messiaen

Olivier Messiaen n’obtint jamais la classe de composition du Conservatoire de Paris. Par contre, on créa pour lui une classe d’analyse qui connut une réputation internationale. Parmi ses élèves : Pierre BoulezMarius ConstantKarlheinz StockhausenIannis XenakisTristan MurailGérard GriseyAlain Louvier, etc.

Durant ses cours, il n’hésitait pas à formuler des jugements tranchants :

Heureusement, il lui arrive aussi d’être plus nuancé... C’est ainsi qu’il ne tarit pas d’éloge sur Mozart, sur le Berlioz de Roméo et Juliette, sur le Ravel de Daphnis et Chloé, sur le Stravinsky du Sacre, sur le Milhaud des Malheurs d’Orphée, sur le Jolivet de Mana, sur le Dukas d’Ariane et Barbe-Bleue, sur toute l’œuvre de Webern…

Francis Poulenc

Poulenc avoue au critique et musicologue Claude Rostand :

« Mes quatre auteurs préférés, mes seuls maîtres, sont Bach, Mozart, Satie et Stravinsky. Je n’aime point du tout Beethoven dont à mon sens, la musique est une maladie, un moyen d’expression de douleurs physiques. Je déteste Wagner car je n’aime pas la musique toc, les dragons de carton et les déesses mi-carême. La musique de Wagner est encore une maladie, c’est de l’art pour savants et vieilles femmes cosmopolites de grands hôtels. Je n’aime pas Franck, parce que ce n’est pas de l’art latin. C’est encore littéraire avec un côté mystique à la Huysmans que je n’aime guère. Vous connaissez mes trois plus grandes antipathies, c’est l’essentiel. En général je suis très éclectique mais, tout en reconnaissant que l’influence est une chose nécessaire, je déteste les artistes qui vivent dans le sillage des maîtres. C’est pourquoi si j’adore Debussy et si j’aime Ravel, à qui je préfère cependant Roussel, je meurs d’ennui (ici je vous susurre cela à l’oreille) à l’audition des oeuvres de Messieurs Schmitt, Caplet, Aubert, etc. Vous voyez, je suis franc, j’estime que je dois l’être. Maintenant, point capital, je ne suis pas un musicien cubiste, encore moins futuriste, et bien entendu pas impressionniste. Je suis un musicien sans étiquette. »

Anecdotes

- Au soir de sa vie, il se trouve que Sergueï Rachmaninov (et Arnold Schönberg) habite tout près d’Igor Stravinski à New-York. Ce dernier ne cherche pourtant pas à rencontrer son compatriote comme lui en exil. Finalement, un soir de l’été 1942, il se décide enfin à l’inviter... en précisant : « on parlera russe, mais pas de musique ! ».

(note : on rapporte la même superbe ignorance réciproque entre Stravinsky et Schönberg)

- En 1958, à Oxford, Chostakovitch et Poulenc sont intronisés ″doctor honoris causa″ mais ils s’ignorent complètement... Ils n’avaient en effet que peu de choses à se dire tant leur style était éloigné.

Voir aussi : Réjouissances pascales

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Le pom pom pom pom du début de la cinquième symphonie de Beethoven correspond en morse à la lettre V (3 notes brèves, 1 longue). V comme Victoire. C’est aussi pour cela que la BBC, pendant la deuxième guerre mondiale, l’a adopté comme indicatif de l’émission “les Français parlent aux Français” (écouter).

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