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Orchestre d’harmonie, brass band et autres fanfares

azerty, le 20/11/2016

Pourquoi un orchestre d’harmonie ?

Un orchestre d’harmonie est une formation composée uniquement d’instruments à vent (bois et cuivres) et à percussion (grosse caisse avec cymbale, timbales ou tambours). Le choix de limiter un orchestre aux instruments les plus sonores est justifié par la nécessité de favoriser l’audition des musiques exécutées en plein-air : c’est par exemple le cas des défilés militaires.

Un peu d’histoire

Une des premières formations du genre est la "Musique de la Grande Écurie", créée au XVIe siècle sous François Ier, pour accompagner les parades et autres carrousels... Les instruments sélectionnés au départ sont les hautbois, sacqueboutes et violons. Par la suite, les violons disparaissent et, au XVIIe siècle, il y a seulement des trompettes, des timbales, des hautbois et des bassons. Après Louis XIV, la Musique de la Grande Écurie entre dans une longue période de déclin. En Angleterre, Georg Friedrich Haendel compose des musiques d’apparat pour le roi George Ier sur le modèle de celles écrites pour Louis XIV par Michel-Richard de Lalande. C’est le cas des Music for the Royal Fireworks (1849), pour lesquels Haendel rassemble près de 80 hautbois, bassons, cors et trompettes (il fallait faire plus de bruit que les feux d’artifice ! écouter un extrait).

Après la révolution française et tout au long du XIXe siècle, le perfectionnement des instruments à vent favorise l’épanouissement des orchestres d’harmonie grâce notamment à des facteurs comme Theobald Boehm et Adolphe Sax. Au début du XXe siècle, de nombreuses harmonies municipales sont créées dans le nord de la France par des groupements d’ouvriers.

Aujourd’hui, en France, la grande majorité des orchestres d’harmonie est constituée par des formations amateurs (même s’ils peuvent être très bons, la preuve étant que l’orchestre d’harmonie junior de l’École Nationale de Musique d’Évreux compta longtemps dans ses rangs votre modeste webmaster). Les professionnels sont surtout des formations militaires et de police comme la célèbre Musique des gardiens de la paix (écouter une transcription du Boléro).

Répertoire et effectif

La composition d’un orchestre d’harmonie n’est pas fixe : elle dépend pour beaucoup de l’époque et des circonstances dans lesquelles l’œuvre a été composée. Pour sa sérénade Gran Partita, destinée à être joué en plein-air, Wolfgang Mozart ne disposait que d’un effectif réduit, quoique important à l’époque : 2 hautbois, 2 cors de basset, 2 clarinettes, 4 cors et 1 contrebasse (ou contrebasson) : écouter un extrait. Pour sa Grande symphonie funèbre et triomphale, composée en 1840 pour un cortège funéraire, Hector Berlioz avait réuni 200 exécutants qu’il dirigea lui-même tout au long du cortège, sabre au clair, en marchant à reculons (écouter le début en introduction musicale de ce dossier).

Une exécution ratée

Berlioz raconte à ce sujet : « Malgré la puissance d’un pareil orchestre d’instruments à vent, pendant la marche du cortège on nous entendait peu et mal. À l’exception de ce qui fut exécuté quand nous longeâmes le boulevard Poissonnière dont les grands arbres, encore existants alors, servaient de réflecteurs au son, tout le reste fut perdu. Sur la vaste place de la Bastille ce fut pis encore ; à dix pas on ne distinguait presque rien. Pour m’achever, les légions de la garde nationale, impatientées de rester à la fin de la cérémonie l’arme au bras, sous un soleil brûlant, commencèrent leur défilé au bruit d’une cinquantaine de tambours, qui continuèrent à battre brutalement pendant toute l’exécution de l’apothéose, dont en conséquence il ne surnagea pas une note. La musique est toujours ainsi respectée en France, dans les fêtes ou réjouissances publiques, où l’on croit devoir la faire figurer... pour l’œil. » (Berlioz, Mémoires, chapitre 50)

Le coup d’éclat de Berlioz n’aura guère de suite et les rares compositeurs qui écriront pour orchestre d’harmonie feront appel à des effectifs beaucoup plus modestes. Il est vrai que leurs œuvres seront plutôt pensées pour être exécutées en salle de concert. La Petite Symphonie pour instruments à vent de Charles Gounod ne rassemble que neuf interprètes (1885 : écouter un extrait). De même, la Sérénade no 2 d’Antonin Dvorak ne comporte que dix instruments à vent (1878 : écouter le début). Il faut attendre Igor Stravinski pour qu’une œuvre d’importance fasse appel à un orchestre d’harmonie relativement important : ses Symphonies d’instruments à vent mettent en jeu 24 instrumentistes (1920 : écouter le début).

En fait, le répertoire des multiples orchestres d’harmonie qui se sont formés après 1850, est principalement constitué de transcriptions et d’arrangements où les cordes sont remplacées par des clarinettes et des saxophones. Écoutez quelques exemples  : l’Arlésienne, tirée de Carmen de Georges Bizet, puis Rabbi Jacob de Vladimir Cosma.

Autres formations

Fanfare

Il ne faut pas confondre l’orchestre d’harmonie avec l’orchestre de fanfare, formé uniquement de cuivres et occasionnellement de percussions. Le mot "fanfare" désigne aussi un genre de morceau joué par ce type de formation et consistant en une sonnerie qui annonce ou accompagne un événement important. Dans la musique classique, on trouve de nombreuses fanfares. L’une des premières est sans doute la Toccata qui annonce le début de l’Orfeo de Claudio Monteverdi, jouée par 4 trombones, 2 cornets à bouquin, 1 trompette aigüe et 1 timbale (1607 : écouter). Citons aussi les célèbres trompettes d’Aïda de Giuseppe Fortunino Francesco Verdi (1871 : écouter). Mais l’exemple le plus représentatif d’une fanfare dans la musique classique est probablement celle composée par Paul Dukas pour précéder son ballet La Péri (1912 : écouter)

On donne aussi le nom de fanfare à des formations hétéroclites de joyeux fêtards du type "Fanfare des Beaux-Arts" (ou "fanfare des Bôzarts"). Ce style de formation, à l’origine composée d’étudiants, a essaimé dans tous les milieux festifs. Équipées selon les moyens des participants de tout instrument faisant du bruit, elles comportent une majorité de cuivres mais aussi des bois (surtout des saxophones), et même des bigophones. Elles ont donné lieu à un genre musical particulier (reconnaissable entre tous par son côté amateur) consistant à jouer des airs simples sans souci de la justesse et des nuances (écouter un exemple). On peut rattacher à ce style de formation les traditionnels Guggenmusik suisses, où les musiciens défilent déguisés pendant les fêtes.

Avec le terme "harmonie-fanfare", on est dans la confusion la plus complète puisqu’on veut désigner une formation intermédiaire entre l’orchestre d’harmonie et l’orchestre de fanfare. Elle s’en distingue cependant par son côté hétéroclite dû à la difficulté de trouver sur place les musiciens nécessaires à la constitution d’un ensemble structuré. L’harmonie-fanfare rassemble donc toutes sortes d’instruments à vent ; on peut même y trouver des cuivres sans pistons dits "naturels" (clairons, trompes…). Au XIXe et XXe siècle, la multiplicité des harmonies-fanfares municipales en France provient bien sûr des orchestres constitués avec les conscrits du service obligatoire à l’armée. On souhaite cependant tendre à la meilleure qualité d’exécution possible, et des concours sont organisés qui favorisent l’émulation. De nos jours le répertoire est encore composé de musiques militaires (écouter un exemple), mais aussi d’adaptations d’airs dans tous les styles (écouter un exemple).

Le terme de "batterie fanfare" est quant à lui très précis puisqu’il désigne une formation constituée uniquement de cuivres naturels, c’est-à-dire sans pistons (clairons, trompettes de cavalerie, cors de chasse) et de tambours. C’est une formation relativement récente, puisque créée dans les années 1950, mais elle renoue avec une tradition ancienne : les instruments dits « d’ordonnance » à son naturel ont rythmé les champs de bataille et le quotidien des armées depuis le début du XIXe siècle. Les cuivres d’avant l’invention des pistons sont limités car ils ne peuvent jouer que les notes situées sur les harmoniques de leur son fondamental ; c’est pourquoi les sonneries militaires n’utilisent que les notes de l’accord parfait (qui sont les plus faciles à émettre : écouter le réveil, puis à la soupe et enfin sonnerie aux morts). Le répertoire a d’abord été limité aux marches militaires (écouter un exemple) puis s’est peu à peu enrichi grâce à l’imagination des chefs d’orchestre (écouter un exemple). La batterie-fanfare militaire est parfois appelée "clique", terme qui, dans le langage familier, désigne aussi un groupe d’individus bruyants ou mal intentionnés.

Une terminologie plutôt floue

Après les explications qui précèdent, vous pensez sans doute y voir plus clair concernant les différences entre orchestre d’harmonie, orchestre de fanfare, harmonie-fanfare, batterie-fanfare et autre clique… Détrompez-vous hélas ! Car, malgré tous les efforts déployés pour préciser les choses, tous ces termes sont constamment utilisés les uns pour les autres… le mot "fanfare", notamment, peut, dans le langage courant, désigner n’importe quel ensemble d’instruments à vent, éventuellement accompagné de percussions… pas facile de s’y reconnaître ! Et ça n’est pas fini…

Le brass band

Le "brass band" est en quelque sorte l’équivalent britannique de la fanfare. Il s’en distingue cependant par son instrumentarium, son répertoire et sa zone géographique. Il est surtout répandu dans le Royaume-Uni et ses anciennes colonies, mais d’autres pays l’ont aussi adopté. Composé d’instruments de la famille des cuivres, il comporte surtout des saxhorns (10 cornets à pistons, 1 buggle, 3 saxhorns altos, 2 saxhorns barytons, 2 euphoniums), plus 1 trombone et 4 tubas mais pas de cor ni de trompette. Tous les instruments cités sont à perce conique et relativement large (et non cylindrique et plus étroite comme le cor ou la trompette), ce qui donne à l’ensemble un son homogène et velouté (écouter).

Un instrumentarium précis

La raison d’être de la nomenclature rigoureuse énoncée ci-dessus est qu’au Royaume-Uni, dès le milieu du XIXe siècle, des compétitions ont été organisées afin de désigner les meilleurs brass bands du pays. Pour mettre tous les groupes à égalité, ces concours impliquaient que les concurrents soient strictement comparables du point de vue de leur composition. Les morceaux interprétés dans ces concours visaient à mettre en valeur la virtuosité technique des musiciens. C’est d’ailleurs le titre d’un film qui a contribué à populariser le phénomène : Les Virtuoses (écouter un extrait du Concerto d’Aranjuez de Rodrigo).

Les progrès de la facture instrumentale, et notamment la généralisation du piston, ont favorisé la spectaculaire augmentation du nombre des brass bands à partir du milieu du XIXe siècle. Un événement mineur semble y avoir aussi contribué : c’est l’installation à Londres en 1858 du talentueux facteur Gustave-Auguste Besson, principal concurrent à Paris d’Adolph Sax qui avait mis au point dans les années 1840 la famille complète des "saxhorns". Soucieux de garder l’exclusivité de son invention, Sax avait attaqué Besson en justice pour contrefaçon. Ayant perdu le procès, ce dernier avait préféré délocaliser son atelier en Angleterre plutôt que de payer les importants dommages et intérêts qu’on lui réclamait. Une fois à Londres, il pouvait satisfaire tranquillement aux nombreuses commandes que lui adressaient les amoureux du saxhorn.

Aux États-Unis : de l’harmonie-fanfare au jazz-band

Aux États-Unis, les musiciens de l’armée organisent dès le milieu du XIXe siècle des tournées et des « Concerts-promenades ». Au programme de ces « military bands », équivalents des harmonies fanfares européennes,  des marches bien sûr (comme "When Johnny comes marching home" de Patrick Gilmore : écouter), mais aussi des transcriptions de musiques de genre, comédies musicales , ballets, airs de danse dans le style et le rythme du jazz naissant (écouter "With pleasure" de John Philip Sousa). Pendant la première guerre mondiale, ces brass bands de type militaire exporteront en France leurs meilleurs musiciens noirs : ils seront sans doute les premiers à faire découvrir aux Européens des musiques syncopées. II ne faut pas négliger non plus l’importance des orchestres de cirque dans lesquels des musiciens de jazz firent souvent leurs classes et utilisèrent très tôt différentes percussions regroupées en une seule batterie destinée à être jouée par un unique musicien.

Aux États-Unis, héritiers des fanfares militaires, les brass bands de la Nouvelle-Orléans font partie intégrante de la vie musicale de la ville et jouent pour toutes sortes d’occasions : pique-niques, réunions sportives, carnavals, rencontres politiques, enterrements (après la peine du deuil, éclate la joie exprimant l’entrée du défunt au paradis : écouter). L’instrumentarium des orchestres de jazz reflète en partie celui des brass bands, notamment dans sa division par "sections" : rythmique (batterie, tuba ou contrebasse, guitare), mélodique (trompettes, trombones, clarinettes,  saxophones). Après les années 30, de grands orchestres comportant plus de 20 interprètes se formeront, notamment ceux de Benny Goodman ainsi que de Count Basie ou Duke Ellington qui dirigent au piano (écouter "Take a train").

Pipe-band et Bagad

Pour terminer ce panorama consacré aux formations pour instruments à vent, examinons enfin des ensembles d’un type un peu spécial puisqu’ils se composent essentiellement de cornemuses et de percussions (caisses claires et tambours). Le pipe-band est d’origine écossaise. Il se développe à partir du milieu du XIXe siècle et connaît un succès tel qu’on en compte aujourd’hui près de 5000 dans le monde entier. Il est conçu essentiellement pour les défilés, au cours desquels il est précédé par un tambour-major qui donne les ordres en faisant tournoyer son bâton. La composition du pipe band a trouvé son origine au sein des armées impériales britanniques, lorsque les sonneurs de cornemuse écossaise se sont rapprochés des tambours anglais. Son origine militaire se perçoit dans le soin apporté aux tenues et aux manœuvres, impeccablement exécutées en marchant au pas (écouter un exemple).

Un cadeau royal

Pourquoi des cornemuses se retrouvent-elles dans les armées britanniques ? C’est parce que, en 1854, la reine Victoria a comblé de ses faveurs les régiments écossais : elle a permis qu’ils disposent pour mener la troupe, en plus des percussions habituelles, de six joueurs de cornemuses par régiment. Mieux, dans sa magnificence, elle a décidé qu’ils seraient rétribués par l’État.

Le Bagad (ou bagadoù) est un peu l’équivalent breton du Pipe-band écossais. Il est composé de trois pupitres : bombarde (hautbois traditionnel breton), biniou-braz (grande cornemuse) et percussion (caisse claire, grosse caisse, toms, etc.) : écouter un exemple. Les "bagadoù" récents n’hésitent pas à introduire des rythmes modernes dans leur répertoire (écouter un exemple). Le bagad trouve son origine historique dans la tradition des sonneurs (musiciens jouant de la bombarde ou du biniou), populaires et nombreux dans la Bretagne à la fin du XIXe siècle : il est d’usage d’accompagner les fêtes profanes et religieuses par un couple bombarde-biniou, éventuellement accompagné d’un tambour. Pendant la première guerre mondiale, les sonneurs bretons rencontrent les Pipe-bands militaires écossais et se constituent en formations pour soutenir le moral des armées. Le phénomène régresse ensuite et il faut attendre la deuxième guerre mondiale pour qu’il reprenne vie. C’est en 1950 que le mot « bagad » est fixé pour désigner ces groupes dont la formation prend son essor dans les années 1950-1960. Un championnat national des bagadoù a lieu chaque année depuis 1949.

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